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Il est pratiquement 13 heures ce lundi 20 février
quand nous rencontrons lacteur belge que les Français
nous envient tant. Son nom ? Benoît Poelvoorde bien sûr
!
Présent à Bruxelles dans le cadre
de la promotion du film « Du jour au lendemain »,
réalisé par Philippe Le Guay et dont Poelvoorde
est lacteur principal, Ben maccueille avec un chaleureux
« Je suis là, je suis ton homme ».
Le film, qui sortira dans nos salles le 8 mars, raconte avec brio
lhistoire dun mec (François Berthier alias
un Benoît Poelvoorde égal à lui-même,
comprenez excellent) dont la vie change radicalement
du
jour au lendemain.
Dans « Du jour au lendemain », votre
personnage - François Berthier - est entouré de
seconds rôles très colorés. Quel souvenir
gardez-vous du tournage du film ?
Benoît Poelvoorde. De ce tournage-là
? Jai tourné le film lété dernier.
Jai le souvenir dun tournage assez épuisant
et fatigant parce quen fait, si on regarde bien le film,
comme on doit jouer plusieurs fois les mêmes situations,
on passait parfois une journée entière à
faire une sortie de lit. En effet, le principe du film, cest
quand même lhistoire dun mec qui, du jour au
lendemain, voit sa vie saméliorer. Il fallait donc
répéter les situations et cétait assez
emmerdant à faire. Par exemple, la scène de la machine
à café, jen ai fait énormément
de versions : la version où elle marche, la version ou
elle ne marche pas
La difficulté, cétait
quil fallait continuer à évoluer avec le personnage.
Donc cétait gai à jouer mais cétait
compliqué.
Yann Moix dit avoir écrit « Podium
» pour vous à la virgule près. On a un peu
le sentiment que Philippe Le Guay a fait de même avec «
Du jour au lendemain »
B.P. Oui, cest vrai, mais je sais
pourquoi. En fait, il y a un point commun avec Yann Moix. Il y
a un scénariste sur le film de Le Guay qui est le même
scénariste que le scénariste de « Podium »,
bien que Yann ait travaillé avec ce scénariste au
départ sur « Podium » pour finalement travailler
tout seul. Mais la base est faite par Dazat (NDA : Olivier Dazat,
coscénariste des films « Podium » et «
Du jour au lendemain »). Par contre après, quand
jai fait le film de Le Guay, cest le scénariste
qui ma proposé le scénario et ensuite, il
ma présenté le réalisateur. Donc jai
dabord lu une première version qui était,
on va dire, une bonne première version parce quen
général, il y a énormément de versions
pour un scénario, mais qui nétait absolument
pas aboutie. Après ça, jai rencontré
le réalisateur et le scénariste, qui me connaît
excessivement bien. Jai fait plusieurs films avec lui et
il a tendance, on va dire, entre guillemets à savoir à
peu près les films qui vont me convenir ou moins me convenir.
Oui, cest marrant que vous ayez dit ça, cest
curieux oui
Êtes-vous daccord si je vous dis
que votre interprétation de Berthier est par moments Jim
Carreyienne ?
B.P. On me la dit, oui, pour plusieurs
raisons, bien quil fasse plus de grimaces que moi ! Mais
cette comparaison est surtout due au type de sujet. Cest-à-dire
que cest un sujet qui paraît complètement irréaliste
parce Jim Carrey fait beaucoup de films qui tiennent en une idée.
Donc par exemple, si on prend le nôtre ici,
le film tient en une idée : « Et quest-ce qui,
se passerait si du jour au lendemain, votre vie allait mieux ?
». Cest un peu ça
Cest-à-dire
un type qui du jour au lendemain voit sa vie basculer. Cest
typiquement le genre de comédie à laméricaine.
Dailleurs, ils ont fait laffiche comme ça si
vous regardez bien. On me la dit pour ça parce quils
mont dit : « on veut une affiche qui ressemble aux
affiches avec Jim Carrey, cest carré
».
