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Dans la lumière de 777 Chapitre 21 -
Face à la mer Hérodias en était à son sixième
mois de grossesse et, avec cette évidence quun bébé
ne pouvait naître dans la précarité et la rudesse
du cottage, vint le moment de chercher un nid plus confortable. Dautant
que Salomé elle aussi attendait désormais un enfant. La
nouvelle de cette autre maternité accabla un peu plus Hérodias
dont les chances de reconquérir 777 sestompaient de jour
en jour. Cest encore lhomme au van qui les orienta vers leur future
demeure : un bungalow abrité par le bush mais dont les fenêtres
à lavant souvraient sur la mer située à
quelques jets de galets. Lintérieur était tout meublé
et se composait de deux chambres, dune cuisine équipée,
dun salon, dune salle de bain et dune buanderie. Une
petite construction à larrière abritait du bois
coupé, un groupe électrogène et du matériel
de pêche. Un barbecue de fortune achevait de confirmer la vocation
de lendroit : le propriétaire venait y passer ses vacances.
Un pré en pente douce, dun hectare environ, entourait lhabitation
et, demblée, 777 vit les possibilités de culture
que cet espace lui offrait. Les femmes furent conquises : comparé au cottage, le bungalow
prenait allure de maison bourgeoise. 777 partagea leur enthousiasme.
Ils se rendirent chez le notaire dans les plus brefs délais et
achetèrent le bien en copropriété, à parts
égales. Peu après leur installation, ils apprirent que
le cottage avait été démonté par ordonnance
judiciaire. La Providence avait permis que le déménagement
se réalise juste à temps. De la première à
la dernière heure de son séjour, jamais 777 ne se sentit
abandonné de Dieu. Chaque jour, il se rendait sur la plage, au
coucher du soleil, et devant la beauté irradiante du paysage,
rendait grâce à Dieu de ses bienfaits. Quel peintre aurait
pu reproduire ce crépuscule glorieux et quel écrivain
aurait-il pu décrire ce quil ressentait dans ces instants
magiques ? « Pourquoi lhumanité », pensait-il,
« qui se nourrit tant de chimères et se complaît
dans la poursuite du vent, ne prend-elle plus la peine de penser à
Dieu ne fût-ce que le temps dun vol de papillon ? »
Son extase lui faisait découvrir un autre mode de prière.
Souvent, lhomme prononçait des paroles que dautres
avaient écrites pour lui et, de ce fait, sa prière était
vidée de toute intuition. 777 comprit quil devait sabandonner
à la simplicité naturelle qui rapproche lhomme de
toute chose, en oubliant la contrainte des mots et de la grammaire.
Laction de grâce, tout était là. Commencer
sa journée par une véritable gratitude envers son Créateur
et la terminer de la même manière. Du lever au coucher
du soleil, 777 sappliquait avec soin dans toutes ses tâches
afin doffrir par ses actions une prière de reconnaissance.
Cétait par cette pratique que lexistence sur terre
serait bientôt une joie pour ceux qui seraient appelés
à y vivre ! Dans ce monde à venir, celui où Dieu
régnerait enfin ! « En ferai-je partie, Seigneur ? »
se risquait à lancer 777 en jetant un regard goguenard vers le
ciel. Il songeait à ses deux compagnes, au sexe dit « faible
», expression bien erronée sil en était !
« Faibles », ses compagnes ? Non pas « faibles »,
différentes. Il se représentait le courant alternatif,
avec son pôle positif et son pôle négatif, et pour
le genre humain, lidentité masculine, plus forte, et lidentité
féminine, plus faible. Mais la réalité était
autre. Sauf exception, se développait chez la femme une faculté
intuitive plus délicate que chez lhomme, car cest
elle qui devait provoquer laspiration vers la Lumière.
