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Dans la lumière de 777
Tandis que les rayons gorgés de miel rendaient leur or liquide,
777 fut saisi dune angoisse sourde. Il travaillait depuis le matin
au rucher et se sentait las. Il releva le voile de son casque protecteur
et poussa un profond soupir. Les disputes répétées
et les doutes des dernières semaines avaient sérieusement
entamé sa résistance. Le stress de la miellée,
la chaleur du dehors combinée à celle de sa vareuse de
toile blanche et le bourdonnement incessant des abeilles furieuses de
se voir privées de leur récolte, complétaient son
malaise. Il regarda sa montre, elle indiquait trois heures, cet après-midi
sétirait avec peine et il naurait pas fini sa tâche
avant le soir. Tant pis, il fut pris du désir impérieux
de regagner son domicile. Quelque chose dindescriptible mais apparenté
au malheur le poussait à rentrer. Il déposa son enfumoir
et rangea précipitamment son matériel. Langoisse
virait au malaise et accélérait les battements de son
cur. Il ne vit pas, durant les kilomètres qui le séparaient
de la maison, le paysage défiler, il roulait comme à travers
un tunnel, le regard fixé au plus loin de la route, comme pour
forcer le train, écourter le trajet. Enfin, il aperçut
le toit de la maison. Il sengouffra dans lallée bordée
dépicéas et pénétra dans la cour au
moment où le voisin le plus proche sesquivait par-dessus
la haie de séparation, une caisse dans les mains. Que faisait-il
là ? Il monta les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée
avec lagilité dun chamois, et ouvrit la porte
Les pièces avaient été complètement vidées
de leur contenu. Des papiers, emballages, bouts de carton parsemaient
le sol. Étourdi, la gorge serrée, il se rendit à
létage. Le même spectacle sy répétait,
les chambres étaient nues, seuls son lit et sa table de chevet
avaient été épargnés : 777 tomba lourdement
sur le matelas, il avait peine à respirer, son cur lui
faisait mal. Il tendit le bras et fouilla dans le tiroir pour y chercher
son flacon de gouttes, la « nitro » de secours quil
avait rangée là dans léventualité
dune nouvelle attaque, mais sa main ne palpa que le vide. Le médicament
avait disparu. Il était pourtant sûr de ly avoir
mis. Une certitude, mêlée dhorreur, sempara
de lui : on avait dérobé son remède pour mieux
lanéantir ! Comment pouvait-on haïr à ce point
? Qui avait monté ce scénario monstrueux ? Ses yeux sembuèrent
: sa vie partait en éclats. Il nentendait plus le rire
de ses enfants et ce silence était insoutenable. Ses larmes formaient
un écran où se projetait le film tragique des années
quil venait de vivre. Il avait cru fonder un foyer et saisissait
tout à coup la vanité cruelle des choses : il avait cru
en lamour de sa compagne, mais Salomé lavait dupé
sur toute la ligne, elle navait pas remboursé sa dette
envers lui. En dautres temps, elle avait privé Jean le
Baptiste de sa descendance, aussi devait-elle en cette vie assurer son
salut en comblant le prédicateur par ses maternités. Mais
les ténèbres veillaient, une fois encore. Elles avaient
trouvé le moyen de faire taire le Baptiseur. 777 se sentait,
comme Joseph, précipité au fond dun puits duquel
Dieu seul pouvait le tirer. Personne dautre ne viendrait à
son secours. Il cria vers son Créateur et Celui-ci, dans Sa bonté,
répandit du baume sur son cur meurtri et lui donna assez
de force pour surmonter lépreuve terrible qui le terrassait.
Consterné, 777 sen référa aux autorités
locales qui ne purent laider, car les faits dépendaient
du « civil ». Il apprit ainsi à ses dépens
que, dans son pays, une femme peut, sans raison réellement fondée,
disparaître de son foyer en emmenant les enfants issus du couple.
Quavait donc fait 777 pour que Salomé lui soustraie les
siens ? Il avait travaillé ferme pour entretenir sa famille,
il avait aimé, choyé sa compagne et lui avait été
fidèle. Il avait encouragé ses enfants à respecter
leur mère tout en leur prodiguant le sens des vraies valeurs.
Il avait aussi partagé leurs jeux. Il navait pas été
avare de tendresse. Seulement voilà, Dieu donne et Dieu reprend
! « Malheur à celui qui scandalise lun de ces petits ! Il eût mieux valu pour lui quon le jetât à la mer ! » Et les petits de 777 furent scandalisés par une horde de chiens enragés qui souillèrent lhonneur de leur père À suivre |