Carré, cest le cas de le dire. Cest marrant,
vous êtes pertinent !
Le film nous amène à nous pencher
sur notre recherche du bonheur. François Berthier dit que
« le bonheur, cest une décision quon
prend ». Vous le rejoignez là-dessus ?
B.P. Oui, sur la quête frénétique
du bonheur des gens ! Là-dessus, je ne suis pas daccord,
non. Moi, je ne suis pas daccord avec les idées du
film. Je trouve que le film est drôle. Mais je ne partage
pas la vision du réalisateur.
Cétait ça qui rendait le film intéressant.
Cest de se dire que je comprends une partie de ce quil
dit ; après, chacun a une vision du bonheur. Cest
un sujet universel. Je ne crois pas que ce soit aussi simple de
dire « Le bonheur, cest une décision quon
prend ». Je pense que cest plus complexe. Il y a des
gens qui naissent du mauvais côté de la barrière
et je ne pense pas quils aient pris la décision de
vivre de ce côté-là. Je pense donc que cest
plus complexe, mais cest un truc qui se défend. Chaque
fois que les gens me parlent de ce film, le discours soriente
assez souvent sur le bonheur parce que le bonheur, comme on dit,
on le reconnaît au bruit quil fait quand la porte
se referme. Quand il est parti. Quand on la perdu. Cest
quelque chose de philosophique. On ne sait pas ce quest
le bonheur. Est-ce quil est avant ? Est-ce quil est
après ? Est-ce quil est pendant ? Hier, je regardais
un film qui sappelle « Contrôle », dans
lequel une bonne-femme : disait « Le bonheur, je regarde
un moment à gauche, dans ce quil sest passé
; parfois je regarde à droite, dans ce qui est à
venir et en fait je finis par loucher. » En fait, il vaut
mieux regarder au milieu. Mais cest la difficulté
hein
Mais cest ce qui faisait aussi lintérêt
du film, cest de savoir que chacun peut réfléchir
à comment il ou elle se positionne. François Berthier,
dans le film, cest quelquun qui a peur du bonheur
en fait. Mais les gens nont pas peur du bonheur. Dailleurs,
on est plutôt dans une période où les gens
font une quête frénétique du bonheur, cherchent
à tout prix. Et à force de toujours le chercher,
on finit par ne jamais être dedans parce quon cherche
sans cesse. Alors que parfois, il est devant nous et on ne le
voit pas.
François Berthier se considère
mi-Lendl mi-McEnroe... Et vous, fifty-fifty aussi ?
B.P. Lui, il ne se considère pas
mi-Lendl mi Mc-Enroe, cest son copain qui dit quil
faut quil soit Lendl
Oui, cest juste, il dit
« fifty-fifty », mais cest parce quil
ne sait pas quoi répondre. Mais cest vrai, cest
tout à fait ça ! À mon avis, il est plutôt
du côté de celui qui préférera ne pas
prendre de cours de tennis, de peur davoir lair ridicule.
Parce que cest vraiment ça
François
Berthier, il a peur de tout. Quand il dit à un moment,
au début du film, « le monde magresse »,
cest un dépressif quoi quelque part. Cest quelquun
qui dit : « jai rien demandé ». Donc
le sujet, il est drôle parce que cest quelquun
qui dit « jai rien demandé et on moffre
le bonheur et après je ne suis pas capable de vivre avec
». Donc quand il dit « fifty-fifty » pour en
revenir à votre question, cest encore une fois quelquun
qui aurait préféré quon ne lui pose
pas la question. Parce que dès que tu dois te situer, tu
es obligé de tengager. Dès que tu tengages,
tu as plus de risques dêtre malheureux. En fait, cest
quelquun qui ne veut pas sengager. Donc tu préfères
dire « ne me donnez pas le choix, cest plus simple
».
Depuis « Le boulet », daucuns
vous considèrent comme un acteur « bankable ».
Dans « Du jour au lendemain », vous portez à
bien des égards le film du début à la fin.
