Prologue

Il y a plus de 2000 ans, en terre de Palestine, alors qu’une lutte colossale opposait deux géants : l’Empire romain et le bloc asiatique, prêt pour la plus grande invasion de l’Histoire, apparut mystérieusement une troisième force ; cette force qui, pour s’incarner, choisit les traits humbles d’un enfant, devait dans un enchaînement prodigieux bouleverser le monde en imposant son autorité sur tout l’Occident : le christianisme naissait et allait se répandre comme une traînée de poudre.

Néanmoins, ce récit n’est pas l’histoire du christianisme mais celle du Fils de l’Homme, qui n’est pas le Christ, et dont les origines remontent pourtant au commencement des temps, lorsque Dieu tança les ténèbres d’une voix tonitruante : “Que la lumière soit !” Et la lumière fut. La lumière engendra la chaleur, la chaleur engendra le mouvement, le mouvement amorça la création en de larges anneaux concentriques qui s’enroulèrent autour de la Sphère divine, et ce mouvement – celui-là même que les scientifiques modernes désignent par “univers en expansion” – se propagea jusqu’à notre siècle.

Or donc, dans l’anneau le plus proche de la Sphère de Lumière, évoluaient les êtres angéliques les plus purs, aptes à supporter la proximité divine grâce à leur degré de pureté. Ils jouissaient de la plus grande liberté ; nantis de science infuse et d’intelligence divine, ils pouvaient œuvrer dans l’univers nouvellement créé et contribuer à l’arrivée des humains sur un des anneaux les plus éloignés du Trône, leur conception binaire étant différente d’esprit et de chair.

Une partie de la création angélique manqua, hélas, à ses engagements, corrompue qu’elle fut par un ange de hiérarchie supérieure dénommé Lucifer. Celui-ci eut l’audace de contrecarrer le plan divin par le processus de la "tentation" qu'il présenta à son heure à la création humaine sous le fallacieux prétexte de l’endurcir, mais avec pour ambition cachée de la faire chuter. Loin de suivre le plan d’Amour de Dieu, Lucifer se blinda, sa beauté rayonnante perdit de son éclat, devint froide, glaciale, et son regard d’acier. Il n’en demeurait pas moins une gloire céleste ; il se servit donc de son autorité et de sa position hiérarchique pour amener un tiers des créatures angéliques à sa suite, autrement dit à la rébellion. Dieu le tança sévèrement et, par Amour, tenta plus d’une fois de le ramener à Lui ... En vain. L’orgueil perdit l’archange de lumière et, avec lui, un tiers de ses partisans. Il y eut guerre au ciel entre les anges restés fidèles à la doctrine divine et les rebelles. Ceux-ci finirent par être précipités sur ce qui allait devenir ... la terre des hommes.

Ainsi, la terre, frappée de plein fouet par tant de négativité, devint tohu-bohu, informe et vide. Les cris d’allégresse que poussèrent les anges devant la splendeur de ses paysages lors de sa création se perdirent dans la nuit noire qui l’enveloppait désormais.

Devant la condamnation suprême et le désarroi qu’avait causé leur engagement négatif, certaines de ces créatures angéliques éprouvèrent un repentir sincère et firent amende honorable. Dieu, qui est Amour, autorisa plusieurs d’entre elles à se consacrer à l’élévation de la race humaine. Ainsi, d’aucuns émanant de la constellation d’Orion virent-ils leur salut futur dépendre de leur volonté opiniâtre à aider les humains dès leur apparition sur terre. C’est l’histoire d’un de ces Orion qui vous est contée ...

Il naquit, en terre de Palestine, d’une femme prénommée Élisabeth, une femme âgée de 80 ans, et cette naissance au caractère miraculeux le plaça, dès le départ, dans le clan des marginaux. Il s’appelait Jean et fut surnommé plus tard Jean le Baptiste. Adulte, il se mit à prêcher dans le désert, se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles grillées.

