chapitre 8

Roman pour la Vie

Humilité, passeport pour la survie

Orgueil, passeport pour le néant.
Les deux premiers songes de 777 le poussèrent à calquer son comportement de vie quotidienne sur les contours de la sociabilité et de l'humilité. Ce n'était guère évident pour lui qui préférait oeuvrer seul. Toute collaboration le forçait à relever les faiblesses de ses contemporains et lui donnait l'impression de perdre un temps précieux dans des explications souvent infructueuses. Néanmoins son choix d’agriculture biologique et son siège de président du mouvement allaient lui donner maintes fois l’occasion d’exercer sa vigilance et sa capacité d’accueil. Les contacts officiels avec les médias, cadres d'agronomie, visiteurs de tous horizons, et les rencontres plus intimes avec des amis lors de multiples réunions l'obligèrent à se plier aux ordonnances reçues : humilité et sociabilité. La récompense de ses efforts passait par là. Et de fait, c'est alors que les lois cosmiques, universelles et divines se révélèrent à lui. Il apprit, parfois à ses dépens et au fil de certaines tentatives de rébellion, que nul ne peut progresser sans une soumission inconditionnelle à ces lois intransigeantes.

Il assimila très vite une notion souvent mal perçue et pourtant tout aussi manifeste que la loi de la pesanteur : la loi de relativité de cause à effet. Redoutable, elle écrase littéralement ceux et celles qui choisissent de l'ignorer. Dans Son saint enseignement, le Christ l'avait stigmatisée en ces simples mots : "celui qui sème le vent récolte la tempête" ou, encore, "vous reconnaîtrez l'arbre à ses fruits."

Au début de sa vie d'adulte, 777 observa cette règle avec rigueur et il en tira un profit inestimable. Malgré les attaques de ses adversaires, il réussissait toutes ses entreprises, à un point tel qu'elles devenaient une provocation pour son entourage. Son secret ? Il positivait et purifiait ses pensées, ses paroles et ses actions.

Dans ce sommet spirituel dont il était à la fois acteur et témoin, et sous l'égide de Christ qu'il sentait vivre en lui, aucune négativité, aucun échec ne l'atteignait. Il était mû par une force inébranlable. C'est probablement ce qu'avait dû ressentir Lucifer avant sa chute, lui qui nommé dans la plus haute sphère archangélique, s'était vu décerner la tâche de gardien suprême du trône divin après que Dieu se fut exclamé "Que la Lumière soit !" Des paroles qui "crevèrent" le vide des ténèbres et se matérialisèrent également dans cet archange appelé Lucifer ("qui apporte la lumière").

777 comprit que ses paroles et ses pensées engendraient une réalisation, pour son bien et pour celui des autres. Il découvrit la joie d'être un maillon utile à la chaîne évolutive de la création et de l'humanité. On écrivait sur ses expériences en agriculture biologique et sur ses oppositions au système dans les journaux ayant épousé sa philosophie, on discutait de ses prises de position élaborées au sein de conférences dont il était devenu le requis précieux ! Tout en reconnaissant le bien-fondé de la médecine traditionnelle dans les cas d'urgence et de nécessité, il s'était déclaré partisan des thérapies naturelles et opposé au recours systématique des antibiotiques dans l'art de soigner et dans l'alimentation pour le bétail, leur préférant la prévention, persuadé que le microbe n'est rien si le terrain est bien préparé. Cela lui valut des procès. Sa nature timide dut s'effacer devant l'obligation de traduire publiquement ses croyances. Et quels que fussent son auditoire ou ses juges, il apprit à se présenter en vainqueur quoi qu'il pût advenir !

