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Dans la lumière de 777 Chapitre 23 Le rucher" Ne sois ni passif ni futile mais uvre dans la vie avec les nombreux
dons que tu as reçus, sans jamais nuire à autrui pour
satisfaire tes désirs. Oeuvre joyeusement à quelque chose
dutile au sein de ta famille mais sois conscient que Jai
tracé un jalon dans lespace et le temps de la maturation
de lunivers. Tout ce qui est dense et trop ténébreux
sera dorénavant aspiré dans lentonnoir de la décomposition
et de la désintégration. Le Jugement est déjà
en cours pour certains, pour dautres il commencera dès
quils auront atteint leur maturité. Annonce-leur ce temps
précieux et imminent de la séparation des boucs et des
brebis. Aujourdhui, pour beaucoup, il est déjà trop
tard, mais pour dautres, il est temps de quitter les voies fausses
et daspirer à la Lumière. Dis-leur de purifier leurs
pensées, de cesser de nuire à leur prochain et à
la terre mère qui a commencé à se venger deux
car ils sont devenus de véritables cellules cancéreuses.
Exhorte-les à retrouver leur libre arbitre et à se libérer
des griffes de Lucifer. En posant leur propre jalon de bon vouloir,
ils parviendront à dénouer les nuds quils
auront formés par leurs actions mauvaises. Moi, Je leur tends
les mains mais cest à eux quil appartient de sen
saisir car Je les ai créés libres. Pour ceux qui ne suivront
pas ces conseils de survie, tu ne peux rien : tu nobtiendrais
que raillerie, médisance, haine et persécution, car ils
auront laissé mourir lesprit qui les habitait en sadonnant
unilatéralement à la vie matérialiste et aux vanités
qui façonnent la voie luciférienne. Le feu du Jour de
lEternel les consumera comme la balle du blé car ils ne
peuvent entrer dans Mon Royaume qui vient bientôt. Le temps de
la volonté humaine touche à sa fin ; le temps de la Volonté
de Dieu est arrivé. " Imprégné de cet enseignement, 777 accomplissait ses
travaux quotidiens et les offrait à Dieu en actions de grâce.
Il avait charge de famille - Hérodias et Salomé avaient
lune et lautre accouché dune fille à
quelques mois décart et il se fit un devoir daméliorer
le confort de son petit monde. Malgré la douleur de ses poignets
que son escapade maritime lui causait depuis des semaines, il destina
chaque mètre carré de terrain à lactivité
que lui dictait son intuition. Les hivers étant très pluvieux,
il décida de creuser trois fosses pour récolter leau
du ciel car, sous ces latitudes, les deux tiers de lannée
étaient voués à la sécheresse. Il construisit
un pigeonnier et un poulailler. Il dressa des serres potagères
qui vinrent enrichir le jardin. Des voisins lui firent don dune
petite chèvre qui venait de mettre bas et qui donnerait aux enfants
son lait onctueux. Tandis que 777 se livrait à un labeur soutenu, les femmes apprenaient
à se supporter. Hérodias sefforçait docculter
léchec de son union avec 777 en sabandonnant aux
joies de la maternité. Mais un pan de son cur avait été
arraché et elle ne se sentait plus quune moitié
de femme. Elle partait souvent, son enfant dans les bras, pour de longues
promenades qui la plongeaient dans dinterminables dialogues avec
Dieu : là, au bord de la mer, elle Lui confiait son tourment,
son esseulement, cette douleur lancinante qui ne la quittait ni le jour
ni la nuit, elle Lui disait son incompréhension des choses face
à lobstination de 777 et à labsence damour
qui faisait le lit de son amertume et de son désoeuvrement. Sans
parler des sermons que son compagnon dautrefois lui tenait en
présence de sa rivale et dont elle sortait humiliée !
La honte, la révolte, le mépris, la désespérance
venaient tour à tour la tourmenter alors que le couple Salomé-777
se fortifiait sous ses yeux : chaque regard, chaque sourire échangés
étaient autant de trahisons. Par-dessus tout, elle redoutait
la nuit qui alimentait sa solitude. Recroquevillée sous ses draps,
elle guettait le moindre bruit, et les chuchotements qui lui parvenaient
de la chambre voisine parachevaient son malheur. Elle pensait à
tous ceux quelle avait quittés, sa famille, ses amis :
ils la croyaient heureuse et ignoraient tout de son désarroi.
