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Dans la lumière de 777 777 ne fut pas le seul à ne pas dormir. Partagée entre sa conscience et son devoir, la « dame
de fer » passa toute la nuit à méditer, à
la recherche dune solution et, au petit matin, elle se rendit
à la prison, juste à lheure quelle avait indiquée
la veille. Flanquée de son interprète et du planton, elle
fit tourner elle-même les gonds de la porte comme pour exorciser
lordre denfermement quelle avait donné en dépit
du malaise que la situation avait suscité en elle. « Me
voici » lança-t-elle à celui qui avait retourné
sa conscience. Elle lui tendit les billets davion. « Et
maintenant, en route vers votre pays. » 777 la suivit dans son
bureau pour les dernières formalités. Elle lui remit un
dossier quelle linvita à lire attentivement, car
il lui permettrait de parachever son uvre de prédication
après trois ans écoulés, et lui souhaita bonne
chance. Ce fut la dernière fois que 777 vit cette femme au comportement
étrange : pourquoi avait-elle désobéi à
ses supérieurs ? Elle lavait libéré dun
système, dune décision arbitraire et organisé
une quasi évasion pour lui. Sa foi en la venue de la Parousie
pouvait-elle seule expliquer cet engagement ? La relation brève
mais forte quil avait eue avec elle resterait toujours une énigme. À bord de lavion qui le ramenait avec Salomé et
leur fille au pays, 777 sourit en pensant aux dernières difficultés
par lesquelles ils avaient dû passer à laéroport
car leurs passeports nétaient plus valables ; une mention
stipulait que les documents ne pouvaient servir quà lintérieur
du territoire et non pour le franchissement des frontières. Lofficier
de douane les avait retournés dans tous les sens, visiblement
bien embêté. Il avait regardé lenfant, niché
dans les bras de sa mère, et sétait senti investi
dun devoir trop austère pour lui. Alors, dun coup
sec, sans appel comme le maillet de la justice, il avait apposé
dun geste lourd le cachet libérateur sur les papiers de
voyage. Durant le long, très long trajet, 777 se remémora son
séjour et en fit le bilan. Il navait pas rempli sa mission
et avait perdu le contact avec Hérodias et leur fille. De plus,
la famille de Salomé lui était hostile et il pressentait
que les retrouvailles seraient pénibles. Et elles le furent:
au terminal, la famille, qui attendait au grand complet, réserva
ses épanchements pour la jeune femme prodigue et le fruit de
ses amours tandis quelle gratifiait 777 de regards noirs de rancune.
777 avait échappé à une guerre, une autre venait
de lui être déclarée et il sut que la lutte serait
longue et quil nen sortirait peut-être pas vainqueur. Il chercha au plus vite une maison pour se libérer de lhumeur
hostile de ses beaux-parents, soulagés quil trouvât
à se loger loin de chez eux. Puis il fouilla les petites annonces
en quête dun emploi. Il ne tarda pas à en dénicher
un qui permit à ses talents de travailleur de la terre de sexercer
à volonté. Salomé lui donna une autre fille et,
plus tard, leur naquit un garçon. Ainsi se réalisait la
promesse de Dieu selon laquelle la jeune femme comblerait, par ses maternités,
le vide toujours cuisant causé par la perte des trois premiers
enfants de 777. Lhomme pour lequel uvrait 777 devint un ami : une foi
commune les unissait et ils passaient dinterminables soirées
à nourrir leur idéal dun même enthousiasme.
Largent rentrait à nouveau, les enfants étaient
une source de joies, et ce charmant tableau passait aux yeux de beaucoup
pour idyllique. Pourtant, le ver était dans la pomme. Salomé
passait de plus en plus de temps devant son miroir, toujours plus soucieuse
de son apparence. Elle senfermait de longues heures dans sa chambre
et en ressortait parée et maquillée comme une gravure
de mode. Devant les questions de 777, elle prétendait que tout
cet apparat était destiné à lui plaire : «
Chéri, cest pour toi que je me fais belle. » Mais
les sorties répétées de Salomé troublaient
777 qui se refusait néanmoins à penser au pire. Trois ans sétaient écoulés. En un autre
lieu, une femme et son enfant attendaient des nouvelles qui ne venaient
pas. Hérodias avait espéré, chaque jour, un petit
signe, puis elle sétait résignée. Elle avait
écrit au père de sa fille, mais navait reçu
aucune réponse. 777 avait-il seulement lu ses lettres ? Lui avait-on
remises ? Là-bas, dans ce bled du bout du monde, le facteur ne
passait pas à domicile et Salomé allait souvent relever
elle-même le courrier chez le grocer qui servait de boîte
aux lettres. Ce silence prolongé lavait amenée à
la conclusion quelle nintéressait plus personne.
Et voici que, tout à coup, quelque chose remuait son cur,
une chose bizarre, qui la mettait mal à laise. Et un matin,
elle trouva sous sa porte une carte, écrite de la main de Salomé
et invitant sa fille à venir fêter le jour anniversaire
de sa demi-sur. Pourquoi celle qui était à lorigine
de ses maux lui écrivait-elle ? Sous quelle impulsion ? Par quel
méandre du destin ? Ses sentiments étaient aussi mêlés
que les brins dun écheveau. Accepter cette invitation était
lourd de conséquences ; cela impliquait de revoir Salomé
quelle ne connaissait que trop bien ! Nétait-ce pas
assez que les deux femmes, rivales, liées par un nud karmique
bi-millénaire, aient réparé leur crime passé
en donnant une descendance à celui qui en avait été
privé par leur faute ? Entravées par les ténèbres
mais poussées par leurs intuitions, elles réussirent néanmoins,
après un échange de courrier, à se mettre daccord
pour une première rencontre. Lheure des retrouvailles était venue, 777 allait revoir son enfant. À suivre. |