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Dans la lumière de 777
Roman pour la Vie
Par Jean Baptiste
Chapitre 31 : Loffensive
Ce fut par un après-midi que tout se déclencha. 777
occupé à traiter des dossiers en souffrance, ressentit
soudain une immense lassitude qui lobligea à interrompre
sa tâche et à lui faire gagner sa chambre. Ce fut comme
sil plongeait dans son passé, en ce jour terrible de ses
17 ans où « il était mort ». Un scénario
similaire lui fit monter les escaliers en titubant et en sagrippant
à la rampe pour ne pas trébucher. Sa respiration était
saccadée et sa tête et son ventre lui faisaient mal. Il
était pris de violentes nausées et des barres lui labouraient
lestomac. Il tomba les bras en croix sur son matelas. Les murs
de sa chambre se mirent à tourner et son lit à tanguer
comme un bouchon de liège au fil dune eau vive. Il se sentait
emporté par un flux obscur qui lattirait vers labîme.
Ce flux némanait pas de son corps, il surgissait dun
endroit précis qui semblait le happer comme dans un entonnoir.
777 se tourna intuitivement vers la couche désertée de
sa compagne : cétait là le point dancrage
où le mal sénergisait. Le bon sens indiquait de
fuir, mais 777 pouvait à peine bouger. Des assauts nauséeux
répétés lui soulevaient le coeur et ses tripes
se tordaient comme un linge quon essore. 777 navait rien
pris depuis la veille au soir et il fallait donc écarter la thèse
dun repas trop copieux. Là nétait pas lorigine
du mal. Il le savait, quelque chose de plus sournois sétait
mis en place. Une attaque en règle sans auteur présent,
une mise à mort à labri de tout témoin, dans
lombre discrète dune chambre. Dans sa quête
de gloire, sa compagne lavait quitté sans autre raison
que dassouvir ses désirs charnels et ses plaisirs égoïstes,
soutenue dans son action par sa famille, ses amis, des voisins et des
membres dassociations secrètes infiltrés au sein
même de la politique et de la « Justice » qui se faisaient
une joie daider à lélimination de ce gêneur.
Le froid le pénétrait de partout et touchait tous ses
organes vitaux. Une masse âcre lui remontait des tripes, il pencha
la tête hors du lit et, au prix dun violent effort, cracha
un liquide clair comme le cristal qui se répandit en gerbes sur
le parquet. Il examina les taches comme sil pouvait y lire sa
destinée et pensa à ses sept enfants : les trois premiers
navaient jamais voulu renouer les contacts avec lui, les trois
derniers venaient de lui être ravis par leur mère, seule
sa troisième fille par ordre de naissance lui rendait visite
de temps à autre. Cette pensée lui donna un regain dénergie
et la volonté de sen sortir, une fois encore
Mais
les contractions sintensifiaient et il sentit que son corps allait
le lâcher par le bas. Il pensa au spectacle navrant de son cadavre
souillé et se révolta contre cette atteinte à sa
dignité. Rampant tel un ver, il se traîna jusquaux
toilettes. Priant le ciel de laider, il mit une heure pour parcourir
les dix mètres qui le séparaient des sanitaires. Enfin,
il y parvint. À présent quil avait soulagé
son corps amolli par les spasmes, il respirait un peu plus librement
mais nétait pas rassuré pour autant. Le mal sétait
replié mais il pouvait à tout moment resurgir, et qui
sait si 777 survivrait cette fois au terrible combat ? Il fallait appeler
un médecin. Cest alors quil se souvint davoir
laissé son portable au rez-de-chaussée. Il regarda avec
dépit lalignement des marches quil fallait descendre.
Le froid qui le gagnait et ankylosait ses membres rendait lentreprise
colossale. Il se mit sur le ventre et se laissa glisser, à reculons,
marche après marche, avec le rythme ralenti dune tortue
portant le poids du monde, si bien quil lui fallut non pas une
mais deux heures pour effectuer sa descente. Au bas de lescalier,
il saccrocha au chambranle de la porte et réussit à
débloquer les verrous de sécurité, puis il se laissa
retomber lourdement sur le dallage noir de lentrée. Il
rampa à nouveau jusquà la table du salon et y prit
son gsm. Il pressa la touche salvatrice et haleta : « Vite, docteur,
venez, car je meurs
» Son sang se figea lorsquon
lui répondit : « Désolé, je suis en consultation.
» Se pouvait-il que les Ténèbres eussent obscurci
à ce point le bon sens du thérapeute ? Lavait-il
seulement entendu ? Chaque minute passée vidait un peu plus 777
de sa vie. Où puisa-t-il la force dappeler un ami ? Par
quel miracle parvint-il à desceller ses lèvres rigides
? « Jarrive. » Enfin, les mots quil espérait.
On le secourait, mais était-il encore temps ? Il partait vers
un lieu doù on ne revient pas. Dans un ultime effort, il
se saisit de son crucifix posé sur un meuble bas, à quelques
pouces de distance. Il le posa sur sa poitrine et sentit un souffle
chaud lenvelopper. Il ferma les yeux et se dit quainsi allongé
sur le sol, recouvert du précieux objet, il était prêt
pour le linceul. Mais la porte dentrée souvrit sur
son ami : « Que se passe-t-il ici ? » lança-t-il,
voyant 777 livide. Le reste se passa dans la hâte : le médecin,
rappelé durgence, finit par arriver, fit au moribond une
injection pour lui liquéfier le sang, sans comprendre vraiment
ce qui avait bien pu se passer. Dautres connaissances vinrent
entre-temps en renfort, de même quHérodias, prévenue
du malheur à son bureau. Tous entouraient 777, perplexes devant
ce chêne fracassé qui devait une fois de plus sa survie
à la force de sa foi.
Dans les Loges secrètes, les esprits étaient confondus.
Mais qui donc était cet homme protégé de Dieu ?
À suivre.
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