Remarques et critiques d’Alain HENRY de FRAHAN, à l’occasion de l’ouverture du Bastogne War Museum
Ligne directrice contestable et corrections impératives à des plaquettes descriptives


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Courrier du mardi 25 mars 2014 au Bourgmestre de Bastogne

Suite à la visite que j’ai effectuée samedi dernier au nouveau Bastogne War Museum en tant que journaliste spécialisé en histoire et technique militaires, je tiens à vous faire part du message que j’ai envoyé à son responsable, message hélas resté sans réponse.
En comparant cette réalisation avec les musées tout récemment créés en Normandie, par exemple, j’en conclus que le BWM est l’incarnation d’une fort coûteuse envolée intellectuelle d’un certain nombre de personnes dont les compétences techniques et historiques sont aisément discutables en matière d’armes, d’uniformes, de véhicules, etc.. Même dans la scénographie, leurs options sont parfois allées à contre-courant de l’évolution actuelle des musées, couvrant des murs entiers de photos avec explications, ceci à l’heure où les jeunes – et moins jeunes – ne fonctionnent plus qu’avec des images en mouvement, et bientôt surtout en 3D ! Ceci dit, les vitrines sont lumineuses, permettant de voir assez bien leur contenu. Mais l’idée formidable de Guy Arend d’offrir un accès visuel par les deux côtés des vitrines a été abandonnée. Et, bien sûr, plus aucune indication n’apparaît pour souligner l’aspect parfois exceptionnel de toute une série d’uniformes, pour ne parler que de cela. D’une manière générale, le concept survole complètement tout le côté technique, se focalisant uniquement sur l’aspect culture générale. On ne se sent plus pris dans une ambiance «Bataille de Bastogne» comme Guy Arend avait réussi à la créer car il n’y a plus de diorama, ce qui va à l’encontre de ce qui se fait dans TOUS les nouveaux musées axés sur l’histoire !
Dans la mise en scène hivernale boisée, fort bien créée (une bonne idée !), pourquoi projeter des films sur d’étroits écrans verticaux, alors que le format original est évidemment horizontal, ce qui ampute les images de l’essentiel de ce qu’elles montraient ?
L’idée d’utiliser quatre personnages – un enfant, une résistante bastognarde, un officier allemand et un para de la 101ème Airborne – comme fil conducteur de la visite me semble fort bonne. D’autres choix ponctuels me paraissent pertinents. Il est donc dommage que les bons côtés soient à ce point obscurcis par des erreurs que des milliers de connaisseurs vont relever et propager. Pour le reste, je vous relaie mon message envoyé à Monsieur Billa.
© Alain HENRY de FRAHAN
Journaliste