Or, Hérode Ier appelé le Grand – car il sut accroître considérablement son royaume et reconstruisit le temple de Jérusalem – mais aussi le Terrible car il fit preuve d’une cruauté rare, faisant massacrer sur ordonnance tous les enfants mâles depuis l’âge de deux ans et au-dessous, par crainte que le futur roi des Juifs annoncé par les prophètes – Jeschoua le Nazaréen – ne lui ravît son trône, Hérode Ier donc mourut, et sa mort fut saluée comme une délivrance par le peuple. Parmi ses successeurs figuraient Hérode Antipas le Tétrarque de Galilée et de Pérée et son frère Hérode Philippe, mari d’Hérodias, aussi appelée Hérodiade, issue de la noblesse juive et portant le titre de princesse. Hérode Antipas fut très vite subjugué par le port altier et la beauté sombre d’Hérodias. Il se mit à convoiter la femme de son frère et la prit pour épouse. Hérodias délaissa donc Philippe dont elle avait une fille, Salomé.
Pendant ce temps, la voix de Jean retentissait dans le désert : " Repentez-vous et soyez baptisés. " Les gens venaient à lui malgré les paroles dures que leur adressait cet homme hirsute, recouvert d’un vêtement en poil de chameau et les reins ceints d’une lanière de cuir. " Race de vipères, qui donc vous a dit de fuir la colère qui vient ? Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu ! " lançait-il à l’adresse des pharisiens, grands prêtres et sadducéens. Son langage déplut aux notables qui firent pression sur Hérode pour qu’il le jetât en prison. Ce qu’il fit.

Mais Jésus, qui avait entamé sa vie publique, l’apprit et prêcha aux foules : " Qu’êtes-vous donc allés voir dans le désert ? Un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète, car c’est ici celui dont il est écrit : Voici, moi j’envoie mon messager devant Ta face, lequel préparera ton chemin devant Toi. " Et de ce prophète cité comme le plus grand par Jésus, Malachie nous dit : " Voici, je vous envoie Élie, le prophète, avant que ne vienne le grand et terrible jour de l’Éternel. "

Or, dès lors que ce jour de l’Éternel, qui sera brûlant comme un four, n’est pas encore venu, Élie, réincarné en Jean le Baptiste selon les paroles mêmes du Christ, se devait de revenir sur terre pour accomplir les Écritures. L’esprit d’Élie, incarné 800 ans avant Jeschoua mais aussi présent en Jean le Baptiste, revint donc avant la guerre de 40-45 sous le nom de l’Étranger, mais peu de personnes, comme du temps de Jésus, assimilèrent son message de lumière ... Et la deuxième guerre mondiale éclata.

Aujourd’hui, le même esprit d’Élie habite sur terre et recherche activement Énoch, car le temps presse ! Son nom est ... 777.

Donc Jean fut jeté en prison pour ses paroles revendicatives. Cependant, Hérode dit le Tétrarque le craignait, considérant Jean-Baptiste comme un homme juste et saint. Il le fit garder soigneusement et se mit à le consulter régulièrement au sujet des affaires de son royaume. Ses conseils lui étaient précieux et il ne manquait pas de s'y référer avant d'entreprendre quoi que ce fût. Il respectait cet homme dur et entier et se prit d'amitié pour lui. Mais devant les remontrances incessantes de Jean à propos de la liaison coupable qu'entretenait Hérode avec la femme de son frère Philippe, cette amitié s'assortit bien vite d'une profonde nostalgie perceptible parmi les gens de son entourage. Jour et nuit, la voix puissante de Jean résonnait dans le coeur d'Hérode comme une sentence mortelle : "Hérode, moi Jean, je te le dis, il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère et de commettre avec elle le péché d'adultère."

Hérodias l'apprit. Elle ne s'en émut pas d'abord mais quand, dès son approche, elle vit la contrariété sur le visage de son nouvel époux et l'attitude plus réservée qu'il adopta vis-à-vis d'elle, elle se mit à haïr Jean le baptiseur et fomenta de tristes desseins contre lui, se jurant de le faire périr l'occasion venue. Cette occasion se présenta le jour anniversaire de la naissance du roi. Ce jour-là, le Tétrarque fit organiser un repas plantureux afin de s'attirer les faveurs des grands seigneurs. Un tétrarque n'ayant d'autorité que sur un teritoire limité, l'organisation de cette soirée fastueuse ne pouvait qu'être propice à l'accroissement de son prestige. C'est ainsi que furent invités tous les "principaux de la Galilée et de la Pérée, chiliarques compris". On fit appel aux meilleurs artistes de la région. Leurs prestations, fameuses, ravirent l'assemblée. Pourtant, elles furent toutes éclipsées lorsque Salomé, fille d'Hérodiade et de Philippe, frère d'Antipas, fit son apparition.

