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Roman pour la Vie par Jean-Baptiste Chapitre 13 En réponse à ses demandes répétées
qu'il résumait en ces termes "Donne-moi, Seigneur, de
Te servir", 777 obtint sa guérison physique. Il garderait
une lésion à vie, mais n'en souffrirait plus jamais.
Avec quelques mois de retard, il put enfin occuper
son siège de parlementaire et exercer ses nouvelles responsabilités.
Il fit de la défense de la classe agricole, de l'environnement
et des médecines parallèles son cheval de bataille.
Son charisme perça dans les discours piqués d'anecdotes
ou émaillés d'intermèdes amusants qu'il tint
dans la vénérable assemblée. Lors d'un débat
sur l'emploi des pesticides, on le vit ni plus ni moins éplucher
une pomme à la tribune, sous les yeux ébahis du président,
et en brandir le trognon tout en s'écriant : "Voici le
seul morceau consommable sans trop de danger pour la santé
de l'homme. Permettez-moi, monsieur le président, de vous l'offrir."
L'histoire fit le tour de la presse et la popularité de 777
s'accrut. Tandis que des membres du parti le jalousaient, le considérant
comme un gêneur, lui continuait à marquer des points.
Il fut le premier à obtenir l'installation d'une commission
d'enquête sur les dangers, pour la santé, des lignes
à haute tension. Invité d'honneur à la télévision
nationale, lors d'une émission sur l'emploi des pesticides,
il déjoua les contrôles et parvint à cacher sous
son pull un document top secret émanant de la CEE et attestant
que les organophosphorés, largement répandus en Europe,
étaient tout aussi nocifs que les organochlorés prohibés,
bien que plus sournoisement détectables lors des analyses.
Au moment qu'il jugea opportun, il sortit le document et le montra
aux caméras en le commentant. Les responsables de l'émission
ne lui pardonnèrent jamais son audace et il fut fiché
comme persona non grata par tous les médias. Quant à
son parti, il le tint de plus en plus éloigné des discussions.
Le comble fut atteint lors de l'examen de la loi sur l'interruption
volontaire de grossesse. En tant que chrétien, 777 ne pouvait
admettre un texte rédigé à l'emporte-pièce
qui décidait, du jour au lendemain, la légalisation
de la mise à mort de milliers d'enfants innocents dans le sein
de leur mère. Convaincu que l'avortement n'était pas
une solution pour la femme en détresse et qu'il ne pouvait
en fait qu'alimenter celle-ci, il se positionna à contrecourant
des membres de son groupe et d'une écrasante majorité
d'autres parlementaires qui adoptèrent la loi comme un seul
homme. Il signait ainsi sa mort politique. Le syndicat de la presse
lui fit savoir qu'à partir de ce jour, plus aucune de ses interventions
ne serait publiée... Et ce fut vrai ! Une réunion d'urgence
fut organisée par l'antenne régionale du parti. Il s'y
rendit fatigué, en vaincu. Une foule d'étrangers, payés
pour la circonstance, présentant des cartes de parti fraîchement
acquises, participèrent à la curée, sans trop
connaître de la question. Certains de ses collègues,
qui deviendraient ultérieurement ministres, se montrèrent
odieux envers lui, masquant avec peine dans leurs propos l'évidence
d'une élimination programmée. 777 remit sa démission
entre les mains de son président régional. Il tenta
bien d'expliquer les motifs de son choix politique, mais ses arguments
se perdirent dans le brouhaha des voix et bruits de chaises de ses
détracteurs. Il eut juste droit à une annonce de quatre
secondes au journal télévisé, précisant
qu'il avait démissionné pour raison d'éthique
! Peu de temps après, sa femme demandait le divorce. Il y perdrait
tout, famille, biens, argent. Le fisc, les banques, les notaires,
les avocats et même les autorités religieuses qui avaient
fui l'appel de leur conscience pour s'agenouiller devant le pouvoir
politique en acceptant le vote de la loi, tous se liguèrent
contre lui et précipitèrent sa chute. Lucifer remportait
une double victoire : l'une contre la vie, l'autre contre ce valet
de Dieu qui osait le défier. La procédure de divorce
dura cinq ans. Durant cette période, 777 vit le "système"
s'acharner sur lui. Il tenta de créer un nouveau parti fondé
sur le respect des évangiles et de l'écologie, mais
l'appareil politique n'aime pas l'émergence de la foi dans
les affaires publiques et voit d'un très mauvais oeil des meneurs
d'âmes pénétrer ses rouages. C'est donc à
ce moment que des têtes bien pensantes publièrent une
liste de sectes présentant un amalgame de mouvements aussi
contraires que les millénaristes (partisans du deuxième
avènement du Christ sur terre), et des groupements d'adeptes
de magie noire et de Satan. Cette confusion des genres n'épargnait
pas le parti écologiste de droite que 777 voulait mettre sur
pied et qui fut ainsi étouffé dans l'oeuf. Le tour était
joué. 777 se retrouvait isolé, désavoué
dans sa propre maison. Plus tard, 777 comprit que ce n'était pas le hasard qui les avait poussés l'un vers l'autre, mais l'immuable loi de cause à effet qui trouvait là à s'accomplir. La princesse juive qui s'était, jadis, rendue coupable d'un crime de sang, devait, pour prix de sa faute, assurer le sauvetage de celui dont elle avait réclamé la tête par une nuit terrible. Le fils de l'homme, dans une logique de pardon, devait
aimer cette femme hautaine et capricieuse qui l'avait livré
au supplice et tirer d'elle la descendance dont elle l'avait privé
autrefois. Tout se mettait en place, il restait à exorciser
l'horreur passée en faisant des opposants d'hier des partenaires
aimants. C'est pourquoi 777 s'installa chez celle dont il était
tombé amoureux et qu'il surnomma par la suite Hérodias. A suivre... Jean-Baptiste |