cinéma par Jean-Phi
Trois rayons de soleil espagnols
viennent illuminer nos écrans

 

Trois rayons de soleil
espagnols viennent
illuminer nos écrans

Le 13e FestCEAL (Festival Cinémas d’Espagne et d’Amérique latine de Bruxelles) nous a permis de découvrir de bien belles productions issues du monde hispanophone et de l’Espagne en particulier. Parmi elles, trois films nous ont particulièrement séduit, à savoir « Planta 4a » d’Antonio Mercero, pour lequel nous avons eu un vrai coup de cœur, « 20 centímetros » de Ramón Salazar et « Crimen Ferpecto » d’Alex de la Iglesia.

« Planta 4a » est une comédie dramatique dans laquelle Antonio Mercero nous raconte le quotidien difficile de Miguel Ángel, Izan et Dani, trois amis qui résident au 4e étage (« planta 4a » en espagnol) d’un hôpital où ils ont été admis afin de suivre un traitement contre le cancer, maladie qui a vu deux d’entre eux amputés d’une partie de leur jambe gauche. Ce film est typique du cinéma espagnol et reflète le cinéma ibéro américain en général dans le sens où les scénaristes partent d’une réalité très dure, en l’occurrence du cancer, pour montrer toutes les belles choses qui peuvent survenir en dépit des nombreuses difficultés rencontrées par les protagonistes du récit. Basée sur l’histoire vraie d’un des coscénaristes du film, « Planta 4a » réussit à faire passer le spectateur du rire aux larmes notamment grâce à l’interprétation impressionnante de ses jeunes acteurs et de Juan José Ballesta en particulier (révélé en 2001 dans « El Bola », film grâce auquel il a reçu le Goya - équivalent espagnol des Césars - du meilleur espoir). Soutenu par une bande originale des plus dynamiques qui brille surtout par la présence du groupe Estopa, le 12e long métrage d’Antonio Mercero nous fait partager les rêves et les espoirs de ses jeunes héros avec beaucoup de tendresse et d’humour, nous offrant des émotions véritables et non de la sentimentalité gratuite. Si « Planta 4a » est un film sur le cancer, c’est d’abord et surtout un film sur l’amitié.

 

Luis Ángel Priega, Juan José Ballest et
Gorka Moreno livrent une interprétation
très colorée dans « Planta 4a »

 

Albert Espinosa, le coscénariste dont le vécu a inspiré l’histoire de « Planta 4a », était venu défendre le film lors de sa projection à Bruxelles dans le cadre du FestCEAL. Atteint du cancer à l’âge de 14 ans, il est aujourd’hui âgé de 32 ans. L’écriture étant sa vocation, c’est tout naturellement qu’il a coécrit l’histoire du film, présenté à Flagey avec beaucoup de générosité. Après la projection, il s’est prêté au jeu des questions-réponses avec le public. En voici la retranscription…

 

Dans quelle mesure le film est-il autobiographique ?

Albert Espinosa. L’histoire du film est une histoire réelle, la mienne entre mes 14 et mes 24 ans. J’ai perdu une jambe, un poumon et une partie du foie à cause du cancer. Si j’ai eu envie d’écrire ce film, c’est notamment parce que les films sur le cancer sont toujours très tristes. Quand je repense à mes années à l’hôpital, ce ne sont pas des moments douloureux qui me viennent en mémoire mais de bons moments. J’ai d’abord écrit une pièce de théâtre qui a été jouée pendant deux ans, « Los pelones », puis l’histoire du film, qui s’inspire de cette pièce.

 

Étiez-vous présent sur le tournage ?

A.E. Oui, j’étais présent tout au long du tournage. C’était le souhait du réalisateur, Antonio Mercero. L’objectif était de raconter des choses vraies, que ce soit réel, et selon Antonio, ma présence était nécessaire afin d’assurer cette crédibilité à l’écran.
Comment vous sentez-vous à présent ?
A.E. Je vais bien. Cela fait huit ans que je suis tiré d’affaire. Je n’ai commencé la phase d’écriture de l’histoire que lorsque j’ai été soigné. Le film a remporté beaucoup de prix et a eu un très grand impact en Espagne mais le plus important à mes yeux est que le film est montré dans les hôpitaux espagnols aux patients atteints du cancer récemment admis pour être traités contre cette maladie. Comme dans le film, mes amis et moi avions conclu un pacte de vie lorsque nous étions malades. Ceux qui restaient en vie devaient vivre la vie des autres, la vie de ceux qui étaient partis. Personnellement, j’ai eu quatre vies et demi à vivre. Ce film est un film sur des personnes qui se battent pour la vie et sur la manière dont elles se battent pour rester vivantes.

 

À présent, quels sont vos projets ?

A.E. Grâce au film, j’ai pu entrevoir la possibilité de mener à bien d’autres projets. Au niveau de l’écriture, j’ai terminé le scénario de « Nadie es perfecto » (« Nul n’est parfait »), qui raconte à nouveau une histoire difficile puisqu’elle narre l’existence d’un boiteux aveugle (rires), et celui d’un film sur le suicide. En mai, je commencerai le tournage de mon premier film en tant que réalisateur : « No me pidas que te bese pourque te besaré » (« Ne me demande pas de t’embrasser parce que je t’embrasserai » littéralement).

