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Dans la lumière de 777
Roman pour la Vie Par Jean-Baptiste
Chapitre 26 - La dame de fer
Un cri de désespoir déchira le cur du bush, ricocha
sur le tronc lisse des arbres qui bordaient la propriété,
grimpa jusquà leur cime puis déferla telle une vague
en direction de locéan où il fut emporté
par les flots.
Du fond de leur repère, les « Illuminati » avaient
eu vent du départ dHérodias. Le moment était
venu de frapper fort. Lhomme nétait plus protégé.
Cette séparation le rendait vulnérable. De lautre
côté du globe, la famille de Salomé avait préparé
minutieusement le dossier judiciaire qui devait le perdre.
Hagard, démuni, 777 se dirigea intuitivement vers lincinérateur
de la propriété. Des restes sy consumaient. Juste
avant son départ, Hérodias y avaient brûlé
des cartons, des journaux, des magazines. Des vestiges de lettres captèrent
son regard. Cétaient des pages manuscrites à moitié
épargnées par le feu. Il sen saisit et se mit à
les lire ; Hérodias les avait reçues de sa famille et
leur contenu ne laissait aucun doute sur les sentiments de celle-ci.
777 prenait conscience de lhostilité que nourrissaient
ses anciens amis et connaissances envers lui. Il en sentait tout le
poids.
Les instances officielles lavaient emprisonné dans les
mailles de leur filet. Il navait pu développer la doctrine
spirituelle du retour du Christ ni dénoncer le plan satanique
de domination mondiale aussi appelé mondialisation. Et comment
faire apparaître au grand jour lexistence des bases secrètes
du réseau 666 ? Tous ces échecs le desservaient. Toutefois,
il ne pouvait se résoudre à croire à linutilité
de ses actions. Après tout, il avait été une personnalité
en vue, son ancien mandat politique pouvait le servir. Il prit donc
sa plume et contacta les autorités du plus haut degré,
celles de son propre pays et les instances locales. Il estimait avoir
été lésé dans ses droits dhomme libre
; on lavait attiré dans un traquenard dont lissue
sannonçait fatale ; la dénonciation du complot lui
serait peut-être bénéfique. Il avait appris que
Salomé devait être rapatriée avec leur fille, lui
devait disparaître sans laisser de traces. Ses démarches
et différents contacts lui firent voir une vérité
: les « Illuminati » sétaient infiltrés
à tous les niveaux de pouvoir et leurs hommes occupaient tous
les postes clés. Ainsi donc, ministres, gouverneurs, rois et
médias
Tous, sinon corrompus, devaient faire silence
pendant que le capital si précieux du temps accordé sépuisait.
777 mesurait son impuissance. Il avait espéré que le départ
dHérodias ramènerait un peu de paix dans son couple,
mais les tracasseries journalières et administratives le harcelaient
et Salomé, partageant les mêmes soucis, ne pouvait guère
jouir du départ de sa rivale.
777 fut tenté de demander le statut de réfugié
politique, mais il renonça à suivre cette voie. Elle laurait
mené à une fin certaine, noyé dans la masse anonyme
des demandeurs en attente de régularisation. Puis le jour fatidique
arriva où un avocat oublia « par pur hasard », bien
entendu, un courrier de prolongation de visa, et ils devinrent des «
hors la loi », immigrés illégaux. Dès cet
instant, leurs allées et venues furent étroitement surveillées
Jusquau jour J où quatre voitures du ministère
encadrées de bodyguards pénétrèrent dans
leur propriété.
777 les attendait debout sur la terrasse, Salomé se tenait
à ses côtés, tremblante, leur fille dans ses bras
et ne comprenant pas ce qui leur arrivait, car sa famille avait uvré
à son insu.
Une portière souvrit et une jeune femme en sortit. Une
autre femme, que les vitres fumées dérobaient à
la vue de 777, lui donna sur un ton péremptoire des ordres quelle
sempressa de traduire. 777 ne comprenait pas pourquoi une telle
masse dénergie était dépensée à
son encontre. Il avait limpression que les furies du ciel sétaient
déchaînées contre lui ! Il connaissait lavenir
mais ne pouvait en parler. Il avait découvert un lourd secret
et ne pouvait le dévoiler. Il était lopposant, il
devait disparaître.
« Mais que me voulez-vous vraiment ? » lança-t-il
simplement. « Vous navez rien à prendre, suivez-nous.
