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Chapitre 12 Roman pour la Vie
Linversion des valeurs se manifestait partout,
tant sur le plan individuel où elle transformait des saints
en démons que sur le plan mondial où le beau, le bon
et le juste se voyaient dégradés par le mépris
du sacré. Lui, envoyé de Dieu, était devenu la
victime du principe luciférien. Il sy était collé
telle une mouche sur une torsade de glu, impuissant à sen
libérer, à linstar dinnombrables âmes
venues elles aussi sy perdre. À peine rentré chez lui, il apprit que
son épouse avait fait une tentative de suicide. Ce geste de
désespoir avorté nétait-il quun appel
à laide ? Poser la question ne lui servit en rien, car
cette épreuve renforça leur éloignement. Ils
étaient tous deux dégoûtés de leurs comportements
mutuels. Lentreprise était denvergure et il
y consacra quatre années de sa vie. Il en sortit les mains
et le dos meurtris par les ports répétés de rouleaux
de treillis lourds de 70 kilos. Alors que, satisfait de lui-même,
il donnait le dernier tour de tenaille à un tendeur de piquet
de coin, un froid sidéral lui transperça les os et une
voix intérieure le tança en ces termes : « Tu
viens de travailler inutilement durant quatre ans. Tu as perdu un
temps précieux qui tavait été accordé
pour laccomplissement de ta mission. Aussi tu nauras pas
la jouissance de ce bien matériel. Ce parc à gibier,
ce bois et son contenu te seront repris dans un futur proche car tu
as construit tout ceci sans Dieu. Ne sais-tu pas que quiconque bâtit
sa maison sans Dieu le fait en vain ? » 777 se secoua. Pourquoi ne le laissait-on pas vivre
en paix ? Pourquoi serait-il puni davoir uvré ?
Lhomme navait-il pas le droit dagir sans en référer
constamment à la Grandeur et à la Puissance de Dieu
? Ne lavait-on pas créé libre ? Tandis quil
remâchait ces propos, un courant dair glacial lenveloppa
et fit frissonner les arbres alentour. Il chassa dun revers
de main symbolique cette sinistre prédiction. Après
tout, quavait-il à faire de ces menaces ? Plus tard,
777 crut quà cet instant de sa vie, il avait commis le
péché contre lEsprit ... la faute qui ne serait
jamais pardonnée. Mais lAmour divin pardonne même
les outrages et les insultes, et le péché contre lEsprit
nest autre que la mort voulue, dans le chef dun humain,
de lesprit qui lanime et qui satrophie progressivement
à cause de linaction et de lempoisonnement de toute
intuition supérieure. Cest la voie du faux principe insufflée
à lhomme par Lucifer qui le mène à la mort
éternelle. En cela réside le péché contre
lEsprit. Beaucoup suivent ce chemin de perdition. Cependant,
les guides salutaires veillent et les aident à sortir de cette
ornière. Jusquaux plus entêtés que les épreuves
de la vie secouent de leur aveuglant endurcissement pour les ramener
vers la Lumière. Tout comme Adam et ses descendants, 777 avait
fait le mauvais choix, prétendant réaliser ses uvres
temporelles sans Dieu. Le réveil serait terrible, car son entêtement
était à la mesure de son orgueil. Par moments, une certaine
mélancolie spirituelle le saisissait, une sorte de vague à
lâme quil réprimait très vite par
crainte de faiblesse, mais rien, à ce stade, naurait
pu lextirper de son comportement indigne. Il avait, pensait-il,
les moyens dévoluer seul, sans ce Dieu de dictature qui
ne cessait de le réprimander. Sa chute se ferait avec une effroyable
rapidité. Sa destinée houleuse lemporterait de
récifs en récifs. Sporadiquement, certains de ses mérites
antérieurs revenaient à la surface comme des bulles
doxygène qui le rafraîchissaient sans pour autant
lui épargner les échecs, prix de sa rébellion.
Il reçut en héritage une grosse exploitation agricole
quil dut revendre à bas prix pour payer les droits de
succession. Il put tout juste rembourser ses crédits dinstallation
et constituer un petit bas de laine à ses deux aînés
pour leur démarrage dans la vie professionnelle la cadette,
quil appelait son grand soleil, ne reçut rien vu son
jeune âge. Le travail de la ferme sintensifiait et il lui
était pénible de mener de front ses différentes
activités. Alors, il en eut marre. Marre de la traite, de lenlèvement
du fumier, de ce cheptel qui lasservissait. Il laissa éclater
sa rage et vociféra contre ses vaches : « Je voudrais
que la dernière fût pendue au cul de la lune ! »
Cétait oublier la puissance des mots et des pensées
qui finirent par lui revenir après sêtre chargés
dans les plans éthériques de vibrations aussi négatives.
