Dans la lumière de 777
Roman pour la Vie
Par Jean Baptiste
Chapitre 30 – Ordonnance mortelle

Les loges secrètes, fortes du succès de leur entreprise, poursuivirent leur sombre plan par l’élaboration de deux projets machiavéliques. L’incident cardiaque n’avait rien donné. 777 s’en était tiré. Il fallait trouver autre chose. L’Ordre désigna des frères d’un rang supérieur chargés de mettre sur pied un rituel de magie noire propre à terrasser leur ennemi. Les révélations publiques de ce dernier avaient fait mouche dans certains milieux, divisant comme toujours les opinions en deux clans : les sympathisants, puis … les autres. Une attaque de front s’avérait délicate : en revêtant des allures de vengeance, elle risquait d’accréditer les propos de 777. On se prononça en faveur de l’empoisonnement à distance. La méthode était discrète et sûre : aucun homme, fût-il prophète, n’y avait survécu. L’Histoire foisonnait d’exemples de propagateurs du bon droit et de la vérité, que les forces ténébreuses avaient fini par dompter ou éliminer. 2000 ans plus tôt, elles avaient suspendu au bois le corps pantelant du Juste, martyrisé des légions d’hommes dont le seul crime était de croire à des paroles de Vérité, fait taire à tout jamais – du moins le croyaient-elles – la voix qui criait dans le désert et que 777 répercutait aujourd’hui en écho : « Repentez-vous car le règne luciférien touche à sa fin et voici que vient Celui de Dieu chez les hommes … non pas dans 1000 ans ou dans 100 ans, mais pendant votre génération. » Le message pouvait passer, remuer les consciences et contrarier les plans du gouvernement mondial envisagé par les suppôts de Lucifer. C’était un germe de potentialité qu’il fallait étouffer dans l’œuf.
Depuis près de 40 ans, avec ses faibles moyens, 777 essayait d’éveiller ses concitoyens. C’est pourquoi sa vie était à ce point mouvementée. Aucune des agressions contre lui n’avait réussi à le faire taire. Mais il restait une carte à jouer : celle des enfants. En privant 777 de ceux-ci, les Ténèbres les soustrayait à l’enseignement de leur père et pouvaient à loisir leur inculquer le leur. Non instruits de l’Essentiel, ils ne pouvaient en assurer la pérennité.
À quelques exceptions près, tous ceux qui s’étaient incarnés sur terre dans le but d’aider 777 l’entravaient plutôt dans sa mission en lui infligeant de terribles blessures morales – le rapt de ses enfants – et en le dépouillant de ses biens matériels. Pareil à son Seigneur, sa vie sur terre devenait un chemin de douleur : il voyait le cœur des êtres qu’il aimait le plus se transformer en cœur de pierre. Femmes, enfants, amis, bien qu’attirés dans un premier temps par l’espoir qu’il éveillait en eux, finissaient par stopper leurs élans spirituels en les mutant en aspirations purement matérialistes et égocentriques. Finalement, ils se crurent dupés. Ils ne comprirent pas que 777, contrairement à son Seigneur, n’était qu’un homme ordinaire, que l’on pouvait tout au plus considérer comme un « illuminé » … ce qui était en partie vrai ! Non, 777 ne les avait pas trahis, seules leurs espérances égoïstes, illusoires les avaient vaincus. Il fallait un coupable à leurs déceptions, ils le trouvèrent en la personne de 777, père, époux, compagnon, ami. Incapables de saisir ce qui poussait 777 à l’action, pantois devant ses comportements et ses œuvres de vie, ils transformèrent en haine la sympathie ou l’amour que sa personnalité avait provoqués au premier abord.
De son côté, 777 devait faire son apprentissage terrestre, assumer son propre karma et vivre sa propre vie selon des idéaux différents de ceux de ses juges. Depuis sa plus tendre enfance, il pressentait ce qu’il aurait à supporter. Il devait s’endurcir et choisissait les voies pour ce faire. Le réconfort qu’il apporterait ne serait accessible qu’à ceux qui auraient le courage de jeter un pont entre eux et son apparente froideur. Seuls ne le feraient que ceux qui aspiraient secrètement à suivre la voie divine afin d’obtenir près de lui le juste enseignement. Deux issues s’offraient à chaque individu, hormis celle de la « neutralité », il fallait choisir son camp. Au jardin d’Eden déjà, l’homme avait été confronté au choix difficile de la matière, celle de Lucifer, ou de la spiritualité, chemin que Dieu lui avait tracé. Mais l’homme, tout au long de ces siècles écoulés, avait navigué selon ses propres voies, dérivant comme un bateau sans capitaine, poussé par des vents méphitiques. « Et quand Je reviendrai sur terre, y aura-t-il encore la Foi ? » avait lancé, un jour, le Christ. « Mais à cause des élus », avait-Il ajouté, « Je reviendrai. »
Incapables de comprendre 777, ses proches l’avaient trahi, abandonné. Les meilleurs s’étaient désisté sur un prétexte quelconque. Et 777, isolé, manquant cruellement de moyens, se retrouvait victime de sa propre conduite spirituelle qui ne correspondait plus aux aspirations de ce siècle. Malgré tout, ses ennemis gardaient envers lui une dose de méfiance. L’homme avait du rebond. Les mages étudièrent donc sa carte du ciel et élaborèrent les calculs les plus audacieux pour déterminer avec précision le jour et l’heure favorable à son anéantissement. Ils tombèrent d’accord sur le vendredi suivant leur réunion, le jour de la semaine le plus propice à leurs manigances diaboliques, car c’était bien ce jour que Christ était descendu au shéol …À suivre.