|
|
|
Chapitre 2 De la soumission salutaire à
lappel du clan des loups Durant toute son enfance et son adolescence, 777 allait
être confronté à la sévérité
de son père terrestre. Les choses senvenimèrent par la suite.
En ce temps-là, les enfants secondaient les parents dans les
travaux de lexploitation et 777 néchappait pas
à cette règle bien établie. Ce fut lors dune
fenaison que survint lincident. 777 retournait le foin aux côtés
de son père ; le champ rendait au ciel toute la chaleur de
lété, lhorizon tremblotait, vaporeux, tandis
que 777 sentait ses muscles se nouer, sa nuque se raidir sous leffort.
Il lui semblait faire corps avec son outil mais au fil des heures,
son rythme finit par faiblir. Le père en fut très irrité
et, pour stimuler « son mollasson de fils qui lui était
de si peu daide », lui asséna plusieurs coups avec
le manche de sa fourche. Le garçon courba le dos et ne se rebiffa
pas, il naurait pu le faire, mais dans sa souffrance silencieuse,
il implora Dieu de lui faire connaître la raison de cette hostilité
et il lui fut répondu : « jalousie », « caractère
». Il se souvint de ce verset de la Bible : « Je te passe
par le creuset. » Ces mots seraient largile qui le façonnerait.
Chaque jour, il éprouverait dans son cur et dans sa chair
la blessure de cette âpre vérité quil avait
surprise un soir de chuchotements entre les parents : il navait
pas été désiré. Alors que ses surs, assises dans le verger, bavardaient
lui tournant le dos, une envie saugrenue et soudaine le surprit. Tapi
derrière un pommier, il les observait, aussi discret et déterminé
quun renard prêt à croquer des poules qui caquettent
mais ne voient rien du danger. Curieusement, il choisit pour proie
celle quil aimait le plus, laînée. Il se
faufila jusquà elle, défit sa braguette et, vif
comme léclair, lui pissa dans la nuque ! Pour un coup,
ce fut un coup de maître. Ses surs senfuirent, avec
des cris de basse-cour, conter leur mésaventure au père.
Le résultat ne se fit pas attendre : 777 reçut une correction
à la mesure de sa bravade mais cette fois, elle lui parut douce
au regard de la jouissance quil avait ressentie en saffirmant
ainsi. À partir de ce jour, la volonté de sopposer
à la négativité et de résister à
la fatalité sancra en lui. Il comprit quil devait
se fortifier physiquement, mentalement, psychologiquement et entreprit
de cultiver son corps par la pratique dune gymnastique quotidienne
et de la course à pied, par tous les temps. Cest aussi
durant cette période quil connut les tourments de lamour.
Il aimait. Mais la jeune fille convoitée était tout
entière à ses études et il nosa pas lui
avouer ses sentiments. Il lui resta néanmoins fidèle
en pensée jusquà bien tard dans son adolescence. Bien que né dans une famille chrétienne,
il nétait guère porté sur les choses religieuses.
La tiédeur des sermons du dimanche len tenait éloigné
mais son indifférence se mua en dégoût lorsquil
fut confronté aux gestes déplacés de certains
curés formant le corps professoral du petit séminaire
où l'avaient emprisonné ses parents. Car cétait
bien une prison que cette école austère doù
il ne pouvait séchapper quà de trop rares
moments. Il se risqua un jour à demander au président
de létablissement un bon de sortie pour lanniversaire
de sa grande sur, celle-là même quil avait
baptisée dune eau peu catholique ! La permission lui
fut accordée. Il partit valise en main, le cur joyeux.
Il navait pas un sou vaillant en poche et dut renoncer à
prendre le train. Cest donc à pied quil entama
les 50 kilomètres le séparant du bercail, persuadé
quun automobiliste compatissant lui allégerait son parcours.
La journée était chaude et le soleil tombant en aplomb
sur la route lobligea à ralentir son allure au bout dune
heure. Il pensa faire du stop tout en continuant sa marche, tournant
la tête au moindre bruit de moteur, levant le pouce dans la
direction du point cardinal où il situait la ferme familiale,
mais pas une seule voiture ne sarrêta : ni les messieurs
en col de chemise, ni les nonnettes ou les prêtres du séminaire
dans leur tenue noir corbeau. Il en tira une amère conclusion
: la charité chrétienne nétait quun
songe ! Ses chaussures de mauvais cuir lui causaient des cloques et
il dut se résoudre à les enlever. Mais lasphalte
grossier par endroits finit par trouer ses chaussettes et cest
les pieds en sang quil accomplit les 30 kilomètres à
travers les bois et les champs qui le séparaient du village
le plus proche. Là il téléphona à son
père pour obtenir de laide. Il lui raconta tout : la
hardiesse qui lavait poussé à sengager seul
dans cette longue marche, lindifférence des gens, pire,
celle du clergé, les souliers trop étroits, la meurtrissure
de ses pieds ... enfin, tout. Il sattendait quon le félicitât
pour son courage, son endurance, il reçut un bon savon ! Dès
ce jour, 777 comprit quil ne devrait compter sur personne dans
ses entreprises. Face aux ténèbres qui, depuis sa naissance,
singéniaient à le contrer, cet être issu
de la Lumière ne trouverait appui quauprès de
rares élus qui le seconderaient dans sa mission. Autre établissement scolaire, autre style de
vie : à régime militaire celle-là. Dès
son entrée, 777 dut sacrifier aux corvées réservées
aux nouveaux et qui étaient assorties de brimades et canulars
largement dispensés par les caïds de la classe. Il les
supporta sans mot dire jusquau jour où ...on lui déroba
son courrier du cur ! Voir ainsi les confidences de sa bien-aimée,
qui séveillait enfin à son amour, jetées
en pâture à ses camarades et alimenter les plaisanteries
malsaines lui fut insupportable. Cette atteinte à sa dignité
lui servit daiguillon, il changea radicalement dattitude
et, devant son entourage médusé, passa des dominés
au clan des loups, non pour imposer sa loi, mais pour défendre
les plus faibles, le bon droit et la justice. Un loup protégeant
les agneaux ... bizarre ! A suivre... Jean-Baptiste |