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Dans la lumière de 777 Elle était là, devant lui, sur le seuil, campée
sur ses deux petites jambes potelées, tenant fermement la main
de sa mère. 777 avait le souffle court, la gorge nouée
par trois années dattente. Il avait volontairement fait
silence pour faire comprendre à Hérodias quil lui
en voulait dêtre partie avec sa fille. Et voilà que
cette rancur se diluait soudain sous la lumière bleutée
de deux yeux étonnés et curieux dont il ne pouvait se
détacher. Il prit lenfant dans ses bras et lembrassa
avec douceur, comme pour lapprivoiser. Puis il tendit la main
à Hérodias, marquant volontairement par ce geste une distance
de mise pour ne pas attiser la jalousie de Salomé. Il se montra
parcimonieux en paroles de bienvenue et sempressa dajouter
: « Nous ne parlerons pas du passé. » Hérodias perçut très mal la froideur de cet accueil.
Elle le prit comme un affront et se sentit subitement comme une étrangère,
mais elle nen montra rien. Il lui fallut beaucoup de volonté pour assumer, par la suite,
ses visites régulières chez 777, car Salomé, par
de subtils sous-entendus, lui faisait comprendre que sa fille ne venait,
en ordre dimportance, quen seconde place dans le cur
de 777, après ses trois enfants à elle. Les après-visite
prenaient régulièrement une tournure dramatique. Dès
quHérodias partait, Salomé reprenait ses arguments
vindicatifs : elle et ses enfants formaient la vraie famille de 777,
les « autres » navaient rien à y faire. Mais
devant les démentis de son compagnon qui affirmait que lautre
petite occupait une place semblable à celle de ses frère
et surs, elle se mettait à hurler et à sangloter.
À sa colère succédaient les assauts de séduction,
mais ces disputes stériles avaient vidé 777, le rendant
incapable de répondre aux approches félines et revendicatives
de sa compagne. Dans ce contexte difficile, le couple finit par seffriter. 777
eut beau rassurer Salomé sur sa fidélité envers
elle, se montrer distant à légard dHérodias,
rien ny fit. Salomé, habituée à lexclusivité
des éloges, peu armée aux difficultés, élevée
dans un cocon familial, ne réagissait aux contrariétés
que par des crises de nerfs. Capricieuse, versatile, elle voulait tout
tenter, tout essayer, tout goûter de la vie. Elle se fit de plus
en plus absente au foyer, prétextant lune ou lautre
raison de séchapper et répondait aux interrogations
de 777 par des minauderies. Ses rentrées tardives éveillèrent
les soupçons de 777 qui sabîma dans son travail et
les somnifères. Salomé le minait par la violence de ses
mots, ses changements dhumeur, ses reproches constants, ses regains
de coquetterie dont il nétait plus lobjet. Il flairait
le danger : Salomé le trompait, mais il refusait cette vérité.
Cette situation de tension le précipita dans une crise cardiaque.
Ce fut le déclic pour Salomé : lhomme dont elle
partageait la vie était trop vieux pour elle ; de plus, cétait
à présent un malade. Il fallait fuir au plus vite et,
surtout, le plus intelligemment possible
Profitant de laffaiblissement
de 777, elle élabora un plan avec laide de sa famille et
dun proche voisin afin de lanéantir
777 se confiait au Seigneur. Les mots du Sauveur lui revenaient sans cesse à lesprit, sur son lit de douleur : « Père, pourquoi mas-tu abandonné ? » Il était revenu sur terre au temps des ténèbres et, à cause de ces ténèbres, Dieu voilait Sa Face et personne ne pouvait plus Le trouver si ce nétait, en mémoire, dans le cur. Salomé sentoura dune armée de faux témoins, de juges et davocats iniques, trop heureux daller dans son sens, car les écrits politico-religieux de 777 les embarrassaient au plus haut point. Les loges secrètes jubilaient : elles trouvaient enfin, en la personne de Salomé, le pantin parfait qui accomplirait docilement leur projet délimination. Il fallait frapper, là où cela faisait le plus mal, celui qui les dénonçait depuis tant dannées. Salomé prit cette perche quon lui tendait et cest avec volupté quelle y accrocha les fruits de la vengeance À suivre. |