», lui rétorqua-t-on. « Puis-je au moins emporter
ma bible et ce livre sur le Saint Graal ? » Linterprète
se tourna vers la dame assise dans la voiture. Il y eut un bref dialogue,
puis la voix dans la pénombre lança un « yes, sure
» tandis que deux « gorilles » sapprochaient
de lui pour lemmener. Il monta sans résistance dans la
limousine, laissant derrière lui sa compagne et sa fille. «
Pourquoi mabandonnes-Tu ? » dit-il en son cur à
Dieu subitement si lointain. Durant le trajet, il comprit des échanges
entre la dame, qui se révélait être un haut fonctionnaire
à la poigne de fer, et ses acolytes quon lemmenait
à la capitale pour le jeter en prison. Salomé devait,
pour sa part, être rendue à ses parents, lesquels étaient
à lorigine du rapport judiciaire quémandé
par les autorités locales. Que lui reprochaient-ils ? Son esprit
sectaire et son uvre denvoûtement quil avait
dû exercer sur Salomé pour la convaincre de le suivre ;
sinon comment expliquer le comportement de leur « fille chérie
» ?
« Seigneur, ne me laisse pas, insuffle-moi ce que je dois faire.
» Il ne restait plus que 20 kilomètres pour réagir,
dire ou faire quelque chose, briser ce silence insupportable qui sétait
installé entre les passagers. 777 sentit soudain une force le
pénétrer. « Pardon, madame » dit-il à
linterprète dont il toucha lépaule. «
Pouvez-vous traduire à madame le haut dignitaire du gouvernement
ce que jai à lui dire ? » Après une brève
hésitation, linterprète acquiesça dun
timide hochement de tête. « Vous appartenez, madame, au
clan des loups mais vous devez savoir que celui que vous conduisez avec
assurance vers une sombre destination est comme un agneau voué
à labattage et qui plus est, un agneau de Dieu. Dès
cet instant, vous ne devez pas seulement rendre compte de vos actes
à vos supérieurs mais aussi devant le tribunal de Dieu.
» Interloquée par tant daudace, linterprète
fronça les sourcils. « Voulez-vous vraiment que je traduise
ça ? » «Oui, à la lettre, sil vous plaît.
» Mais avant que la jeune femme ne sexécute, la dame
haut fonctionnaire avait fait signe à son chauffeur de se garer
sur le bas côté de la route. Les voitures descorte
firent de même. La dame fixa linterprète qui nosait
plus parler puis son regard glissa sur 777 et sy attarda un long
moment. Son visage avait pâli, elle avait compris les propos de
777. « Continuez, je vous prie » lui dit-elle avec un fort
accent anglais. 777 poursuivit : « Vous savez pertinemment bien
que je ne suis ni un espion ni un gourou de secte et que mes différentes
demandes de prolongation de visa ont été volontairement
bloquées afin de permettre à ceux qui me haïssent,
à cause de ce que je représente, de neutraliser mes actions,
voire de me perdre à jamais. » 777 sinterrompit un
court instant pour bien ancrer ses propos. « Et sil est
vrai », reprit-il, « que je ne suis pas un espion, jai
pourtant découvert que mes soupçons sur le rôle
que joue votre immense pays dans linstallation du réseau
de la bête 666 et ses connexions interalliées sont bien
fondés. Vous savez de quoi je parle. Je ne pouvais imaginer que
ce pays de liberté pouvait être complice de luvre
satanique. Vous abritez un réseau mondial dordinateurs
dotés dune capacité denregistrement de trois
fois six chiffres en vue du futur marquage de lhumanité
entière, à laide dune micropuce biologique
qui sera greffée au front ou à la main, selon les termes
bibliques. »
Le haut dignitaire blêmit un peu plus, esquissa de la main un
geste pour faire taire 777, et après avoir ordonné à
ses gorilles de les laisser, le pria de poursuivre. « Je sais
que ce réseau est connecté à mon propre pays et
quil doit être incessamment mis en place en vue du futur
gouvernement mondial où vous et moi ne serons plus quun
code barre soumis, esclave de ce que lon nous aura injecté
et au service total de ceux qui nous gouvernent. » La dame sépongeait
le front : des gouttes de sueur perlaient, étaient-elles dues
à la chaleur ou au malaise quengendraient ces propos ?
777 lui accorda un répit avant denchaîner. «
Vous savez aussi, madame, que dès leur naissance, les bébés
robots du 21è siècle seront de parfaits citoyens. Le siège
même de leurs pensées sera influencé par les cellules
cérébrales composantes de la puce. La haute technologie
de celle-ci en feront des serviteurs modèles, prêts à
toutes les actions et exactions quon leur ordonnera depuis lordinateur
central. Les prophètes annoncent depuis des millénaires
ce « temps de la fin » durant lequel personne ne pourra
plus vendre ni acheter sil nest marqué du chiffre
de la bête. Et vous savez comme moi que ce temps est arrivé.