 

Les jeunes acteurs du film étaient-ils des patients atteints du cancer ou des acteurs professionnels ?

A.E. Ce sont des acteurs professionnels. Nous avons procédé par ordinateur pour faire disparaître à l’écran une partie de leur jambe gauche. J’ai d’ailleurs une anecdote à ce sujet. Lorsque nous avons présenté le film à Montréal, des spectateurs voulaient toucher leurs jambes pour s’assurer qu’ils en avaient bien deux !

 

 

« Planta 4a » sortira sur nos écrans le 18 janvier.

« 20 centímetros » (« 20 centimètres »), en salle le 1er février et « Crimen Ferpecto » (« Le Crime farpait »), sorti depuis quelques semaines déjà, ont un point commun, et quel point commun ! Il a pour nom celui d’une jeune actrice espagnole qui crève littéralement l’écran : Mónica Cervera. C’est en effet à elle que Ramón Salazar et Alex de la Iglesia ont choisi de confier le rôle féminin principal de leur film. Dans « 20 centímetros », l’actrice andalouse est Marieta, une prostituée travestie dont l’unique obsession est de perdre ces fameux « 20 centimètres » qui la séparent du bonheur : devenir la femme qu’elle a toujours rêvé d’être. Véritable égérie de Ramón Salazar, qui l’avait notamment dirigée dans l’intense « Piedras », Mónica Cervera danse et interprète des morceaux plus colorés les uns que les autres dans « 20 centímetros ».


Après avoir vu « 20 centímetros », impossible de ne pas garder longtemps en mémoire les chansons interprétées par Mónica Cervera

Dans « Crimen Ferpecto », elle forme un couple pour le moins atypique avec Guillermo Toledo. Cette comédie teintée d’humour noir sur le monde sans pitié de la vente est diablement efficace et l’interprétation de Cervera y est pour beaucoup. Véritable boulet à l’écran pour Rafael (interprété par Toledo), l’actrice espagnole est bluffante en pire cauchemar de tout macho qui se respecte. Rien d’étonnant dès lors qu’elle ait été nommée aux Goyas dans la catégorie « Meilleure révélation féminine » pour son interprétation dans le film de de la Iglesia.
« Crimen Ferpecto » se joue encore à Liège au Churchill, à Namur au Forum et à Bruxelles à l’Actor’s Studio et au Styx.


Lourde, Lourdes l’est pour le moins. Rafael sera donc prêt à tout pour s’en débarrasser.


Bilan de Média 10-10

Le Grand Prix du Festival namurois qui fait la part belle aux courts métrages issus de la Communauté française depuis plus de trente ans a été attribué à Cécilia Marreiros Marum pour son animation « Lunolin, petit naturaliste ». Présenté dans de nombreux festivals, ce film se distingue par une utilisation très créative de l’image.


En selle petits et grands, Lunolin déboule sur l’écran !

« Chez Noël », des frères Laurent et Manu Talbot, vient s’ajouter à la liste des petits ovnis géniaux produits par la boîte de production La Parti, à qui on doit des films comme « Aaltra » ou « Calvaire ». Complètement déjanté, le Père Noël des Talbot est méchamment drôle et on en redemande.


Tremblez petits enfants car Père Noël est fâché, très fâché…

Gilles Cuvelier s’est vu remettre le Prix de l’image numérique pour son court métrage d’animation « Chahut », une réalisation impressionnante mettant en scène un carnavaleux errant seul dans les rues de Dunkerque.



6=« Chahut », c’est d’abord un travail très soigné de la part de Gilles Cuvelier

« Rien d’insoluble » constitue les premiers pas d’un jeune réalisateur à tenir à l’œil : Xavier Seron. Atypique et bouleversant, ce court métrage porte une patte très singulière et est porté par deux acteurs énormes : Jean-Jacques Rausin et Cédric Lenoir.


Jean-Jacques Rausin, magnifiquement dirigé par Xavier Seron dans « Rien d’insoluble »

Avec « Organik », David Morlet réussit avec des moyens qu’on imagine dérisoires un court métrage de fiction qui emprunte avec brio les chemins du fantastique.



« Organik » ou comment un être torturé affronte sa réalité

Cette année, Média 10-10 a offert aux spectateurs de nombreux documentaires de qualité. Parmi ceux-ci, citons « L’argent des pauvres » de Charlotte Randour, lauréat du Prix des auteurs. Dans ce film, c’est sans voyeurisme aucun que la réalisatrice partage avec le spectateur le rapport singulier que sa mère entretient avec l’argent et la manière dont elle a choisi de mener sa barque et celle de sa petite famille.
Bons films et… bonne année 2006 !
Jean-Phi
jeanphi111@yahoo.com


Photos & reportage : Jean-Phi
jeanphi111@yahoo.com
1 janvier 2006

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