Message envoyé à Monsieur Billa resté sans réponse à ce jour
Ayant déjà eu l’occasion de vous recommander de modifier le petit film de présentation vidéo du nouveau musée qui contenait – chose stupéfiante – un char soviétique d’après-guerre au lieu d’un char de la 2ème guerre (idéalement un Sherman ou un Hetzer pour illustrer ce qui est visible dans le musée), je reviens vers vous pour que vous effectuiez en urgence des corrections impératives à une série de plaquettes descriptives en divers endroits du musée.
Voici la liste – certainement incomplète – des erreurs que j’ai relevées lors de ma visite ce samedi après-midi :
1) Dans l’ancien cinéma, utilement conservé pour mettre en scène une «conférence» de presse, la plaquette présentant l’Air Marshal Leigh-Mallory comporte une faute d’orthographe, « Leigh » ne se terminant pas par un « t ». Par ailleurs, il faudrait que je vérifie mais je me demande si ce n’était pas l’Air Chief Marshal Arthur Tedder, adjoint d’Eisenhower, qui était aux côtés de ce dernier lorsque la décision de débarquer le 6 juin fut prise puis annoncée:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Tedder.
2) Dans la vitrine où sont exposés l’uniforme d’Omar Bradley et le manteau du général Hasso von Manteuffel, le nom de ce dernier est grossièrement écrit à la flamande : Van Manteuffel (sic) au lieu de von Manteuffel (il manque un « l » en anglais, à la 2ème ligne). De plus, où sont passées les splendides têtes en cire qui, dans le BHC, personnifiaient si utilement ces deux généraux et celle de McAuliffe? Même question pour les autres magnifiques têtes en cire, toutes disparues de manière infiniment regrettable… Vendues pour financer le musée?
3) La plaquette présentant la Jeep annonce, sans rire, 1943 comme année de conception et de production, alors que le prototype date de décembre 1940. Les premiers modèles de production MA puis MB sont sortis en 1941 puis 1942 jusqu’à 1945. Un simple coup d’oeil sur Wikipedia aurait évité l’erreur grossière qui est imprimée sur la plaquette: http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeep.
La Jeep exposée ne devant plus accueillir de passagers aux pieds boueux, il serait utile d’en retirer le tapis de sol en caoutchouc d’après-guerre, côté passager. De plus, sa couleur verte est erronée pour une Jeep en marquages anglais.
4) La VW 82 Kübelwagen (superbement restaurée par les militaires de Bastogne, hormis les galettes de siège improvisées) n’est pas dotée d’un réducteur comme l’est un 4x4 habituel (et ce que donne à penser le texte de la plaquette de présentation), mais de pignons réducteurs en fin d’arbres de transmission.
http://en.wikipedia.org/wiki/Volkswagen_K%C3%BCbelwagen. Il manque un « k » à « Volkswagen » dans le texte de la plaquette.
5) Le petit « char » allemand exposé est en réalité un chasseur de chars, comme l’indique clairement sa désignation officielle tout aussi aisément accessible par Wikipedia:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jagdpanzer_38(t). (« P38 » comme indiqué n’existe pas en nomenclature allemande, sauf pour le pistolet Walther : Panzer est abrégé Pz; les véhicules construits sur châssis tchèques étaient libellés avec (t) à la fin). Par ailleurs, le mot allemand « Panzer » s’écrit sans « t » avant le « z ». « Pantzerjager 38 » est une appellation fantaisiste à remplacer par Jagdpanzer 38(t) « Hetzer ».
6) Le modèle WLA construit par Harley ne l’a pas été suite à l’attaque japonaise sur Pearl Harbor (7 décembre 1941) mais remonte à 1939 dans sa première version: http://www.theliberator.be/liberator1.htm .
Je pense (crains) qu’en passant davantage de temps dans le musée, je pourrais vous signaler d’autres erreurs à corriger. J’ignore qui a pu avaliser autant d’erreurs incompréhensibles si l’on considère que la réalisation d’un musée d’histoire militaire a dû bénéficier de l’expertise de personnes qualifiées dans les divers domaines impliqués : scénographie, histoire des conflits, armes, uniformologie, véhicules militaires, etc.
D’une manière générale, je me permets de regretter que le musée ait été repensé de manière à vouloir retracer toute la 2ème guerre mondiale, sous prétexte d’expliquer comment on en est arrivé à l’Offensive des Ardennes. Il existe beaucoup d’autres musées, plus imposants, qui le font avec des moyens beaucoup plus importants. Gaspiller des ressources pour présenter une vitrine d’objets japonais à Bastogne me semble regrettable (c’est un passionné du théâtre d’opérations China-Burma-India qui le dit). « Qui trop embrasse mal étreint », affirme judicieusement un proverbe. Le visiteur qui vient à Bastogne s’attend logiquement à consacrer ses 12 € de droit d’entrée à voir au mieux ce qui concerne la Bataille de Bastogne, élargie aux villages environnants, éventuellement à tout le secteur ravagé par les combats de l’Offensive « Wacht am Rhein » ; pas à toute la 2ème guerre mondiale qu’il a le loisir de découvrir ailleurs. Ceci dit, le spectacle audiovisuel dans un décor boisé et enneigé est une très bonne idée, à l’instar, par exemple, de la présentation de diverses mines dans le sol, sous des plaques en verre blindé.
En plus d’avoir effectué mon mémoire de fin d’études universitaires en journalisme (UCL) sur « Le musée, lieu de communication ou d’incommunication », ce qui m’avait amené à analyser divers musées d’histoire militaire dans le monde, j’écris depuis 1977 dans des magazines d’histoire et technique militaire, ayant par ailleurs créé des magazines de véhicules militaires et dirigé plusieurs magazines d’aviation. Je suis toujours correspondant de plusieurs publications en Europe et aux Etats-Unis. Mon diplôme d’enseignant acquis sur le tard me donne quelques aptitudes pour juger de la qualité pédagogique d’un musée. Sur base de tout cla, je ne vous cache pas avoir une opinion mitigée sur la nouvelle mouture du BHC mais je vous souhaite de connaître la réussite, surtout si l’on considère la quantité de fonds publics alloués à cette réalisation.

© Alain HENRY de FRAHAN

Remarque de l’auteur de la lettre :
Ecrire que la Jeep fut désignée GP est inexact : s’il est vrai que la prononciation anglaise de GP est « JEE-PEE », d’où « Jeep », GP constitue la désignation officielle du modèle produit par Ford avant la GPW (General Purpose – Willys) qui était une fabrication sous licence de la Willys MB, avec pas mal de petites modifications, les pièces devant toujours rester interchangeables entre les deux marques.
La Ford GP a doté les Flying Tigers en Chine et l’armée britannique en Birmanie et en Afrique du Nord, ainsi que les troupes US en Birmanie jusqu’à leur abandon dans la jungle, lors de la fuite vers l’Inde en avril 1942.

Lien vers la vidéo avec les remarques et critiques d’Alain HENRY de FRAHAN sur le Bastogne War Museum






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Bastogne War Museum



 

 




 

1er mai 2014
Webmaster: Jean-Marie Lesage
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