Acceptez-vous cette étiquette dacteur « bankable
» et si oui, estimez-vous recevoir davantage de scénarios
intéressants depuis « Le boulet » ?
B.P. Non, ce nest pas depuis «
Le boulet ». Alors, lacteur « bankable »,
ça ne veut rien dire. Là, je viens de voir que dans
« Le Figaro », ils viennent de faire paraître
les acteurs qui demandent beaucoup dargent et tout ça
et jai expliqué que Depardieu nétait
plus crédible avec le prix quil demandait. Il vaut
toujours mieux ne pas être dans le truc du Figaro, quand
ils donnent les caprices des acteurs ! Mais ça ne veut
rien dire être « bankable », absolument rien.
Parce quen fait, cest paradoxal ce que je viens de
dire, mais ce nest pas lacteur qui détermine
si le film va marcher, cest le goût du public. Vous
avez des cas de figure extrêmement rares mais ils sont annotés,
cest-à-dire quil faut attendre 25 ans. Vous
avez « Les bronzés ». Là, cest
sûr, cest « bankable ». Mais ce nest
sûr que cest « bankable » que par rapport
à lenvie du public. Vous pouvez être lacteur
que le public adore et tout, sil na pas envie de voir
ce type de film maintenant, ni ce type dhistoire, vous lavez
dans le cul (sic). Ce nest pas lacteur qui est «
bankable », cest le rapport que le public a avec lacteur
mais ça, ce nest pas vous qui le déterminez.
Mais même le public peut vous adorer et vous dire «
vous avez très bien marché dans " Podium "
» et ne pas avoir envie de vous voir après en François
Berthier. Cest justement parce quil y a des inconnus
que le cinéma continue à exister comme ça.
Sinon ce serait horrible, on saurait exactement les gens qui marchent
et les gens qui ne marchent pas et on ne laisserait pas de chance
à ceux qui nont pas encore été découverts.
Vous venez de tournez « Cow boy »
de votre ami Benoît Mariage ? Hormis « Astérix
et les jeux olympiques », quels sont vos projets et où
en est votre envie de passer à la réalisation avec
« Les inutiles » ?
B.P. Alors là, je suis un peu à
la traîne. Normalement, je devais sortir le film de Nicole
Garcia (NDA : « Selon Charlie ») avant celui-ci parce
que je lai tourné avant mais ils veulent le sortir
plus tard. Après, jai fait le film de Le Guay, puis
celui de Benoît Mariage, que je vais voir demain (NDA :
le 21 février). Je vais enchaîner sur « Astérix
» au moins de juin. Cest un tournage très long
parce que jai un rôle assez important, celui du méchant.
Et juste après, jenchaîne encore un autre film,
qui sappelle « Les deux mondes », une comédie
assez drôle et jen ai encore un troisième pour
lété prochain donc jai un peu arrêté.
Et normalement comme vous dites, je devrais me mettre à
lécriture mais le problème, cest que
je déménage. Je reste en Belgique et dans le Namurois
et suis en train de faire des travaux. Donc là où
je devrais être en train décrire, je suis en
train de me taper des travaux ; je retape une maison. Ca, cest
du concret.
Tout semble sourire au personnage
que joue Benoît Poelvoorde
Il y a un peu de Jim Carrey
dans ce Poelvoorde-là !
Dans « Du jour au lendemain », François
Berthier ne comprend rien à ce qui lui arrive

Quand ces lignes seront publiées, la cérémonie
des Césars aura déjà livré son verdict.
De quel il voyez-vous votre deuxième nomination au
César du meilleur acteur pour votre prestation dans le
film dAnne Fontaine ?