Enveloppée de soieries fines dont les riches couleurs masquaient avec peine le galbe de son corps juvénile, Salomé entama une danse lascive. Grisée par le son des tambourins, elle s'anima soudain, imprimant à ses hanches un mouvement frénétique. Le charme opéra et, les uns après les autres, les invités se levèrent pour faire honneur à la fille d'Hérodias. Sa prestation finie, la jeune fille salua Hérode et rejoignit sa mère sous les ovations d'une assistance en délire. Hérode lui-même se leva et, subjugué par la grâce de la danseuse, lui dit : "Salomé, ma colombe, tu viens de danser comme une reine, tu as ravi mes invités jusqu'au plus grand de mes notables ; demande-moi tout ce que tu veux en récompense, je te le donnerai." Salomé hésita. Alors Hérodias, se pendant vers l'épaule de sa fille, lui souffla quelque chose à l'oreille. Sans sourciller, la jeune fille vint à Hérode et répéta la requête d'une voix ferme et haute afin que tous puissent l'entendre : "Je veux que, sur le champ, tu me donnes dans un plat d'or la tête de Jean le baptiseur." Le roi blêmit et un lourd silence cloua l'assemblée, car Jean était considéré par le peuple comme un saint homme.

Hérode reprit d'une voix plus douce : "Salomé, mon ange, demande-moi jusqu'à la moitié de mon royaume et je te le donnerai." La jeune fille se tourna vers sa mère en un geste d'interrogation muette, mais celle-ci lui fit un signe négatif de la tête. Alors Salomé reprit : "Ce que je t'ai demanté, ô roi, c'est la tête de Jean le baptiseur et non la moitié de ton royaume." Les spectateurs figés étaient suspendus aux lèvres du tétrarque. Le désarroi coulait au plus profond de ses veines, car il s'était fait un ami de Jean et ne voulait pas le faire mourir, mais son rang, son autorité étaient mis à mal par deux femmes, l'une qui tenait sa vengeance, l'autre qui réclamait son salaire.

Hérode scruta l'assemblée comme pour y trouver un appui, mais les invités commencèrent à chuchoter entre eux et à hocher la tête en direction de Salomé pour marquer leur faveur à la parole donnée, et il comprit avec horreur qu'il devrait s'exécuter. Il se sentait comme un moineau pris dans les filets de l'oiseleur. Il ne pouvait perdre la face. Alors, tout attristé, il envoya un de ses gardes à la geôle de Jean avec ordre de le décapiter. Les minutes qui suivirent furent sa traversée du désert. Lorsque, enfin, le garde apporta la tête toute ensanglantée de Jean, Hérode vida lui-même un plateau d'or qui contenait des fruits du repas et y fit déposer la tête du baptiseur. Il présenta le plat au garde et lui fit signe de le remettre à Salomé dont il avait détourné le regard, atterrré qu'il était du piège qu'elle lui avait tendu. Salomé remit le plat à sa mère qui regarda la tête de son accusateur avec un mélange de dégoût et de satisfaction. À cet instant, les deux femmes ignoraient à quel point le crime affreux dont elles venaient de se rendre coupables allait marquer leur existence future et combien, en privant de sa vie cet homme vigoureux et juste, mort sans descendance, lourd serait leur karma. Salomé et Hérodias s'enfuirent dans la nuit avec leur butin sacré. Personne ne sut jamais ce qu'il advint de la tête du baptiseur.

Hérode fit alors appeler les disciples de Jean qui enlevèrent le corps de leur maître pour l'enterrer. L'esprit de Jean s'en était retourné dans un plan très élevé de spiritualité essentielle humaine, à la limite du divin, tandis que son corps gisait désormais dans l'obscurité d'un sépulcre.

Ce corps vidé de sa vie, conçu par des parents très âgés, aurait mérité une tout autre fin. Zacharie, le père, était sacrificateur ; Élisabeth, la mère, était fille d’Aaron ; tous deux marchaient selon les ordonnances de Dieu. Or, il advint qu’un jour de sacrifice, alors que Zacharie se tenait devant l’autel, un ange lui apparut pour lui apporter une grande nouvelle : “Élisabeth enfanterait d’un fils qu’ils appelleraient Jean et qui, animé de l’esprit et de la puissance d’Élie, n’aurait de cesse que de préparer au Seigneur un peuple bien disposé.”

