Résumé du chapitre 17

Alors que 777, sous l’inspiration divine, est persuadé qu’il doit aller vers Salomé pour qu’elle lui donne trois enfants, celle-ci se rebelle à l’énoncé de son devenir. Délaissée par son mari et d’un esprit aventureux, elle finit néanmoins par accepter. Hérodias, qui est enceinte, apprend la terrible nouvelle. Elle est anéantie, mais laisse pourtant à 777 la liberté de remplir « sa mission ». Tous trois savent qu’ils devront partir au loin. 777 n’ignore pas qu’il risque de s’attirer l’incompréhension voire l’hostilité de tous, mais il accepte déjà les conséquences d’un acte qui, pour lui, est un accomplissement karmique.


Chapitre 17

Le déchirement.

Alors que 777, prisonnier d’une impasse, s’en remettait une fois de plus à Dieu, Salomé remâchait en son cœur l’énoncé de son avenir auquel elle ne pouvait croire encore. L’annonce de ses futures maternités la troublait ; elle voulait des enfants, mais elle ne pouvait imaginer que cet homme beaucoup plus âgé qu’elle en serait le père.

Du signe zodiacal des gémeaux, elle était constamment déchirée par sa dualité interne et passait à la vitesse de l’éclair de la tendresse à la révolte, se laissant sombrer dans des crises d’hystérie pour tenter d’exorciser ce devenir qu’elle se sentait incapable d’assumer. Il lui fallait un bouc émissaire pour évoluer dans la vie, elle avait eu un mari, mais il était parti, elle avait à présent 777. Elle commença par le toiser et l’accabler de critiques, mais elle ne parvint pas à l’ébranler. Son statut d’artiste l’avait habituée aux éloges, à l’engouement d’un public sensible à ses charmes, à son audace, à son talent, et voici que ses attributs devenaient vains face à cet homme qui la ramenait soudainement à la réalité de son arrogance. Elle ne comprenait pas. Elle eut beau s’en défendre, il l’impressionnait par sa placidité, par la force de son regard, par la foi inébranlable qui brûlait en lui. Sa résistance s’amollit au fil des jours. Finalement elle trouva quelque avantage à la situation : 777 lui apportait le réconfort et le soutien dont elle avait besoin au plus fort de son divorce et, de plus, la perspective d’une autre vie excitait sa nature curieuse et instable. Quant à 777, s’il était persuadé d’accomplir en tout la volonté de Dieu, il était déchiré dans ses sentiments. Allait-il vers Salomé par amour ou par souci d’obéissance à Dieu ? S’était-il laissé simplement séduire par la beauté de la jeune femme, comme beaucoup le penseraient ? Que dire à Hérodias qui avait pleine confiance en lui et ne manquerait pas de se sentir injustement trahie, car elle lui était fidèle et dévouée ?

Il entrevit les écueils qu’il aurait à passer et sut qu’il devrait quitter la ferme acquise par Hérodias. Cette perspective le chagrina car il avait beaucoup œuvré à la rénovation des bâtiments. Du moins, pensa-t-il, ces améliorations apporteraient-elles une plus-value au bien et permettraient de le revendre à un prix plus élevé. Ce qui fut le cas. Il regretta seulement, lors de la passation de l’acte chez le notaire, que sa compagne oublie de lui rendre l’acompte qu’il avait versé à l’achat, mais il n’osa pas en piper mot. Après tout, Hérodias lui avait à de nombreuses reprises maintenu financièrement la tête hors de l’eau et, plus tard, lorsque, avec courage, elle élèverait seule sa fille, elle ne lui réclamerait jamais un centime de participation (ce qu’il n’aurait d’ailleurs pu lui accorder qu’à de très rares moments de son existence).

Il sut aussi qu’il devrait partir au loin, très loin, accompagné des deux femmes. Mais comment les persuaderait-il de le suivre en acceptant ce difficile compagnonnage ? Autant que la prière, les événements internationaux vinrent au secours de ses hésitations. On parlait à nouveau de guerre. L’incertitude du lendemain confortait la décision du départ en un lieu plus sécurisant.

Dans l’intervalle, Hérodias était tombée enceinte. Pourquoi avait-elle pressenti le besoin d’être mère maintenant ? Etait-ce le rapprochement qu’elle avait perçu entre Salomé et 777 qui lui avait inspiré cette maternité tardive ? Etait-ce le fruit des supplications que 777 adressait à son Divin maître pour Lui demander de rétablir une certaine justice en accordant à cette femme qu’il aimait un bonheur compensatoire ? Ou bien le karma trouvait-il là à s’accomplir ? L’Hérodias antique avait fait décapiter le baptiseur, l’Hérodias moderne se devait de donner une vie en contrepartie. De même, Salomé avait à rendre au prédicateur la descendance dont elle l’avait privé aux jours anciens. Mai la Salomé moderne faillirait en partie à son devoir car,pour des motifs égoïstes et mensongers, elle ravirait un jour à leur père ses enfants en bas âge lors d’une séparation brutale. Loin d’alléger sa trame karmique, elle en alourdirait davantage les nœuds en privant sa progéniture de l’affection paternelle.

