chapitre 7
Roman pour la Vie par Jean-Baptiste

La rencontre

Le songe et le rêve sont deux "ressentis" de matière et d'origine totalement différentes. Depuis le choix du principe faux de la voie luciférienne, l'homme n'a cessé de développer son cerveau antérieur au détriment du cerveau postérieur appelé "cervelet". Le rêve, produit du cerveau endormi, est l'expression des sentiments libérés de l'emprise cérébrale. Toutefois, leur siège demeurant dans le cerveau, les rêves ne peuvent pas voler bien haut et les plus sublimes ne feront jamais que d'effleurer le plan de la matière subtile. L'interprétation des rêves ne pourra d'ailleurs se faire que par rapport à leur déroulement sur le plan de cette matière uniquement. Pour ce qui est du songe, tout est différent ! Le songe est le fruit matérialisé de la force divine, captée par l'esprit humain ancré au plexus, et retransmis au cervelet. Il s'agit donc d'une révélation émanant des sommets les plus élevés. Il y a autant de différences entre le songe et le rêve qu'il n'y en a entre l'imagination (issue du cerveau) et l'intuition (produit du cervelet). Le songe est pour celui qui suit la voie spirituelle, le rêve est pour quiconque suit la voie matérielle appelée aussi voie de la chair (cette notion recouvrant bien plus que le domaine du sexe, lequel reste un don de Dieu à l'homme sous condition d'un usage sain).

Quant au cauchemar, il est toujours lié au cerveau. Toutefois, un songe peut être de "nature" cauchemardesque. On pourrait ajouter que si le rêve passe au gré du temps et parfois même très vite, le songe, lui, est "imprimé" à vie dans la mémoire. De plus, le songe révèle, instruit et apporte un message provenant du plan de la spiritualité, des "êtres primordiaux" ou même de Dieu.

777 venait d'entrer dans une phase hautement spirituelle et cette entrée fut couronnée par un don merveilleux qui lui fut fait. S'étant endormi après une dure journée de labeur, il pénétra dans la lumière éclatante de son étoile et une voix, douce et ferme, qu'il reconnaîtrait toujours entre toutes, lui dit : "777, tu vas avoir un songe, ne t'éveille pas !" Un immense tableau s'éclaira devant lui, en quatre dimensions. Il ne pouvait définir l'endroit où il se trouvait, mais le ciel était d'azur, sans l'ombre d'un nuage. Une étoile apparut, alors qu'il faisait grand jour, brillante comme l'étoile du matin, celle que l'on appelle aussi Vénus ou l'étoile du berger, parce qu'elle est la dernière à s'éteindre avant le lever du soleil. Oui, c'était bien elle. Une parole de l'Ecriture inonda sa mémoire : "Je suis l'étoile brillante du matin" et il pensa au bon berger, au pasteur des évangiles qui conduit son troupeau afin qu'il ne se perde pas, le Christ. Au même instant, en réponse à sa prière, l'étoile amorça une descente. Très vite, elle devint énorme. 777 la regardait subjugué, aimanté par sa prodigieuse lumière. Puis, soudain, elle implosa. Elle avait disparu découvrant un escalier de marbre blanc zébré de rose et de gris clair qui se déroula d’un coup, tel un tapis sous l’effet d’une force invisible, jusqu'aux pieds de 777. L'étoile réapparut toute petite, en aplomb des marches, très haut dans le ciel et se dirigea vers 777 dont le cœur s’était mis à bondir d’une joie indescriptible, car il savait ... L’astre s'approchait de lui tout en s'affinant, ses contours se modelaient, dessinant progressivement une forme humaine et il Le vit enfin ! C’était bien Lui, c’était bien Son Seigneur qui venait à lui. Il passait les marches sans heurt, comme s’Il les touchait à peine. Son visage, dont il ne pouvait distinguer les traits, resplendissait de pureté, ses mains et ses pieds irradiaient de soleil. Il portait un vêtement d'un blanc immaculé et une ceinture d'or nouée sous la poitrine. Il était maintenant tout proche et le rayonnement de Sa présence envahit 777 qui comprit instantanément ce qu'il avait à faire, sans qu'on lui demandât. Il s'approcha de la première marche, tête baissée en signe de soumission et parce qu'on ne peut voir la Lumière de face. Il s'agenouilla parallèlement à l'escalier, se pencha en avant et posa ses mains sur le sol, cette position l’empêchant de se retourner.