Zacharie, terrifié par cette vision soudaine, douta des paroles de l’ange, car sa femme était très âgée et stérile. Alors, l’ange lui adressa ces mots : « Tu doutes, Zacharie, de la parole de Dieu, mais moi, Gabriel, je te le dis, tu seras muet jusqu’au jour où cette prédication se réalisera. » À l’instant, Zacharie perdit l’usage de la parole. Élisabeth conçut et se cacha durant cinq mois.

C’est alors que l’ange Gabriel visita une toute jeune fille prénommée Marie, fiancée à Joseph, un homme de la maison de David. Marie était seule quand une brise légère pénétrant dans la pièce lui fit lever les yeux. Un être auréolé de lumière se tenait devant elle et elle en éprouva un si grand trouble qu’elle se glissa entre deux voiles de soie fine qu’elle venait de broder. L’ange la salua et voyant son émoi lui dit : « Ne crains pas, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de notre Dieu. Tu sors de l’enfance, pure et belle comme un lys blanc de printemps, mais voici que tu concevras dans ton ventre un fils que tu appelleras Jésus. Le trône de David, son ancêtre, lui sera donné et Il régnera à jamais sur la tribu et la descendance de Jacob et il n’y aura aucune fin à son royaume. » Marie, qui était vierge, murmura : « Mais comment pareille chose pourrait-elle m’arriver, moi qui ne connais pas d’homme ? » L’ange sourit devant tant de douce lucidité : « Laisse ces choses s’accomplir, l’Esprit saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’enfant qui naîtra de toi sera Fils de Dieu. » À ces mots, le visage de la jeune fille fut baigné d’un éclat surnaturel. L’ange poursuivit : « Et afin que tu réalises qu’il ne s’agit pas d’un rêve, va chez ta parente Élisabeth car, dans sa grande vieillesse, elle a conçu un fils et en est à son sixième mois alors qu’elle était stérile ! Sache que rien n’est impossible à Dieu ! Deux enfants mâles vont naître, le premier sera précurseur du second et ce dernier régnera un jour sur l’univers. » Marie, inondée de grâce, s’agenouilla et, écartant les bras en un geste d’offrande, s’écria : « Voici que je deviens l’esclave du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole et que Dieu dispose de moi. » Alors l’ange se retira et Marie, saisie de l’envie impérieuse d’aller voir Élisabeth, se rendit au pays des montagnes de Juda, dans la maison de sa parente. Or, il advint qu’à la salutation de Marie, l’enfant qui devait s’appeler Jean tressaillit de joie dans le sein d’Élisabeth. Les deux femmes, émerveillées de ce qui leur arrivait et remplie de l’Esprit saint, se mirent à louer Dieu.

Marie demeura en Judée environ trois mois puis s’en retourna chez elle. Après quoi, le temps où Élisabeth devait accoucher arriva. Elle mit au monde un fils, comme l’ange l’avait prédit. Les parents et voisins, stupéfiés par la nouvelle, reconnurent en cette naissance miraculeuse l’œuvre du Seigneur et ils s’en réjouirent tous. Et comme la coutume l’exigeait, le huitième jour, ils allèrent faire circoncire l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père, mais Élisabeth s’en défendit :
- Non, il s’appellera Jean.
- Mais il n’y a personne dans ta famille qui s’appelle ainsi !
Alors ils se tournèrent vers le père, toujours muet selon la sentence de l’ange. Zacharie leur fit signe de lui apporter une tablette. Il y inscrivit ces mots : « Jean sera son nom. » Au même instant, sa bouche s’ouvrit et il se mit à louer Dieu. Tous furent remplis de crainte. Les faits se répandirent comme un vent violent partout dans les montagnes de Judée et chacun se demandait en son cœur qui était cet enfant sorti du ventre d’une vieille femme.

Quelque temps plus tard, à Bethléem, la jeune Marie mettait au monde un fils, non engendré par un homme et qu’elle nomma Jésus, comme l’ange l’avait annoncé. Ainsi, à six mois d’intervalle, le Fils de l’homme et le Fils de Dieu prenaient pied dans la vie sur la terre des hommes, en Palestine. Tous deux étaient chargés d’une mission qu’ils accompliraient jusqu’au sacrifice suprême : Jean y perdrait la tête, le Dieu fait homme serait immolé sur le poteau de supplice. Fils de l’homme et Fils de Dieu, deux êtres différents qui seraient confondus malencontreusement dans le trouble des événements et la réalisation des Écritures sacrées. Ce roman pour la Vie raconte l’histoire de 777, ce Fils de l’homme aujourd’hui de retour sur la terre ...