BP. Déjà, je peux vous le dire à
lavance, je ne laurai pas, parce que je parierais
sur Romain Duris. Pour « Podium », jy suis allé
en me disant que javais une chance parce que je continue
de dire que la comédie est assez difficile à faire
et que javais vraiment mouillé le maillot. Jy
suis allé en me disant que javais une chance et beaucoup
de gens me disaient que javais une chance. Cest ce
que les gens disent hein, ce que vous entendez qui compte. Cest
des trucs dodeurs quoi. Quand je dis que je le sais déjà
à lavance, on ne connaît pas les résultats
à lavance hein, je rassure tout le monde. Mais cest
une sorte de feeling. Autant jy suis allé avec «
Podium » en ayant déjà commencé à
penser à un discours. Ici, je dis la vérité,
vraiment, je meurs si je mens, jy vais en sachant que jai
perdu. Mais je men fous, je suis nommé et pour moi,
cétait vraiment un cadeau parce que pour ce film-là,
ce nétait pas évident. Pour « Entre
ses mains », je naurais jamais pensé que les
gens allaient me nommer pour ce rôle-là. Ca ma
tellement fait peur.
Le message laissé
par Benoît Poelvoorde dans le livre d'or de la rubrique
" Cinéma par Jean-Phi ".
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Benoît Poelvoorde, invité le 20 janvier de lémission
flamande « De laatste show » © Hélène
Dehon
En outre, votre partenaire dans ce film, Isabelle Carré
est elle aussi nommé au César de la meilleure actrice,
tout comme Anne Consigny, qui joue votre femme dans « Du
jour au lendemain »
B.P. Oui, et quon soit nommé ensemble, cest
bien. Cest marrant. Jai du cul hein ! Ca a été
dur pour moi de voter parce quil y avait Anne Consigny avec
qui je venais de faire ce film et avec qui je mentends vraiment
super bien.
Il y a justement une certaine ressemblance entre ces deux
actrices
B.P. Oui, on me colle souvent avec des femmes discrètes.
Donc dans les nominations il y avait Isabelle, Anne et il y avait
Nathalie Baye que jadore parce que jadore ce quelle
a fait dans « Le petit lieutenant » donc il a fallu
que je vote. (NDA : Isabelle Huppert et Valérie Lemercier
étaient également nominées au César
de la meilleur actrice, pour leur interprétation dans «
Gabrielle » et « Palais royal ! » respectivement)
et ça, cétait dur. Jai eu du mal pour
le vote de la meilleure actrice.
Vous jouez fréquemment des rôles de loosers,
de personnages qui ont, comme vous dites, des failles. Berthier
passe quelque part du statut de looser à celui de winner.
Vous propose-t-on parfois des rôles de winners et si oui,
pourquoi avoir refusé jusquici de les interpréter
?
B.P. Dabord, je trouve que les personnages de
winners sont extrêmement emmerdants. En général,
sil y a un mec qui gagne du début à la fin,
ça te fait chier. Alors soit, cest quelquun
qui gagne parce quil perdait au début. À ce
moment-là, cest un looser qui gagne et il y a une
justice. Mais les gagnants
Dabord, je ne crois pas
que je serais très crédible parce que je ny
croirais pas moi-même. Je ne crois pas aux gens qui gagnent
tout le temps et je les trouve assez emmerdants. Je trouve que
les personnages qui réussissent ont quelque chose dassez
fatigant en soi. Il y a une phrase très belle dOrson
Welles qui dit « Le cinéma ne sintéresse
pas aux trains qui arrivent à lheure. » Cest
un peu ça quoi. On aime bien les personnages qui narriveront
pas à lheure et qui ne sont pas du côté
de ce quon définira « gagnant » ou «
perdant ». Cest pour ça que je naime
pas le mot « looser ». Parce quen fait, ils
nous ressemblent davantage et jai plus de vécu dans
le côté « failles ». Je trouve ça
plus intéressant et enrichissant à réfléchir
parce quici, ce qui est intéressant dans le film,
cest justement de se dire quil passe par cinq étapes.
Cest pas un looser, cest un gentil qui na pas
de bol. Quand on regarde bien toutes les choses qui lui arrivent
dans la vie, ça arrive à tout le monde dans la vie
donc on ne peut pas dire que les gens sont des loosers. Son sac
poubelle souvre au moment où il est devant lascenseur.
