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| Dans la lumière de 777 Roman pour la Vie par Jean-Baptiste Chapitre 15 Salomé 777 avait 45 ans. Une envie impérieuse de renouer avec son passé dagriculteur le taraudait. Les vastes étendues dherbage et de cultures lui manquaient, les troupeaux aussi. Il lui tardait de humer à nouveau lodeur particulière qua la terre quand elle est amoureuse et attend le semeur. Il confia son aspiration à sa compagne et ils évaluèrent ensemble les charges financières quengendrait une telle entreprise. Le divorce de 777 lavait ruiné et lenthousiasme dHérodias avait tiédi, car elle sétait déjà investie dans lachat du chalet qui navait rien rapporté. Elle naimait pas les opérations hasardeuses.
777 la laissa donc en paix et se débrouilla seul. Il parvint
à obtenir un emprunt hypothécaire pour lacquisition
dune exploitation agricole nichée à flanc de colline.
Il y vit le doigt de Dieu et la réponse à ses prières.
Lopération tenait en effet du miracle, car il avait peu
de garanties à offrir hormis son expérience éprouvée
dans le métier et son passé de parlementaire. Il ignorait
encore la raison karmique qui lavait poussé dans ce hameau
isolé aux courbes arrondies comme un pamplemousse. Il sorienta
vers la production de veaux au pis et lélevage de porcelets.
Parallèlement, il initia un groupement de personnes sensibilisées
à la lecture des Saintes Écritures car, malgré
les vicissitudes de la vie qui absorbaient une grande part de son énergie,
il ne pouvait sexiler longtemps de la prédication. Régulièrement,
une vingtaine dhommes et de femmes se réunirent sous sa
houlette, tantôt chez lun, tantôt chez lautre,
pour écouter la parole sacrée et mieux la comprendre.
Mais, comme toujours, ladversité veillait. Non loin de la ferme habitait un vieillard têtu et jaloux de ce nouveau venu qui se prenait pour un pasteur et dont les prêches semblaient remuer les consciences. Une seule fois, il se rendit aux réunions mais ce fut pour y marquer une opposition flagrante, rappelant ainsi aux participants son statut daïeul du village et son droit à la reconnaissance pour ses conseils dispensés. Le vieux avait hérité de sa mère
un don de sorcellerie dont il se vantait pour asseoir son autorité
et, de fait, on le craignait et lécoutait. Rien ne se faisait
sans son approbation. Et voici quun étranger lui ôtait
une part de son prestige ! On allait bien voir
À partir de ce jour, 777 fut confronté
aux pires déboires. Le climat lui était défavorable.
La pluie tombait avec parcimonie et lherbe se raréfiait.
Ses vaches souffraient de la sécheresse et donnaient moins de
lait. Ses veaux mouraient dans détranges circonstances.
Daucuns disparurent dans la nature, dautres furent retrouvés
entortillés dans les fils de clôture, comme victimes dune
cérémonie occulte. Un matin, il retrouva son verrat mort,
foudroyé. Son taureau reproducteur, une bête magnifique
quil avait acquise à prix fort aux fins daméliorer
la race, maigrissait, malgré tous les soins quil lui donnait.
Lanimal se tenait à lécart du troupeau, dans
un état de prostration. 777 décida de le rentrer à
létable. Il semployait à lattacher quand
son attention fut attirée par un frémissement parcourant
léchine du bovin. Il sapprocha et passa lindex
dans le poil, à la recherche dune plaie hypothétique.
Il le retira vite avec horreur : stimulés par ce grattage, des
asticots sortaient du cuir par grappes entières, tombant sur
le sol en une mare grouillante. 777 eut envie de vomir. Il ny
avait nulle trace de blessure pouvant expliquer la présence de
ces maudites bestioles. Il se remémora les histoires de sorcellerie
qui couraient dans le village, les mauvais coups du sort, le visage
grimaçant du vieux
Étrange. Il se secoua, prit
un seau, le remplit deau et dun produit désinfectant,
sarma dune bonne brosse et frotta vigoureusement lanimal
pour le débarrasser de la vermine. Le commerce du bétail
se détériorait et 777, pressé par les banques,
dut se résoudre à vendre une partie importante de ses
truies délevage et de leurs petits. Hélas, il eut
affaire à un marchand malhonnête qui ne lui paya jamais
ce chargement. Il entama bien une poursuite judiciaire mais elle ne
put aboutir, le marchand étant insolvable. Ce coup dur le priva
dun capital précieux. Les ténèbres entravaient
le moindre de ses efforts et il devait sans cesse dépenser une
énergie folle à lutter, à réparer. Sa compagne
travaillant à lextérieur, il accomplissait seul
les tâches de lexploitation. La fenaison venue, il chargeait
en solitaire les ballots de foin, les agençait sur le chariot
et les déchargeait au fenil, autant dopérations
qui, dordinaire, requéraient une main-duvre
de trois à quatre personnes. Quels que fussent le temps et lampleur
du travail, rien ne larrêtait pourtant. Il puisait sa force
et son courage dans sa communion avec le Seigneur. Dans le voisinage,
des curieux et des moqueurs observaient cet homme marchant seul à
côté de son tracteur, levant et baissant les bras sans
relâche, jusquà lépuisement, pour sauver
dune pluie menaçante des provisions hivernales si vitales
pour le bétail. Mais aucun ne lui proposait de laider.
Quétait donc lhomme pour se repaître ainsi
de linfortune dautrui ? Cest dans ce contexte quil allait rencontrer Salomé pour la première fois. La jeune femme avait entendu parler des réunions de prières et elle rejoignit le groupement, accompagnée de son fiancé. Elle avait le teint clair. Ses longs cheveux soyeux quelle avait relevés en chignon, mettaient en valeur larrondi de son front. Sa tenue vestimentaire collait à la mode et soulignait la finesse de sa taille. Elle était de celles qui attirent le regard et se délectent de leur pouvoir. 777 ne fut pas insensible à son éclat mais il vit aussi le côté superficiel de sa personnalité et son avidité à plaire. La Salomé dil y a deux mille ans devait avoir cette emprise sur les hommes et cette même faim dovations. La rencontre fut plaisante et 777 sefforça dévangéliser les nouveaux venus. La roue du destin avait placé ses pions. Que pensa la compagne de 777 à cet instant précis ? Que lui dicta son intuition ? Jean le baptiste, en son temps, reprochait à Hérodias dêtre devenue la femme du frère de son mari. Elle aurait à souffrir elle aussi des peines quavait endurées Philippe, frère dHérode Antipas, à la trahison de son épouse. En cette fin de vingtième siècle, tous les nuds karmiques se dénouaient inéluctablement. Les paroles du Christ gardaient tout leur sens : on récolte ce que lon a semé ; si tu frappes par lépée, tu périras par lépée. Cette loi de réciprocité est implacable : rien ni personne ne peut y échapper, ni Hérodias, ni Salomé, ni 777 ! Et ceux qui décident, quel que soit leur passé, de changer de camp, ont à porter leur croix comme la fait Jésus, lunique Saint. La voie du salut est rude, le sentier étroit et rocailleux, mais inestimable en est le salaire ! Cette voie passe par la recherche du Royaume de Dieu et cest la seule à suivre pour participer, un jour, à la Gloire du Christ. À suivre.
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