En prévoyant l'incarnation divine en Jésus, Dieu, qui est Amour, mettait à exécution Son plan de sauvetage, car s'étant rendue coupable de déicide, l'humanité ne pouvait qu'être vouée au néant de la désintégration éternelle. Au jardin d'Éden, Dieu n'avait-Il pas dit : "Puisque tu as péché, tu mourras" ? À moins que ... À moins que Dieu n'intervienne en la personne de Son Fils, ce Fils qui devait apporter aux hommes fourvoyés la Lumière du salut dans la foi, le repentir et le baptême. Il eut suffi que l'humanité intègre le message de l'évangile du Royaume de Dieu prêché par le Christ pour que la sentence du jardin d'Éden soit levée et que le Juste ne soit pas mis à mort. Il eut suffi à l'homme de rendre pur le siège de ses pensées ... Mais son naturel l'emporta et le détourna de son sauveur et de son salut.

Par le Saint sang versé du Christ, le rachat de la faute originelle fut effectif malgré tout. Le seul être pur sur cette terre d'infamie acceptait de mourir par la main de l'homme qu'Il venait sauver en prenant sur Lui le poids incommensurable des péchés de toute l'humanité depuis son origine jusqu'à la fin des temps et ce, en expirant son pardon à ses bourreaux.

Tandis que Christ était suspendu pantelant au bois du supplice, les ténèbres spirituelles s'alourdirent et se matérialisèrent dans le ciel du Golgotha par de sombres nuages qui, très vite, éclatèrent en éclairs sillonnant les collines et les champs afin que toute mémoire fût imprégnée de cet instant dramatiquement sublime. Quand le dernier soupir fut rendu, la terre s'ébranla, le temple de Jérusalem trembla et son voile sacré se déchira d'un coup, de haut en bas, mettant à nu "le Saint des Saints" et l'Arche d'Alliance.

L'univers tout entier absorba la Lumière christique qui s'éloignait ainsi des hommes, les abandonnant à leur malédiction. Dans l'espace stellaire, toutes les Intelligences célestes suivirent de près cette tragédie et elles éprouvèrent de la pitié pour la bassesse de l'homme. Dans le même temps, au coeur du Manoir de Lumière, un adolescent nanti de l'esprit de Jean le baptiseur observait la scène. Il était en formation et celle-ci devait durer encore près de 2000 ans.

Cet adolescent, c'était le fils de l'homme, aujourd'hui présent sur la terre et appelé 777. C'est son histoire qui est ici contée. Il n'est pas Fils de Dieu, lequel a réintégré le Père, et il ne le sera jamais ! Ce sont deux êtres différents. De millénaire en millénaire depuis Élie le prophète, il est formé et endurci, passé par le creuset et affiné afin de devenir l'Initié chargé de mission auprès de l'humanité au fil des temps et des besoins.

Ce que 777 venait de contempler horrifié, le fit soudain frissonner : il comprit qu'il devrait un jour se rendre dans ces bas-fonds enténébrés afin d'y jouer son rôle. Perdu au milieu de ses pensées, il sursauta soudain, car une main de femme s'était posée sur son épaule. Elle s'appelait "Volonté", c'était sa mère spirituelle:
- Reprends-toi, mon cher fils, lui dit-elle, et n'aie crainte car ces choses devaient s'accomplir. Écoute, j'ai une grande nouvelle pour toi et le moment est aujourd'hui venu de te l'annoncer. Tu fais désormais partie du Plan divin de sauvetage. Christ ressuscité a obtenu du Père que tu ailles pour un temps annoncer une fois encore, puis de nouveau pour un temps,
Son évangile du Royaume sur la terre qui sera instauré après le règne de l'anti-Christ.

L'adolescent chercha dans les yeux de sa mère la confirmation de ce qu'il pressentait déjà.