Le temps s’écoulait et 777, toujours épris d’Hérodias, ne parvenait pas à la « tromper ». Il pensa aux patriarches que Dieu avait poussés vers leurs servantes à des fins de procréation, mais il ne sentit guère apaisé. De son côté, plus les jours passaient et plus Hérodias flairait le malheur. Elle s’inquiétait de voir son compagnon pensif, distrait d’elle, et n’osait en deviner la raison. Alors, elle pria 777 de se confier et il lui avoua tout. Un hurlement de douleur déchira l’air : Hérodias s’était effondrée, secouée par les sanglots. 777, désemparé, lui dit que si elle le voulait, il était prêt à rompre toute relation avec Salomé, mais qu’il était persuadé de faire la volonté de Dieu et qu’elle s’inscrivait, elle aussi, dans le plan divin. Il y eut un long espace de pleurs, puis de silence. Hérodias releva la tête, son visage semblait vidé de toute vie, ses yeux fixaient sans ciller un point imaginaire sur le mur opposé ; elle eut peine à articuler … Qu’est-ce qui l’influença, contre toute attente, dans le sens de l’acceptation ? Eut-elle conscience, à cet instant, du sentier d’épines sur lequel elle s’aventurait par la faute de sa fille millénaire ? Etait-ce bien elle qui prononça le mot fatidique, ou une force inconnue qui l’habitait ? …

Le départ se profilait et chacun savait désormais, en réponse à ses prières, qu’il devrait partir avec les deux autres en emportant la totalité de ses liquidités propres dont il resterait le maître. Cependant, Hérodias, rendue méfiante par la vie – elle avait dû très tôt assurer la subsistance de sa famille, son père étant mort à la fleur de l’âge – et par l’ascendant que prenait Salomé sur son compagnon, crut bon de garder une petite épargne sur un compte bancaire dans l’éventualité d’un retour. 777 eut la prescience de cette faiblesse toute féminine et il en fut à la fois attristé, car il savait que Dieu exige de Ses sujets une totale confiance, et affermi dans ce qu’il avait à faire. A partir de ce jour, il s’efforça de concrétiser ce que tous, amis, connaissances, famille, qualifieraient plus tard de « goujaterie sordide ». Toute sa prédication future s’en trouverait entachée à vie. Personne n’aurait plus foi en ses paroles, en ses prophéties et mises en garde. On le chargerait au maximum et présenterait ses compagnes comme des victimes. Le système luciférien le poursuivrait toute son xistence.777 n’ignorait rien de cela, mais que pouvait-il faire ? Il devait lui aussi payer pour ses erreurs passées et accepter le présent en toute humilité. Néanmoins, Dieu ne le laisserait jamais complètement démuni devant l’adversité. Il y a 2000 ans, Jean le baptiseur se nourrissait de miel sauvage et de sauterelles, et on le disait fou et possédé. Le Christ mangeait et buvait à la table des publicains, des pharisiens et des gens de mauvaise vie, tout en les instruisant, et on le traitait de glouton et d’ivrogne. S’ils n’avaient pas reçu le Maître, pourquoi recevraient-ils le serviteur ? On traiterait 777 de gourou, de marginal, d’illuminé et, désormais, de salaud ! Quelques rares personnes écouteraient son enseignement, beaucoup d’autres le reconnaîtraient trop tard, quand les ténèbres obscurciraient le soleil … Depuis 40 ans, il s’efforçait d’éveiller ses contemporains à la réalité du second avènement du Christ et de Son règne millénaire, et qu’obtenait-il pour réponse ? « Qu’avons-nous à faire de ce règne, n’avons-nous pas notre propre gouvernement ? N’est-ce pas nous qui avons amené l’humanité à cette maturation de la science et de la haute technologie, proche de la perfection ? » Et les guerres, les manipulations génétiques, toutes ces expériences aux conséquences incertaines ? Ils se prenaient pour Dieu, ils n’étaient bien souvent que des apprentis sorciers. Comment les amener à l’éveil, à la repentance ?

777 dénonçait la source des calamités à venir comme issue de leurs esprits enténébrés qui, par la suite d’une gigantesque perturbation de tous les courants de force cosmique, déforment et modifient à leur avantage les lois originelles et divines.

Malgré ses articles divers et ses écrits politico-religieux, 777 était comme une voix criant dans le désert. Devant la dureté de son message, on essayerait de le faire taire, en recourant notamment à la magie (il en porterait des traces dans sa chair), mais ses cris continueraient de résonner : « Le dénouement est très proche. Nous en avons les premiers signes, tout ce qui est faux va s’effondrer, tant dans les affaires publiques que dans les affaires privées. Familles, institutions, nations entières, nature à l’échelle planétaire et interplanétaire vont devoir subir les traumatismes de la transformation ou de la désintégration. Ce sont là les douleurs de l’enfantement du Royaume de 1000 ans durant lequel seuls pourront régner en maîtres : la Paix, l’Amour, la Justice, la Joie, l’Epanouissement. A vous de choisir votre camp !»