Quelques semaines plus tard, linspection vétérinaire
liquidait tout son bétail pour cause de brucellose ! Loin de
se repentir, il sendurcit un peu plus. Les mois passèrent. Les législatives
approchaient et la campagne électorale battait son plein. Des
amis incitèrent 777 à sinscrire sur la liste du
parti écologiste. Ils lui assurèrent que son passé
dagrobiologiste et ses actions pour la protection de lenvironnement
lui apporteraient de multiples voix. Et ce fut le cas : 777 remporta
une victoire fracassante et obtint un siège au Parlement. Dans
le même temps, un mal sournois sétait logé
dans le bas de son dos. Bien que lui-même thérapeute,
il ne parvenait pas à sen débarrasser. Les médecins
diagnostiquèrent une importante inflammation quils attribuèrent
à une hernie discale, cependant non confirmée. Son état
empira et il se retrouva paralysé de douleur sur un divan,
ne supportant même plus le lit. Incapable dassumer son
mandat politique, il commença à se morfondre, sabandonnant
à toutes sortes de pensées. Il jouait au yo-yo avec ses souvenirs, remontant très
loin la ligne du temps pour la redescendre jusquau plus proche
vécu, scrutant chaque détail qui aurait pu léclairer
sur les raisons de sa chute. Quand un flash de compréhension
déchira lobscurité qui lemprisonnait depuis
des années. Une fenêtre venait de souvrir sur un
carré de lumière tandis que des mots surgissaient de
son passé : « Humilie-toi ». Il se revoyait à
quatre pattes, soumis tel un chien devant son Maître. Il revoyait
le Christ assis dans le creux de ses reins et il fit le parallèle
avec cette douleur lancinante et cuisante, juste là, au même
endroit, une douleur qui lui empêchait à présent
tout mouvement. La clé lui avait été donnée
: « Humilie-toi ! » Mais il ne sétait pas
humilié. « Cherche-moi parmi les hommes. » Mais
lavait-il fait ? Navait-il pas suivi ses propres convoitises,
sa vanité ? Des larmes roulèrent sur ses joues. Un étau
lui enserrait la gorge. Il articula avec peine : « Seigneur,
pardonne-moi toutes mes erreurs. Aide-moi, comme par le passé.
Jai compris, jaccepte la leçon. Je me suis enorgueilli
et Tu as frappé plusieurs fois à ma porte, mais jétais
aveugle, sourd et muet ... » Il se mit à sangloter, en
proie à damers regrets. Dans les jours qui suivirent, 777 eut connaissance du résultat des analyses médicales : la brucellose, qui avait décimé son bétail, sétait aussi attaquée à lui. Le mal lui rongeait les vertèbres. Une thérapie sévère fut appliquée et la cessation de toute activité ordonnée sous peine de paraplégie. 777 mesurait combien les pensées et les paroles négatives étaient lourdes de conséquences. Tôt ou tard, la loi de relativité des causes à effets les renvoyait à leur auteur. Il avait souhaité la perte de son cheptel, il en payait le prix dans sa chair. À partir de ce jour, son terrain spirituel redevint perméable. 777 amorça une longue et dure remontée. Cependant, il devrait subir encore les retombées de ses écarts de conduite, car il avait laissé l'immoralité s'installer en lui, il l'avait servie et permis de se développer telle une mauvais plante, jusquà la dispersion de ses spores malsains autour de lui et dans sa propre famille. Il avait reconnu son adversaire et employa toute son énergie à se libérer de son joug. Sa guérison physique fut prompte, de même la cicatrisation de son âme. Malgré les mises en garde des médecins contre une paralysie probable, 777 reprit joyeusement ses activités sans se ménager, remettant tout entre les mains de son Dieu retrouvé. LÉternel larma à nouveau de force, lui rappela sa mission, mais Il neffaça pas pour autant son ardoise, car il est écrit que chacun devra payer pour chacune de ses fautes même si, par amour, Dieu permet le dénouement symbolique des nuds karmiques lorsquils sont trop pesants.
A suivre... Jean-Baptiste |