- Oui, tu seras l'ante-Christ, mon fils, celui qui vient avant le Christ pour prévenir ses contemporains de Son retour ; quant à l’anti-Christ, Lucifer et les partisans du principe faux, il te haïra et cherchera par tous les moyens de te tuer. Il te connaît et sait qui tu es. Mais jusqu'au jour décidé par le Père, il ne pourra rien contre ta vie.
- Comment les choses se passeront-elles, mère ? dit l'adolescent bouleversé.
- L'anti-Christ n'est pas seulement Lucifer en personne et les suppôts qui l'ont suivi dans sa rébellion, il est aussi un "esprit" d'enseignement faux et de réalisations de hautes technologies qui font régresser le cervelet, siège de la Spiritualité. Tu devras aussi dénoncer son nombre : 666, composé d'un réseau de ce qu'ils appelleront "ordinateurs" et qu'ils nommeront "The beast". Il sera conçu afin de marquer tous les humains par un numéro de dix-huit chiffres, d'où le nombre de trois foix six chiffres, 666. Ils inventeront pour réaliser leurs desseins ce qu'ils désigneront dans leur langage moderne par "puce"; ils nantiront cette pièce miniaturisée de cellules vivantes qui en feront une puce biologique ; ils s'en serviront pour le marquage de l'humanité au front ou à la main et personne ne pourra plus ni vendre ni acheter sans le signe de la "Bête". Un émetteur incorporé dans la "puce" révélera au réseau d'ordinateurs l'emplacement exact de chaque individu, de jour comme de nuit. L'être humain que Dieu avait créé libre deviendra ainsi l'esclave du démon et ce, jusque dans ses pensées et dans ses actes. Les bébés seront marqués dès leur naissance. Les cellules cérébrales nécessaires à la fabrication de cette "micropuce biologique" seront prélevés sur le cerveau d'avortons encore vivants et l'homme dépassera ainsi en horreur tout ce que tu aurais pu imaginer !"

L'adolescent fut pris de nausée devant un tableau aussi noir.
Sa mère poursuivit :
- Lucifer sera pour un temps le maître du monde et des hommes, il influencera leur volonté et leurs pensées. Aussi tu auras à leur dire : "Ne vous laissez pas marquer, sinon vous deviendrez enfant du démon et il n'y aura plus de salut pour vous. Mais Dieu protégera les siens et tous ceux qui refuseront la marque de la Bête." Tous ceux qui t'aideront pour cette mission, qui t'écouteront, qui mettront en action pour eux-mêmes et pour les autres les Paroles sacrées du Christ, ceux-là seuls seront sauvés et auront part au Règne millénaire du Christ-Roi sur la terre des hommes, un règne durant lequel l'espace cosmique leur sera ouvert. Sous le Règne du Christ, la mort, la souffrance, les handicaps de toute nature, la crainte, la méchanceté ... Tout cela disparaîtra. Toi, mon fils, tu iras vers cette terre à l'heure de l'accomplissement de toutes choses.

Tandis que les Intelligences universelles retenaient leur souffle dans l'attente de sa décision, l'adolescent sombra dans une prière fervente où il demanda la force nécessaire pour remplir sa mission et assez d'amour et de loyauté pour la mener à bien. Alors, l'annonce de cette dernière possibilité de grâce céleste en faveur de la terre se répandit à la vitesse de l'éclair.

À partir de ce jour, les instructeurs de l'adolescent redoublèrent de maîtrise, soumettant leur élève à un écolage austère entrecoupé de jeux et de promenades dans les jardins célestes, de doux moments de détente qui devaient lui apporter l'équilibre dont il aurait grand besoin face à la future adversité. Les siècles passèrent et le moment de sa nouvelle incarnation arriva. Ce fut en Allemagne, au joli mois d'avril, soixante ans avant la deuxième guerre mondiale. Adulte, il rédigea une oeuvre en plusieurs
volumes pour apporter à l'humanité une vision complémentaire et contemporaine des Saintes Écritures, rappelant les voies à suivre dans la lumière de la vérité. Mais comme pour les anciens prophètes, pour Jean le baptiseur ou pour le Christ, sa parole ne réussit qu'à répandre l'inquiétude en de nombreux endroits. Son message fut perçu comme trop rigoureux, trop ferme ; il répondait pourtant aux incontournables questions existentielles : Qui suis-je ? Quelle est mon origine ? Où vais-je ? Pourquoi suis-je sur terre ? Pourquoi Dieu ? ... Seul un petit noyau de fidèles prirent connaissance de son savoir. Ils formèrent une association qui s'efforça de diffuser l'enseignement. Mais plutôt que de suivre ce message d'amour et de paix, les hommes lui préférèrent une fois encore leurs propres voies. La guerre de 40 éclata et l'éternel adolescent décéda un an plus tard, non compris, rejeté mais joyeux d'avoir rempli sa mission et de réintégrer le Manoir de lumière où il fut accueilli avec gratitude.