De par sa nature, lhomme était attiré par les activités
plus rudes. De ce fait, lêtre masculin ne pouvait plus concevoir
ni recevoir les irradiations que captaient les femmes. Le sexe dit faible
était donc, à ce niveau, devenu supérieur à
lhomme puisque plus orienté vers la Lumière. Dune
façon inconsciente, lhomme percevait que la femme possédait
des facultés quil navait plus et quil ne devait
dailleurs pas posséder puisquelles léloignaient
de certains travaux plus durs devant nécessairement être
accomplis. Et comme il se sentait plus fort, physiquement parlant, il
était enclin à protéger ce « trésor
» quétait la femme. 777 faisait partie de cette catégorie
dhommes. A ses yeux, ceux qui néprouvaient pas ce
sentiment protecteur nétaient plus de vrais hommes mais
des brutes. En observant ses compagnes, il décelait chez la femme une plus
grande perméabilité aux événements. Oui,
cétait cela, elles étaient plus perméables,
ce qui navait rien à voir avec la faiblesse. Mais, après
réflexion, lui-même 777 nétait-il pas aussi
« perméable » ? Peut-être était-ce ce
côté féminin qui le rendait marginal
Il était
solidement ancré au sol, mais comme les femmes, il conservait
la tête dans les nuages, des nuages qui avaient pour noms élévation,
délicatesse. Le rôle assigné à la femme,
cétait lélévation de lesprit
humain grâce à son corps moins compact puisque plus proche
de lessentialité. Elle était la complémentarité
indispensable à lhomme, car elle émettait des irradiations
dont celui-ci, pas plus que 777, ne pouvait se passer. Il songeait aux nombreuses femmes de son époque qui, par vanité,
avaient adopté des genres masculins dans le but de se promotionner
dans la vie publique et sociale où elles refoulaient, par nécessité,
les attributs supérieurs qui leur avaient été donnés
à lorigine. En voulant devenir les égales de lhomme,
elles causaient à toute la gent féminine des préjudices
qui gangrenaient la société : ruine des mentalités,
ruine des couples et des familles, autant dattitudes pernicieuses
que les hommes avaient inconsciemment encouragées parce quelles
servaient dune certaine manière leur cupidité ! Mais lui, comment conduirait-il sa barque pour mener à bon
port ces deux futures mères ? Il se fit un devoir de rentabiliser au plus vite le bien quils
venaient tous les trois dacquérir. Les femmes soccuperaient
denjoliver lintérieur, lui daménager
lextérieur. Pour préserver leur capital restant,
il fallait passer par lautoproduction alimentaire, démarrer
un petit élevage, un potager et recourir aux produits de la mer.
Grâce à lhomme au van, il put disposer dune
barque. Elle prenait leau et il fallait écoper fréquemment,
mais enfin elle flottait ! 777 était un habitué de la
pêche en rivière, mais il ne lavait jamais pratiquée
en mer et il se rendit compte, dès son premier essai, quil
ny avait aucune commune mesure entre les deux. Il se lança
dans laventure par un matin calme. La mise à leau
fut déjà une épreuve : la plage rocailleuse ne
facilitait pas lopération et le flux et le reflux incessants
des vagues repoussèrent plus dune fois 777 et sa fragile
embarcation. Enfin, il put séloigner du rivage. Leau
cristalline lui laissait découvrir les algues hautes comme des
arbres qui colonisaient le fond marin. Il enfila sur les trois hameçons
distants lun de lautre dune vingtaine de centimètres
et lestés dun plomb en fin de ligne trois morceaux de viande
gros comme le pouce. Il dévida tout son fil et attendit lattaque
car ici, le poisson ne mordait pas par petites touches imperceptibles
et molles, il attaquait de manière brusque et directe. La ligne
devait être solide pour ne pas se rompre. En cela se résumaient
les conseils quon lui avait prodigués. Pour mieux ferrer sa proie, 777 avait enroulé plusieurs fois le fil autour de quatre doigts, poing fermé. Il nattendit pas longtemps, lendroit regorgeait de poisson. Une ou deux minutes tout au plus. Un pressentiment le fit frissonner. « Et si cétait du tout gros ? Mes doigts » Une attaque soudaine lempêcha de poursuivre. Plusieurs secousses lui entaillèrent la main. Malgré la douleur, il serra davantage pour remonter la prise. Un nez noir et plat sortit de leau. Il venait de pêcher un petit requin. Il ôta lhameçon à laide dune pince et dun linge puis, tout enthousiasmé par ce coup de maître, il rechargea sa ligne après avoir pansé sa main. Il passa une bonne partie de la journée à sortir des carpes de mer aux reflets bleu et vert métallisé et des poissons plats nacrés aux couleurs pastels. Cependant, tout à son affaire, il ne saperçut pas quun vent contraire lemmenait loin du rivage et il se retrouva peu à peu au large, sur une mer qui se faisait de plus en plus grosse sous un ciel devenu subitement menaçant. Il avait oublié une chose importante : les « quarantièmes rugissants » ne pardonnent aucune erreur, aucune négligence ! A suivre. |