"Alors, Seigneur, on y va ?" lançait-il en son for intérieur avant d'affronter le public. Ces mots le confortaient et lui assuraient la victoire à tous les coups. Mais toute médaille a son revers : sa réussite professionnelle et sa recherche philosophique provoquèrent la sympathie d'une majorité de gens mais aussi la convoitise et l'envie de quelques-uns. Ses idées furent récupérées par l'opposition tandis que son avenir politique s'amorçait. Les lobbies de produits phytopharmaceutiques et d'engrais chimiques voyaient rouge et certains négoces en produits naturels appelés "maisons de réforme alimentaire" commençaient à lorgner cette concurrence dangereuse qui s'établissait, sous forme de coopérative, à la base même de la production agrobiologique. Bref, 777 était à la fois la coqueluche de ceux qui aspiraient à changer de régime mais aussi l'empêcheur de tourner en rond aux yeux des conservateurs. Dans le concret, cette ambivalence ne pouvait se traduire que dans la nécessité d'élire l'homme ou celle de l'abattre ! Le système s'en chargerait mais, pour l'heure, 777 était "intouchable". D'autant qu'il s'efforçait d'appliquer au mieux les ordonnances que lui insufflait son Seigneur et Maître : "Rends pur le siège de tes pensées", condition essentielle pour élever son âme. 777 se rendit compte que c'était une lutte de tous les instants et qu'il ne pourrait y parvenir sans l'aide de Dieu. Néanmoins, les progrès qu'il accomplissait jour après jour l'amenèrent à jeter sur les autres un autre regard. Il comprit ainsi que le sexe dit faible possédait en fait une force cachée extraordinaire. La femme du jardin d'Eden qu'avait séduite le plus beau des animaux du territoire, le serpent - qui, bizarrement, parlait -, devenait celle qui détenait, dans ses mains et dans son coeur, le pouvoir de conduire l'humanité à l'élévation spirituelle. Mais, pour ce faire, elle devait cesser de se soumettre à "la malice du malin" et remplir enfin le rôle qui lui revenait en retrouvant sa dignité perdue, sa vraie féminité et sa pudeur originelle. Elle qui, trop souvent, avait préféré se perdre dans la recherche effrénée de la jouissance furtive, futile, perverse et criminelle au travers d'une sexualité débridée et dépravée, devait prendre conscience de l'effet que la puissance de sa pureté reconquise pouvait avoir sur le genre masculin, pour redevenir le maillon indispensable à la stabilité familiale. Combien de couples, combien d'enfants, victimes de l'éclatement des familles, empoisonnés par le venin luciférien distillé goutte à goutte dans les méandres des pensées humaines! Le comportement de l'homme était dépendant de celui de la femme Celle-ci devait être le soutien de l'homme dans la recherche mutuelle de leur devenir et cesser d'être un objet de convoitise. Dieu l'avait faite femme "Amour", Satan l'avait transformée en "objet d'amour". 777 l'avait saisi et il se mit à voir la femme telle que Dieu l'avait créée, compagne de l'homme, totalement différente, merveilleusement complémentaire mais à la nature tellement insaisissable qu’il se demandait parfois si elle était de son "espèce"!

Au sein de son propre couple, alors qu'il était marié depuis plusieurs années déjà et père de trois enfants, il se découvrit réellement amoureux de son épouse et il se surprit, à maintes reprises, à fredonner "je suis amoureux de ma femme". Il faut dire qu'à l'époque, dans le monde paysan, les jeunes gens contractaient des mariages plus de "raison" que d'amour. En fait, le processus de réciprocité de l'ordonnance christique - "rends pur le siège de tes pensées" - s'était mis en marche. La volonté de 777 d'offrir à l'autre l'amour et le bonheur qui lui étaient dus, lui revint sous forme d'un bien-être décuplé. La loi de cause à effet fonctionnait. En purifiant ses pensées, 777 avait accès au coeur des individus. "Bienheureux les coeurs purs" avait dit le Christ. "Cherche-moi dans les hommes, c'est là que je réside" avait lancé le petit homme.

Ainsi, petit à petit, 777 était-il enseigné par la plus Haute Instance de ce qu’il devait transmettre par la suite à une humanité fourvoyée. Il apprenait ou plutôt réapprenait que l’homme ne pouvait survivre qu’en se soumettant à la Volonté de son Dieu et à Ses lois instaurées pour le plus grand bien de la multitude. Il se voyait gratifié d’un double privilège : celui de vivre une époque charnière, la fin d’un système de vie appelée par les prophètes « fin du monde », celui aussi d’être enseigné et d’enseigner à son tour les lois divines garantes d’une survie tant physique que spirituelle dans le monde à venir, pour autant que l’homme accepte d’observer les lois de son Créateur.
Ceux qui, par orgueil, refuseraient de s’y soumettre seraient brisés, anéantis, décomposés. (Il ne s’agit pas là d’une décision arbitraire, car tous ont et auront la possibilité de « choisir », ce qui est le propre d’un être humain responsable et réfléchi.)

 

 

A suivre...

Jean-Baptiste