Cependant le temps presse, les noeuds karmiques entrent dans la phase finale de dénouement, le temps accordé à Lucifer diminue, celui des réincarnations s'accélère et le temps de la réflexion est réduit à sa plus simple expression. Le grand métier à tisser la trame de l'histoire des hommes fonctionne à plein régime et les fils de la tapisserie universelle s'entrelacent en un mouvement incessant et frénétique qui remplit tout l'espace.

L'Écriture s'accomplissait et la voix du prophète Malachie s'écria : "Voici, je vous envoie Élie le prophète avant que ne vienne le grand et terrible jour de l'Éternel ..."

777 savait qu'une nouvelle mission s'annonçait pour lui. Serait-ce la dernière ? Pendant que les préparatifs de son incarnation s'organisaient, de nombreuses âmes en quête de pardon et d'ascension spirituelle supplièrent Dieu de leur accorder le droit de naître sur terre à la même période que 777 afin de l'aider dans sa tâche. Le Père céleste exauça leur prière mais ils durent prêter serment de fidélité et furent formés ensuite chacun selon ses aptitudes. C'est pourquoi tous ceux qui ont vécu du temps du précurseur Jean le baptiseur et du Christ ou qui les ont connus de près ou de loin sont aujourd'hui incarnés sur cette terre. Tous s'en allèrent donc vers leur destinée, hommes ou femmes, liés par leur karma. Arriveraient-ils à le dénouer ? La charge ne serait-elle pas trop lourde par moments, le noeud trop serré ?

Dans le Manoir de Lumière, 777 était prêt. Christ ressuscité avait accompli sa mission de rachat, en Dieu d'Amour. 777, le Fils de l'homme, envoyé divin mais non Dieu, l'Élie de "Malachie le prohète", avait été formé, rompu à la discipline de la volonté pour être à même d'affronter les ténèbres les plus opaques, les démons ayant été lâchés des abîmes et possédant déjà l'âme d'une majorité d'humains. La sphère angélique fut à nouveau animée d'une joie fébrile. Les esprits primordiaux accompagnèrent 777 au travers des différents plans jusqu'à atteindre le plan de la matière à trois dimensions. L'endroit de contact avait été soigneusement établi et choisi d'après les aptitudes de la famille d'accueil à parachever chez leur fils son tempérament volontaire. C'est ainsi qu'allait naître, en 1943, au tout début d'un hiver rigoureux, en bordure d'un massif forestier et en pleine tourmente de la guerre, celui qui, une dernière fois peut-être, devrait instruire les quelques "éveillés" de la voie du salut.

Dehors, la tempête de neige courbait les branches des arbres dénudés, la nuit s'étendait comme une tache d'encre, menaçante, par-dessus la campagne engourdie. La mère terrestre avait commencé les premiers maux de l'enfantement. Le médecin tardait, la neige et le vent rendaient le chemin difficile. Depuis le Manoir de Lumière, l'entité féminine de la "Volonté" s'était unie en prière à la mère terrestre pour la soutenir et protéger l'enfant à naître. Beauté, force et loyauté les animaient toutes deux. La mère terrestre était une femme rurale, de bonne constitution et profondément chrétienne. Elle avait épousé un homme courageux, volontaire lui aussi, mais au caractère bourru. Les spasmes se rapprochaient et elle savait que l'enfant ne tarderait plus. La nuit s'éloignait et le médecin n'était toujours pas arrivé. À l'époque, en zone rurale, on se déplaçait souvent à cheval et sans doute sa carriole n'avait-elle pu se frayer un passage par ce mauvais temps. On fit donc appel à la voisine, une femme de tempérament qui en avait aidé plus d'une à accoucher. Le travail s’acheva entre ses mains expertes, dans l’opacité d’un matin de janvier : il était cinq heures lorsque 777, un robuste bébé de huit livres, vint en ce monde de ténèbres.

À cet instant précis de la conjoncture astrale, le Dieu des cieux et le dieu des enfers conversèrent sur le pacte établi du règne luciférien. Des règles furent élaborées, notamment au sujet de 777. Lucifer dut s'y soumettre et reçut l'orde de ne pas attenter à la vie de celui-ci jusqu'à l'heure dite.

Jean-Baptiste

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