Elle navait dit mot à personne, elle ne sétait
confiée quà Dieu, à la fois si proche de
Lui et si éloignée car malgré les appels de détresse
quelle lançait au plus haut, aucun signe ne lui parvenait
du ciel. La compagne désapprouvée, mal aimée était-elle
tombée en totale disgrâce ? Par ailleurs, avait-elle le
droit de se résigner quand son enfant lui souriait et lui tendait
les bras ? Non, Dieu nétait pas resté sourd et elle
tenait bien là Sa réponse. Elle renonça à
ses doutes et se mit à louer le Très-Haut pour le don
merveilleux quIl lui avait fait au plus profond de son désespoir. Salomé supportait de plus en plus mal la présence de
cette femme " en trop " quelle jugeait autoritaire.
Elle ne se pliait à aucune règle et nobéissait
quà sa fantaisie innée. Il était fréquent
de la voir délaisser subitement la tâche quelle venait
dentamer, sortir avec son enfant dans son couffin et son instrument
de musique en main et jouer des heures durant sans se soucier du pot-au-feu
qui nen finissait plus de bouillir. Cette désinvolture
exaspérait Hérodias pour qui remplir les obligations ménagères
dévolues à chacune relevait du simple respect humain.
Mais Salomé ne lentendait pas ainsi ; la vie devait être
une fête, elle avait grandi dans cet esprit et ne se plaisait
quau soleil. Un monde la séparait dHérodias,
la secrète et la rigoureuse. Cest peut-être ce qui
la rendait si attrayante. Elle était faite pour chanter et danser,
sans doute comme son aïeule qui avait eu lart consommé
de faire tourner et tomber les têtes ! Elle lavait emporté
sur Hérodias. 777 était tout à elle. Et pourtant,
une zone dombre subsistait. Le poison du doute la submergeait
parfois. Tantôt elle néprouvait que du ressentiment
pour sa " rivale ", tantôt la persévérance
de celle-ci forçait son admiration. Elle le lui avoua un jour
: " Je ne sais pas où tu puises cette force et ce courage.
Moi, je ne pourrais pas. " Car les rapports entre les deux femmes
étaient un curieux mélange de méfiance, de suspicion,
dhostilité métissée dune inexplicable
sympathie qui trouvait peut-être à se justifier dans lanalogie
de leur karma. Avec la naissance des enfants pourtant, la tension avait
baissé dun cran. Les femmes, attendries, rendues à
plus de gaieté, échangeaient leurs sentiments de mères,
se prodiguaient des conseils lune à lautre, partageaient
leur émerveillement devant les progrès respectifs des
petites. Mais cet état de grâce fut de courte durée.
Bien vite, Salomé eut peur de perdre le terrain quelle
avait conquis, car 777 se réjouissait de cette complicité
inattendue et semblait accorder un peu plus dattention à
Hérodias. Salomé nétait pas de celles qui
seffacent. Ses atouts physiques et sa jeunesse lui donnaient le
droit de prétendre à la reconnaissance, à lexclusivité.
Elle ne pouvait sépanouir pleinement à lombre
de cette cohabitation forcée avec Hérodias. Il fallait
y mettre un terme. Mais il lui était impossible de demander brutalement
le renvoi d Hérodias. Elle choisit donc de se plaindre,
exposant ses griefs à 777 qui en fut bien tourmenté. Il
aspirait à la paix et navait réussi quà
semer la zizanie. Il considéra " le petit paradis "
quil avait façonné dans cet endroit isolé
du bout du monde, réalisant ainsi un de ses rêves denfance.
Il évalua les constructions quil avait érigées
et son regard sarrêta sur le rucher. Il avait retapé
des vieilles carcasses disloquées quun apiculteur avait
consenti à lui vendre. Le matériel était détérioré
mais il abritait de fortes colonies de petites abeilles noires et agressives.
Il aimait observer leur ballet incessant à la miellée
et sémerveillait de leur vaillance, il les voyait partir
légères à la récolte puis, au retour, se
poser tout alourdies par les pelotes de pollen sur le plateau denvol
et repartir de plus belle après avoir largué leur précieuse
cargaison. Il pensa à lorganisation modèle de ce
petit peuple ailé, mais aussi à son code sévère.
La vieille reine ne devait-elle pas céder la place à la
plus forte des jeunes abeilles élevées dans le couvain
aux fins de gérer un jour la colonie ? Cette pensée le
ramena à Hérodias et Salomé, et il se sentit plus
attristé que jamais.
A suivre. |