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Dans la lumière de 777 Chapitre 22 - Le combat
Les yeux rivés sur sa ligne, 777 eut un mauvais pressentiment
tandis que les nuages noirs semparaient des cieux. Il remonta
sa ligne fébrilement, se saisit des rames et vira de bord, cherchant
la côte mais il ne la vit pas, elle avait disparu. Il fouilla
du regard lhorizon qui tanguait, chercha le moindre petit bout
de plage ou la cime dun arbre pouvant lui indiquer la direction
à prendre mais il ne vit rien que le dos écumeux de la
mer démontée. Il cala ses pieds contre la coque et se
mit à ramer en aveugle, à un rythme frénétique,
crevant les déferlantes vers une terre hypothétique. Que
lui fallait-il affronter ? La colère de Dieu pour lexpiation
de ses fautes passées ? Devait-il payer dun coup, par une
issue fatale, la dette dont il sétait chargé avec
obstination ? Ou était-il à nouveau le jouet de son ennemi
millénaire, larchange déchu, qui prenait plaisir
à leffrayer pour mieux le fragiliser ? Serait-il jugé
avant davoir pu prononcer un mot de repentance ? Il chassa ses
doutes, ce nétait pas là luvre de Dieu. La barque prenait leau de toutes parts, les poissons pêchés flottaient comme dans un bocal. « Seigneur, Tu sais que jaspire à la Lumière et à la Pureté, écoute ma prière, apporte-moi la force et le salut avant que je ne sombre dans cette furie. » Pour réponse, il fut soulevé par une vague géante qui lui fit entrevoir un bout de côte avant de le plonger dans les replis tourmentés de la mer. Surtout, ne pas céder à la peur. Lapôtre Pierre ne sétait-il pas enfoncé dans les flots parce quil avait douté ? Dieu nabandonnait pas les siens, surtout dans les moments les plus sombres. Il venait de lui montrer la voie. Avec dinfinies précautions, 777 assura ses rames en les liant à la barque, puis il écopa leau qui lui montait à présent à mi-mollets. Le tangage accentué de la barque fit séchapper le gros de la manne pêchée. Tel un homme ivre, 777 regagna sa place de rameur. Le vent arrivait de la côte et il décida de laffronter de biais malgré les risques de roulis et les lames qui déstabilisaient lembarcation. Ses forces sépuisaient, mais il serrait les dents ; ses poignets le faisaient souffrir atrocement mais il tirait rageusement sur ses rames. Doù puisait-il cette force si ce nest dans la certitude quil menait un nouveau combat contre les ténèbres ? Combien de fois déjà avait-il été confronté à la mort ? Et qui donc voulait le faire mourir afin de le faire taire ? Qui, sinon larchange déchu ? Durant des mois, cette aventure marqua sa chair de stigmates : il
ne pouvait travailler quen enserrant de bandages ses poignets
tout meurtris. Mais elle sublima aussi sa conscience. Il devait être
loutil de la Parole et prêcher Son retour. Il ny avait
pas dalternative. Dès quil sécartait
de cette route, tout se tournait contre lui. Par ailleurs, son temps
était précieux et il voulait de moins en moins le perdre
en futilités. Il avait, par la volonté de Dieu, traversé les ténèbres
et elles ne lavaient pas vaincu. La bataille nétait
pas gagnée pour autant, car les ténèbres enveloppaient
la terre, étouffant toute intuition aussi sûrement quun
éteignoir la flamme dune bougie. Tous ceux qui aspiraient
encore à la Lumière étaient entraînés
malgré eux vers les abysses. « Regarde les hommes et les
femmes de ce monde. La plupart sont déjà morts, car ils
ont laissé périr en eux lesprit de Vie. Lhumanité
souffrante est épuisée par les assauts du Malin qui étourdit
son âme par des chimères. Les ténèbres se
densifient de jour en jour et leur gouvernement est en place. Elle vit,
sans le savoir, la période la plus douloureuse de son histoire
car la Lumière quelle a désavouée ne peut
plus lui apporter son secours et Dieu voile Sa face. A cette sombre
période doit succéder une aurore bienfaisante et salvatrice
mais celle-ci ne se lèvera quaprès la purification
et le grand nettoyage. Tous ceux qui auront gâché leur
vie dans la recherche du vent et des futilités matérialistes
sombreront. Cette époque fut perçue par Jean le baptiseur
et, aujourdhui, elle doit être annoncée par toi à
tous les menteurs, les voleurs, les dévoyés, les juges
iniques. A ceux qui pratiquent le mal, dis bien quils nobtiendront
pour prix de leur salaire que le dégoût deux-mêmes
et la juste punition de leurs méfaits. Tu vis cette époque
décrite par le Christ, où ceux qui, en toute sincérité,
recherchent la Vérité pour eux et pour les autres, ont
pour ennemis les gens de leur maison - conjoint contre conjoint, enfants
contre parents - , où le coupable est déclaré innocent
et linnocent coupable. Mais ceux qui accusent faussement, qui
se moquent des êtres de Lumière, soutenus dans leur uvre
mauvaise par lInjustice des hommes, seront bientôt réduits
au silence et cest dans les gémissements quils imploreront
leur pardon. Dautres, endurcis comme le fut pharaon à la
sortie dEgypte, lèveront le poing vers Dieu en le maudissant
pour leurs maux et seront menés inexorablement jusquaux
meules dairain de la Grande Justice. Oui, ce que tu viens de vivre est la transposition parfaite du drame
humain. La vie est une mer en furie qui, animée par des vents
méphitiques, absorbe les êtres qui se sont tournés
vers les ténèbres, accomplissant ainsi la loi de lattrait
des affinités et des semblables. Celui qui naura pas exposé sa conscience au miroir de
la Vérité par peur dy voir ses défauts et
ses souillures, celui-là périra, de même celui qui,
sopposant aux êtres de Lumière, croit naïvement
que, par ses railleries, il empêchera la venue du Jour du Seigneur.
» Tel est le message que 777 reçut au plus fort de son
combat contre la tempête.
Il contempla le ressac de la mer sur les récifs de la côte. Il leva les yeux au ciel et se sentit en connexion avec le Paradis. Après la tourmente, il vivait une joie intense : la reconnaissance de sa petitesse et de sa dépendance à Dieu façonnait le limon de son éclosion spirituelle. Il se sentait libre et pensa quil goûtait à cet instant le vrai bonheur. Il se remémorait chacune des paroles qui lui avaient été insufflées et il se dit que peu de personnes savaient reconnaître les envoyés de Dieu. Pourtant, lesprit de Jean était bien de retour. Mais, sourds et aveugles, beaucoup toiseraient, critiqueraient et condamneraient ces envoyés du ciel tout en ignorant cette sentence terrible : « Malheur à vous, menteurs et voleurs, il ny a pas de place pour vous dans mon Royaume ! » A suivre. |