Les gens linsultent, ne lui disent pas bonjour quand il
dit bonjour. Il pleut quand il sort du métro, son patron
tengueule alors quil a essayé de bien faire.
Bon, cest pas vraiment un looser. Cest un mec à
qui on donne loccasion de contrôler sa vie. Et parfois,
on nen a pas envie. Dailleurs, cest ce quil
dit dans le film. Pour être plus global par rapport à
ta question, jai toujours aimé les personnages qui
nous ressemblent. Parce que souvent, on me rétorque la
question en me disant que jai réussi plein de choses
mais je ne suis pas daccord avec ça, les choses nétant
pas aussi manichéennes. On a limpression quon
réussit une chose et puis on échoue sur un autre
truc. Ca dépend où on met ses ambitions en fait.
Selon les ambitions et lorgueil que lon a
ou
les rêves que lon a en fait
Parce que très
souvent, les gens se trompent sur ce que lon envisage vraiment
dans la vie. On se fait une idée ou on montre une image
différente
On nose pas dire ce dont on a vraiment
besoin en fait parce quon a tellement peur que cela sen
aille. On ne peut pas résumer sa vie uniquement au travail.
Bien sûr, je pense que le rapport amoureux passe avant tout.
Dailleurs, cest très important dans le film
de Philippe [Le Guay]. Le rapport amoureux est très important
: avec qui on partage sa vie
François Berthier, il
est malheureux parce quen fait sa femme le quitte, si on
y réfléchit. Là, il vit seul dans un appart,
il bouffe sa pizza tout seul
Sil était heureux
avec sa femme, tout se passerait bien. Parfois, on se dit quil
nous manque si peu de choses pour être heureux, mais on
narrive pas à mettre le doigt dessus. Donc je préfère
jouer ces mecs qui cherchent que ces mecs qui ont trouvé.
Pourquoi avoir refusé de jouer dans le premier «
Astérix » (NDA : il avait décliné la
proposition dinterpréter le personnage de Lucius
Detritus, finalement attribué à Roberto Benigni)
et accepté de tourner dans les troisièmes aventures
des personnages de Goscinny et Uderzo, « Astérix
aux jeux olympiques » ?
B.P. Il y a deux raisons. Je trouve que le scénario
du troisième est beaucoup plus drôle que le premier.
Personnellement, je navais pas trop aimé le scénario
du premier. Et deuxièmement, je sortais du film de Benoît
Mariage (NDA : « Les convoyeurs attendent ») quand
on ma proposé « Astérix ». Il
y a des films qui sont plus proches de vos préoccupations
dans linstant où vous les vivez. Au moment où
jai fait le film de Benoît Mariage, cétait
un film très important pour moi parce que ça parlait
dun milieu social qui était le mien, ça parlait
dun papa, quelque chose de très important dans ma
vie. Quand Berry ma proposé « Astérix
», cest ce que je lui ai dit. Je navais pas
envie de faire ce film-là. Je narrivais pas à
passer à autre chose. Javais envie de rester dans
cette atmosphère. Dailleurs, jai mis beaucoup
de temps à tourner un autre film après « Les
convoyeurs attendent ». Jai fait « Les portes
de la gloire » après parce que cétait
un scénario que javais écrit, qui était
plus proche de quelque chose qui me touchait, des gens qui ont
du mal
Il y a des films que vous navez pas envie de
faire. Il faudrait plus me demander pourquoi jai accepté
« Le boulet ». Javais envie de faire ce genre
de film-là à ce moment-là. Jétais
prêt à faire des films plus légers. Mais après
« Les convoyeurs », jétais complètement
dans des films plus dramatiques et le problème, cest
quon ne ma pas proposé de films dramatiques.