Je sais de quel côté vous êtes, madame, mais vous
pouvez en changer aujourdhui ou du moins amoindrir votre culpabilité
en nexécutant pas les ordres pour lesquels vous êtes
ici. »
En proie au doute, le haut dignitaire se tortillait sur son siège.
De longues minutes sécoulèrent, livrant son âme
à la torture dun choix difficile. Enfin, elle ouvrit la
portière, se dirigea vers ses gorilles et sembla leur donner
des ordres. Les hommes hochèrent la tête, grimpèrent
dans les voitures restées à larrière, remirent
le moteur en marche et disparurent dans la nature tandis que la dame
fonctionnaire reprenait sa place aux côtés de 777.
Elle paraissait tout à coup plus détendue et lui dit en
anglais : « Votre intervention ma troublée. Il y
a deux raisons à cela : seuls ceux qui se trouvent au sommet
de la pyramide sont au courant de ces desseins et je sais que vous nen
faites pas partie car je ne vous y connais pas
Ou les prophètes
de Dieu. » Elle sinterrompit, plongeant son regard dans
celui de 777 qui ne sattendait pas à une telle réaction.
« Jai la conviction », dit-elle, « que cette
vérité vous a vraiment été révélée
par Dieu. Car voyez-vous, cher monsieur, je suis croyante, protestante
de confession et je sais que la Bible donne cette information sur 666
aux gens du temps de la fin
» « Au bétail
humain, tel que vous les appelez », répliqua 777. «
Si vous voulez » lui dit-elle sur un ton évasif. «
Voici donc ce que jai décidé de faire. Jai
des comptes à rendre et je suis donc obligée de vous retenir
une nuit dans la prison de la capitale. Il me faut des preuves de votre
enfermement. Ensuite, jassumerai. » Elle poussa un petit
soupir de dépit : « Vous me compliquez la vie, mais je
vous donne ma parole de vous relâcher demain, dès 7 h 15.
Jaurai vos billets davion et un agent bancaire maccompagnera
pour que vous puissiez retirer les fonds de votre propriété.
En échange, je vous demande de quitter le territoire le soir
même au plus tard. Avec votre compagne et votre fille. Ai-je votre
parole ? » Avait-il le choix ? « Vous lavez »
lui dit-il. La dame fit signe au chauffeur de reprendre la route.
Durant le reste du trajet, 777 rendit grâce à Dieu davoir
tourné lesprit de la dame en sa faveur : une fois de plus,
Il venait de le sauver dun très mauvais pas.
À son arrivée à la prison, il se laissa docilement
conduire dans le dédale des couloirs jusquau comptoir administratif
où lon examina ses papiers. Voyant que 777 avait exercé
un mandat politique, le commandant des lieux bougonna : il naimait
pas cette situation, on ne lui amenait pas un malfrat mais un homme
apparemment honnête, qui plus est un homme public. Il ne pouvait
se décider à lui demander ses objets personnels. Alors
777 lui facilita la tâche en vidant lui-même ses poches
et en ôtant sa ceinture. Avec ménagement, le commandant
prit 777 par lépaule et, ne cessant de hocher la tête
de gauche à droite pour marquer sa désapprobation, linvita
à le suivre. Bientôt ils se retrouvèrent devant
la cellule attribuée. 777 y pénétra. Il y faisait
froid, la canalisation dair conditionné, en mauvais état,
ne laissait entendre quun sifflement et peinait à livrer
sa chaleur. La porte se referma et les verrous claquèrent. Il
se sentit plus seul et plus rejeté que jamais. Il resta figé
au milieu de cette pièce exiguë qui le coupait du monde,
tandis que ses yeux se mouillaient et que des larmes tombaient sur le
dallage glacé. Combien de temps resta-t-il dans cette position
avant dapercevoir sur son matelas de misère ce quil
prit pour un petit miracle ? Sur le carré de toile rugueuse,
on avait posé sa Bible et son livre du Graal. Il sentit un peu
de chaleur lui monter au cur. Il prit le Grand Livre de Vie et
louvrit au hasard. Il tomba net sur le sermon sur la montagne
: « Bienheureux êtes-vous si lon vous persécute
à cause de moi. » Chacun de ces mots le pénétra
jusquà los. Il sallongea sur le trop mince
filet de mousse couvrant son lit de béton, ferma les yeux pour
mieux simprégner des paroles sacrées et forma le
vu de trouver le sommeil, mais la nuit sécoula sans
quil pût y parvenir.
À suivre.
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