Le Christ s'assit dans le creux de ses reins et, à l’instant même, il eut l’impression de porter la terre entière. La vision d’une mappemonde bleue s’imposa à son esprit et il entendit distinctement le Christ lui adresser ces quelques mots : "Tu auras toi aussi à supporter le poids du monde … Humilie-toi ! "

777 réalisa que son chemin serait rocailleux et lui causerait bien des tourments. Son principal défi serait d’extirper l’orgueil qui l’habitait, ce poison qui avait perdu Lucifer. Il fut tiré de ses réflexions par une sensation soudaine d’allègement : la pression dans le bas de son dos avait disparu. Il était seul à présent. Il se redressa calmement, à gestes mesurés pour ne pas perturber la vision qu’il venait d’avoir. Le Christ était reparti ; l’escalier et la petite étoile Lui subsistèrent un instant avant de se fondre dans le ciel azuré, comme absorbés par un buvard. C’est alors que 777 fut tiré de son sommeil, une douleur sourde à la poitrine, la douleur de l’absence, déjà. Ce contact divin l’avait transporté en un espace temps magnifique jusqu’à l’indicible et, subitement, il se retrouvait orphelin de ce bonheur absolu. Où était Celui qu’il aimait tant ? Désormais, il ne vivrait plus que dans l’espoir d’une nouvelle rencontre. Il la chercherait, la désirerait ardemment. Ce qu’il avait vécu s’était réalisé sur le plan de la spiritualité originelle, mais qu’était-il lui, simple terrien – « t’es rien » - face à Celui qui l’avait ainsi honoré ? Qu’était-il, lui, l’imparfait, face à cette Pureté d’origine christique ? « Où es-Tu donc, Seigneur ? Je voudrais tant Te revoir. » implorait-il dans ses prières.

Les jours s’écoulaient et son appel restait sans écho. Puis, au milieu d’une nuit, alors qu’il dormait, la voix s’imposa à nouveau : « Tu vas avoir un songe, ne t’éveille pas. » A sa grande surprise, il se retrouva au cœur d’une grande ville qu’il connaissait bien : les gens se pressaient sur le trottoir. Lui, scrutait le ciel dans sa quête de Le revoir, mais il n’y avait aucune trace d’étoile. Pourquoi ce rendez-vous dans une ville triste et grise ? 777 porta son regard sur les passants qui se croisaient sans se voir. Beaucoup semblaient programmés pour une vie sans idéal, sans spiritualité ; certains arboraient un sourire évasif à la pensée d’hypothétiques plaisirs, mais la joie n’était pas dans leur cœur ; d’autres paraissaient harassés par une existence superficielle ou par des devoirs douloureux. 777 s’était trompé, tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Il ne reverrait pas la Lumière. Quand … tout à coup, au milieu de cette marée humaine, il aperçut de dos, à une vingtaine de mètres devant lui, un petit monsieur, mallette sous le bras, vêtu et chapeauté à la manière désuète du parfait fonctionnaire. L’homme se retourna et s’arrêta. Il portait de grosses lunettes d’écaille, fixa 777 et entama avec lui un dialogue silencieux qu’eux seuls pouvaient entendre.
- « C’est Toi, Seigneur ? dit 777 stupéfait. C’est Toi, dans cet … » Il ne put terminer sa pensée.
- « Cet homme, veux-tu dire. »

Il y eut une légère pause et 777 frissonna d’émotion.
- « Dorénavant, ce sera dans les hommes que tu me chercheras et que tu me trouveras, jusqu’à la fin des temps. Et n’oublie pas : humilie-toi ! » ajouta le petit homme avant de tourner les talons.

- « Non, s’écria 777, ce n’est pas possible. Il ne peut pas partir, j’ai des choses à Lui dire. » Il tenta bien désespérément de le rejoindre mais le flot croissant des passants se referma sur lui et ses bras restèrent inutilement tendus car le petit homme avait disparu dans la foule.

777 s’éveilla. Il passa le reste de la nuit à méditer les paroles que le Christ lui avait adressées sous les traits ingrats de monsieur tout-le-monde et il fut pris de nostalgie à l’idée que, peut-être, il ne Le reverrait plus.A suivre.

A suivre...

Jean-Baptiste