On ma proposé « Le vélo », mais
je lai co-écrit. « Les portes », je lai
co-écrit aussi. Cest simplement à partir d«
Entre ses mains » que maintenant je commence à recevoir
des rôles plus dramatiques. Comme le film de Nicole [Garcia],
qui est plus dramatique, et où on me fait plus confiance
en se disant que je suis davantage capable dinterpréter
des personnages plus dramatiques. Comme le film de Benoît,
celui que je viens de faire « Cow boy » - qui
est beaucoup plus dramatique. Il sera drôle mais ce sera
un drame, cest lhistoire dun homme qui tombe.
Mais cest ma maturité aussi qui me permet de jouer
ce genre de rôles. Je suis plus vieux. Jai 41 ans.
Cest le temps que moi je capte linstant et jai
tellement eu peur du ridicule
Mais tout le monde a peur du ridicule
B.P. Tout le monde, cest vrai. Mais on nose
pas le dire en fait. Mais quand jai fait « Entre ses
mains », javais une telle peur davoir lair
con. Donc japprends en fait. Cest pourquoi jai
accepté de tourner dans cet « Astérix »
parce que je suis content de ce que jai fait dans le film
de Nicole. Et même pour « Du jour au lendemain »,
il y avait des séquences, si je navais pas fait le
film de Nicole Garcia ni le film de Benoît - parce que cest
Benoît qui ma appris à dire quon peut
pleurer à limage, moi jaurais jamais osé
et bien je naurais jamais osé faire certaines
scènes dans le film de Philippe Le Guay parce quil
y a des trucs où tu te dis « mais moi, je ne fais
pas ça ; ça ne mintéresse pas
» Je suis très pudique pour certains trucs. Il y
a des choses qui me bloquaient, le fait de dire certaines choses
Cest moins vrai aujourdhui. Je pense que tous les
acteurs te diront pareil : ils apprennent. Et cest comme
ça quon apprend.
Selon moi, vous nêtes jamais meilleur que dans
ce que vous écrivez. Je pense à « Cest
arrivé près de chez vous » dans une certaine
mesure mais surtout à « Jamais au grand jamais »,
aux « Carnets de Monsieur Manatane » et au film «
Le vélo de Ghislain Lambert »
B.P. Ah oui ! Cest gentil, vous connaissez bien
ce que jai fait. En réalité, jai écrit
« Les portes de la gloire » avec le même mec
avec qui jai écrit « Jamais au grand jamais
» et « Les carnets de Monsieur Manatane ». Je
comprends ce que vous voulez dire mais cest une question
de temps, cest une question de disponibilité. Je
suis daccord avec ce que vous dites. En même temps,
je garde lénergie décrire pour moi.
« Les inutiles », ça fait maintenant trois
ans que je my suis mis.
Ca avance lentement donc mais ça aboutira malgré
tout bel et bien sur quelque chose de concret alors ?
B.P. Oui. Et en plus, plus tu grandis avec les films,
plus tu vois les choses que tu ne veux plus faire ou pas faire.
Je pense que je suis dans une tranche dâge où
il faut chercher beaucoup. Jai eu une grande discussion
il y a deux jours (NDA : le 18 février) avec Bacri et Lindon
(NDA : ils figurent, à linstar de Benoît Poelvoorde,
au casting de « Selon Charlie », dont la sortie sur
nos écrans est prévue pour le 23 août) - vous
verrez ça dans « Première » - où
on nest pas du tout daccord sur la manière
dont on envisage les rôles. Moi, je suis dans une période
de ma vie où je me dis que jai envie den faire
beaucoup pour en apprendre beaucoup sur moi. Eux ne sont pas daccord
avec moi sur ce point. Ils disent quil faut sélectionner.
Il faut arrêter de sacraliser ! Ensuite, le rapport au public
joue un rôle important. Si le public ne veut plus te voir,
il ne veut plus te voir. Moi, jessaie dentretenir
avec les gens qui vont me voir un rapport presque de camaraderie.
Je leur demande de me dire si cest bien ou pas bien. Je
cherche quoi
Je nai jamais dit que javais des
réponses en fait. Je cherche et jessaie de bien faire.
