Dans la lumière de 777
Roman pour la Vie
Par Jean-Baptiste

Chapitre 25 - Les cénacles de l’ombre

Depuis la nuit des temps, des groupuscules de l’ombre veillent jalousement sur une prérogative qu’ils se sont appropriée : la conduite spirituelle et matérielle de ce qu’ils appellent le « bétail humain ». A l’origine, ces congrégations antiques ne visaient que la transformation intérieure des individus par une recherche spirituelle et par la soumission à Dieu. Mais l’histoire nous est témoin que les aspirations et réalisations d’un ordre supérieur entraînent souvent une surestimation du moi, laquelle engendre l’orgueil et le péché. À l’image de l’archange Lucifer que sa faute transforma en Satan le diable, ces « gouvernements secrets » devinrent petit à petit les ennemis jurés de tous ceux qu’ils ne parvenaient plus à tenir sous leur joug et vinrent grossir les rangs du Malin. Héritiers de la « Fraternité du serpent », apparurent les « Illuminati » qui s’infiltrèrent en Mésopotamie, dans la « confrérie du serpent ». Voulant conserver le monopole de leur puissance, ils réduisirent violemment au silence tout contestataire. Ils connaissaient à la perfection les Écritures, de même que l’heure de la venue des « messagers de lumière ». Tous auraient souhaité, à l’instar d’Hérode le Grand, massacrer dès leur premier souffle de vie ceux qui, par leurs œuvres, pouvaient mettre en péril le trône de leur seigneur et maître, Lucifer. De mille et une manières, ils martyrisèrent les prophètes annonciateurs d’un « Messie » appelé « Jeshoua ». Et voici que les mages décelaient un mouvement d’astres anormal. Une conjonction sacrée se préparait-elle ? Et cet alignement ne présageait-il pas la venue prochaine d’un nouveau maître ? D’un nouveau roi ?

Le doute plana tel un oiseau de proie dans les salles secrètes où, de par le monde, tout se décidait. Il fallait choisir maintenant, agir au plus vite. La voix des prophètes qu’ils avaient fait taire irritaient encore le cœur des frères de l’ombre réunis en ce jour maudit qui leur annonçait l’arrivée d’un nouveau prédicateur et, avec lui, les problèmes et les ennuis. Tous les membres de la fraternité occupaient de hautes fonctions, leur influence balayait les domaines les plus divers, finance, politique, religion, justice, éducation, mais les discours de fous épris de Vérité risquaient bien de leur causer préjudice et de leur faire perdre situation et portefeuille. Hérode pouvait-il partager son pouvoir avec un deuxième roi des Juifs ? Le Sanhédrin allait-il se faire damer le pion par un futur chef spirituel ? Que pouvait-il sortir de bon de Nazareth ? La plus petite cité de Juda pouvait-elle engendrer un roi, un messie, un fils de Dieu ?

Le temps pressait. Des coursiers furent envoyés jusque dans les congrégations les plus reculées en vue de récolter les suffrages. Et, une nuit de pleine lune, l’ultime décision tomba, sans équivoque et unanimement, guidée par une seule question : ne valait-il pas mieux continuer à servir le prince de ce monde qu’un prétendant potentiel au trône spirituel et universel ?

« Oui, nous voulons poursuivre notre œuvre pour notre dieu Lucifer, le prince de l’air et de ces dieux volants dont le symbole ornait le tablier de nos ancêtres. Que cela soit écrit, annoncé et accompli !

Que les coursiers diffusent la nouvelle : nous, grands maîtres des loges secrètes, en cette nuit sacrée de pleine lune, décrétons que, désormais, et dès l’instant, notre seul et unique seigneur est, sera et restera Lucifer, l’archange de Lumière à qui nous nous soumettons corps et âme et de qui nous recevrons pour salaire gloire, richesse, honneur et protection. »

Tandis que les rayons blafards de la lune s’appropriaient l’horizon, des rites anciens furent désacralisés et le paganisme conquit en un éclair toutes les congrégations, les loges et les cœurs. Lucifer connaissait son heure de gloire !

Hérodias, princesse juive, maîtresse d’Hérode Antipas, et sa fille Salomé faisaient partie des loges dirigeantes. Hérodias exposa donc aux membres de l’une d’entre elles les tracas que lui causait Jean le Baptiseur. Le prédicateur avait plus d’une fois signifié aux amants que leur union était sacrilège, il clamait dans le désert l’outrage fait aux ordonnances du Créateur et annonçait une punition certaine si le couple ne s’amendait pas. Les échos de sa diatribe résonnaient aux portes de la ville, s’engouffraient dans les venelles, alimentant les commérages, et montaient jusqu’au palais.

Les cénacles de l’ombre eurent grand peine à trancher. Selon le prescrit de la loi mosaïque, Jean avait raison, Hérodias était coupable d’adultère. Mais que pouvait peser la révolte d’un ermite face à l’influence d’une princesse sur son roi et peut-être même sur les affaires de l’État ? Jean représentait un péril pour le trône, car le peuple l’écoutait. Ne valait-il pas mieux que cet homme meure plutôt que de semer le trouble dans la région et de recourir une fois de plus à l’intervention de la soldatesque romaine ? Il fut donc décidé de le faire périr. L’opportunité se présenterait tôt ou tard, à son retour en Galilée, province sur laquelle régnait Antipas.

Salomé accompagnait sa mère dans les cénacles. Elle s’y sentait sublimée. Son pouvoir de séduction y excellait, allant jusqu’à infléchir les arrêts de vie ou de mort qui pouvaient y être rendus sur tous ceux dont l’avenir dépendait du gouvernement secret. Elle se nourrissait avec volupté des regards caressants et des saluts flatteurs qu’on lui réservait. (Elle en garderait le goût durant chacune de ses vies ultérieures.) Elle fuyait les réflexions sur le bien ou le mal, la sensualité de la vie guidait seule ses pas, et la vérité et le mensonge finissaient par se fondre en un seul fruit qu’elle croquait sans pudeur et sans peur des conséquences.

Or, Jésus s’est défini comme la Vérité et la Vie. Et afin de proclamer Sa Parole, Il a envoyé ses messagers et ses prophètes. Il leur a présenté trois voies possibles pour accomplir leur mission :

l’incarnation, la réincarnation et l’incorporation. Beaucoup sont venus dans un corps humain chargé d’un lourd karma. Aussi leurs actions antérieures ont-elles entamé leur crédibilité : ils prêchent, ils écrivent, ils œuvrent et ne recueillent que railleries, condamnations et exécutions, car ils ne peuvent troubler le pouvoir secret et mondialiste des maîtres de cette planète. Qu’importe, inlassablement, après leur disparition, ces hommes de Dieu se réincarnent ou s’incorporent pour achever leur mission. Ces fils d’hommes, tant attendus de leurs contemporains, seront aussi leur pierre d’achoppement, car ils ne seront jamais des « modèles » auréolés de lumière et ressembleront à monsieur tout le monde. N’a-t-on pas dit du Christ qu’Il était fou ? Et le Christ parlant de ses futurs messagers n’a-t-Il pas dit : « Nul n’est prophète en son pays et, voici, Je vous le dis, même pas au sein de sa propre maison » ?

Comme par le passé, 777 serait victime des loges noires et se verrait attaqué dans sa propre famille. Il perdrait tout, et l’on attenterait même à sa vie.

À suivre.