Résumé du chapitre 18 :

777 sait qu’il doit partir en emmenant Hérodias et Salomé. Il se heurte à l’incompréhension et à l’hostilité de tous, mais sa décision est prise. Ils s’envolent tous les trois pour une terre lointaine.

Dans la lumière de 777. Roman pour la Vie par Jean-Baptiste

Chapitre 18 – Vers une terre lointaine

777 savait qu’il devait partir vers les eaux australes. L’endroit exact de son point de chute lui avait été indiqué et il avait la certitude qu’il y trouverait accueil, gîte et couvert. Partir … mais pourquoi ? Par obéissance. Il avait perçu l’évidence de ce voyage dans les signes que Dieu lui avait envoyés en réponse à ses questions. Alors, pourquoi se tracasser ? Il était nanti d’une mission. Point.

Les amis de 777, eux, n’eurent pas cette foi. Ils ne pouvaient cerner ce personnage énigmatique qui les troublait jusqu’au tréfonds de leur âme et ils réfutaient ce départ inattendu qui avait des accents d’adieu.

777 pensait aux deux femmes qui l’accompagneraient. Hérodias était enceinte et il devait offrir à Salomé une maternité salvatrice. Comment allait-il gérer ce dilemme en chrétien ? Il se dit que le refus possible de l’une à le suivre dans cette aventure lui faciliterait les choses, mais il réprima ce sourd espoir, car tous trois devaient assumer leur destin.

Quant aux parents, bouleversés, ils tentèrent par de multiples pressions de dissuader leur fille à commettre cette folie. La famille d’Hérodias s’abandonna au désespoir, celle de Salomé jura de se venger de ce « manipulateur », de ce « gourou » qu’elle traînerait ultérieurement devant les tribunaux.
Les préparatifs allaient bon train. 777 s’occupa de libérer la ferme qui venait d’être vendue et de vider les dépendances de leur encombrant contenu. La vente du matériel et du petit élevage lui permit de réunir un peu d’argent pour le départ. Durant des semaines, des curieux arpentèrent la propriété en quête d’une bonne affaire : qui une ruche, qui un marteau, qui une poule, qui un panier d’osier ou un service à café. Tout fut réglé rapidement, et l’heure du départ sonna. Un couple d’amis conduisit les trois compagnons de voyage à l’aéroport. La famille d’Hérodias avait coupé les ponts avec 777 et ne s’y trouvait donc pas, mais celle de Salomé attendait leur fille dans le hall des départs pour lui dire au revoir et la recommander à 777. Ils semblaient résignés, mais sous cette calme apparence couvait un germe de haine qui ne tarderait pas à mûrir …

777 pressentait que ce voyage serait un chemin de souffrances et d’épreuves pour l’un autant que pour l’autre, mais il partait confiant, avec la certitude d’accomplir un devoir précieux. Sa communion ininterrompue avec Dieu était un réconfort même dans les moments les plus pénibles. Chacun de ses questionnements trouvait réponse dans cette communion et chacun des actes qu’il posait en était le prolongement. C’était là sa joie, sa vie, son devenir. « Faites la Volonté de mon Père » avait dit le Christ. Mais combien de personnes y parvenaient-elles ? A quels malheurs l’humanité se condamnait-elle par omission à cette ordonnance ? Certes, les voies de Dieu ne sont pas nos voies et parfois elles peuvent nous paraître incompréhensibles, mais faire la Volonté du Père est la clé du bonheur et le devoir de tout être humain. Dieu connaît chacun de nous et sait mieux que quiconque ce dont nous avons besoin.
Le contact que 777 avait établi avec le Maître suprême le plaçait à Son Service quoi qu’il advienne. Seule comptait l’action ordonnée par Sa Sainte Volonté ; le résultat n’appartenait pas à 777. Peu de gens saisiraient sa motivation, certains iraient jusqu’à dire « Comment peut-il être avec Dieu, puisque rien ne lui réussit ? » Mais qui réussit dans ce monde de ténèbres si ce n’est ceux des ténèbres ? « Prends ta croix et suis-moi … Le chemin qui mène au Royaume de Dieu est un sentier montagneux, jonché de ronces et de rocailles. »

Ces paroles du Christ résonnèrent dans la tête de 777 durant les 30 heures de vol qui le séparaient de sa lointaine destination. Hérodias gardait le silence, comme accablée d’un lourd secret. Salomé, assise près du hublot, s’épanchait en commentaires avec cette légèreté propre à la jeunesse. Pourquoi s’étaient-elles laisser embarquer dans cette folle aventure au bout du monde ? Et pour y faire quoi ? Pourraient-elles assumer cet imbroglio karmique que les avait rassemblées malgré elles ? 777 pensa que s’il était réprouvé par les hommes, il pouvait espérer ne pas l’être par Dieu. La situation le martyrisait, car il savait qu’à l’arrivée sur cette terre étrangère, il devrait faire un choix inéluctable que lui dicteraient son éducation, sa morale, sa conscience : qui serait sa compagne ?

Mais poser la question, c’était y répondre. Ne devait-il pas faire trois enfants à Salomé, et Hérodias n’était-elle déjà pas enceinte ? Enfin, ils débarquèrent, après un long, très long trajet. Un monde bien différent les attendait : le paysage, l’air, les couleurs, les parfums, tout leur faisait oublier leur pays d’origine. Ils prirent un taxi qui les amena dans un camping en bordure de mer, à l’endroit même que 777, sous inspiration, avait pointé sur une carte avant l’heure du grand voyage …

A suivre.