Quand jécris pour moi
Il faut bien savoir que
« Manatane » et tout ça, ce nest quaprès
que ça a eu du succès. Parce quau début,
les gens pigeaient que dalle ! Faut bien admettre que quand on
a commencé à écrire « Monsieur Manatane
» - les deux premières années, on passait
à la fin de « Nulle part ailleurs » - les gens
ne pigeaient pas. Ils disaient : « Mais quest-ce que
cest que ce truc de cons ? ». Et cest parce
quil y a eu internet
On a sorti une cassette vidéo.
La première cassette vidéo de « Monsieur Manatane
» qui est sortie, ça ne sest pas du tout vendu.
Je crois quon a du en vendre 1 000. Ca nintéressait
personne donc on sest dit quil fallait se faire une
raison ! Et ce nest quaprès que les gens ont
assimilé le truc. Canal ne voulait pas ressortir cette
cassette et nous non plus en fait, on sen foutait complètement
! Ce nest que trois-quatre ans plus tard quils mont
appelé pour me dire quils aimeraient bien ressortir
« Monsieur Manatane » et faire lintégrale.
Je leur ai dit que je pensais sincèrement que ça
nintéresserait pas grand monde et donc que je men
foutais de faire un DVD en plus. Je ne vais pas beaucoup sur le
net et cest un copain à moi qui ma dit : «
Mais tes fou, va sur le net, ils se filent les trucs, ils
les copient et tout ça. » Donc on est allé
voir sur le net et cest vrai quil y avait des aficionados.
Cest vraiment le public qui a déterminé quil
voulait voir « Manatane ». Donc en fait, je nai
fait aucune promo pour « Manatane ». Jai fait
une seule télé. Jai refusé de faire
de la promo en disant que cétait pour les aficionados
quon sortait le DVD et donc que je men foutais. Et
on en a vendu 150 000 ou un truc comme ça, par rapport
à 1 600 au départ. Mais ça reste un truc
destiné aux spécialistes quoi, pour les purs ! Je
veux dire quon a fait plus dentrées avec des
films qui paraissent pour dautres beaucoup plus légers.
Mais tu vois, « Le boulet » fait 3 600 000 entrées
; « Podium » fait 4 millions. Mais tu feras 500 000
avec « Les portes de la gloire ». Mais pour largent
quil a coûté
« Les convoyeurs »
rapportera plus dargent que « Le boulet » par
exemple. Mais il faut se situer dans les choses
Cest-à-dire
que si jamais je propose « Monsieur Manatane » au
cinéma, mais tas zéro hein ! Les gens vont
dire quils ne comprennent pas, quils ne voient pas
très bien où on veut en venir. Tu ne pourras pas
faire du prime time avec « Monsieur Manatane ».
Vous êtes sûr ?
B.P. Maintenant, daccord. Mais il a fallu attendre
cinq ans que le public des aficionados dise quil voulait
avoir « Monsieur Manatane » en DVD. Mais je connais
plein de gens qui ne comprennent pas « Monsieur Manatane
». Ma mère, par exemple. Elle va adorer un Philippe
Le Guay, je sais quelle va adorer ce film-là. Mais
elle ne comprend pas très bien « Monsieur Manatane
». Enfin, je veux dire, un mec qui bouffe sa merde
un mec qui encule les enfants (sic)
Elle ne comprend pas
super bien, ça ne la fait pas rigoler quoi. Le viking qui
arrive avec des cornes
Elle ne comprend pas
Quelquun
mavait dit cette phrase magnifique concernant « Monsieur
Manatane » : « Ca doit être plus gai à
faire quà regarder ». Moi, je respecte ça.
Mais cest très compliqué de se positionner
par rapport à des trucs comme ça.
Un grand merci à lInstitut libre Marie Haps
et en particulier à Bernard Blancke et Nicolas Hanse.
Bons films !
Jean-Phi
jeanphi111@yahoo.com
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