cinéma par Jean-Phi

Un Podium occupé par trois acteurs attachants


Un Podium occupé par trois acteurs attachants


Le film « Podium », tiré du roman éponyme de Yann Moix écrit spécialement pour Benoît Poelvoorde, raconte le retour sur le devant de la scène du plus grand sosie de Claude François qu’on ait jamais rencontré. Moix signe là son premier long-métrage, lui qui avait réalisé auparavant un court-métrage dans lequel il dirigeait déjà Julie Depardieu, que l’on retrouve à l’affiche de « Podium » aux côtés de Poelvoorde et de Jean-Paul Rouve.



Benoît Poelvoorde est Bernard Frédéric

A l’issue de la récente cérémonie des Césars, Julie Depardieu a été doublement récompensée pour son rôle dans « La Petite Lili » de Claude Miller. Elle a en effet égalé la performance réalisée il y a vingt ans par Richard Anconina avec « Tchao Pantin », en remportant le César du Meilleur second rôle féminin et celui du Meilleur jeune espoir féminin. Elle joue à merveille le rôle de Véro, la femme de Bernard Frédéric. Pendant tout le film, elle lit un ouvrage intitulé « Les femmes japonaises », sans pour autant adopter le comportement relativement soumis de la femme japonaise classique tel qu’on l’imagine, elle qui refuse catégoriquement de se plier aux excentricités de son obsessionnel de mari pour qui Claude François passe avant tout le reste. Pour le sosie de Cloclo, elle fait figure de lien avec la réalité. Bernard Frédéric n’en est pas moins réaliste par rapport à sa situation, lui qui dira à son fils : « tu peux pas être mon sosie parce que je suis personne bonhomme. » Bernard Frédéric est pris entre deux extrêmes : la réalité avec sa femme et la possibilité d’échapper à celle-ci avec son fidèle Couscous, interprété par Jean-Paul Rouve, terrible en meilleur Michel Polnareff de sa génération. La brillante interprétation de ce dernier, qui remportait en 2003 le César du Meilleur jeune espoir masculin, donne encore plus de poids à celle de Poelvoorde. Ensemble, ils forment un duo haut en couleurs. Quand Bernard Frédéric et Couscous se retrouvent alors qu’ils ne se sont plus vus depuis cinq ans, ils éprouvent ainsi une certaine gêne avant de se faire la bise, comme un vieux couple qui se serait séparé et qui aurait décidé de reprendre sa grande histoire d’amour là où il l’avait laissée.



Deux belles têtes de vainqueurs (Jean-Paul Rouve et Benoît Poelvoorde)

« Podium » s’accompagne d’une très chouette BO autour de laquelle le film s’articule bien. Le réalisateur nous fait par exemple écouter « La Californie » de Julien Clerc au moment où Bernard Frédéric rentre à son domicile, un pavillon témoin nommé « Villa California ». Le film a le mérite de donner l’envie de connaître d’avantage cette musique aux jeunes nés après cette période. Quant à la performance de Poelvoorde, elle est non seulement hallucinante au niveau de la danse mais aussi et surtout au niveau du chant, tant sa voix est proche de celle de Claude François. Tout est très soigné au niveau de la réalisation et les images d’époque sont bien intégrées à l’ensemble, ce qui permet une comparaison constante entre Claude François et Bernard Frédéric, entre le « vrai » et le sosie. Benoît Poelvoorde nous gratifie avec « Podium » de son premier « je t’aime » au cinéma. Touchant, il l’est tout au long du film, avec en point d’orgue son interprétation de « Ma préférence » de Julien Clerc, chanson qu’il a chantée « avec ses tripes » comme il le dit lui-même.



Poelvoorde est émouvant quand il chante Julien Clerc

On voit clairement la touche belge de Poelvoorde dans le film avec les « envie de frites », « seau de frites » et autres « spéculoos » ou encore avec l’expression typiquement belge « elle est chaude comme une baraque à frites. » Comme dans la plupart des films dans lesquels il a joué, Poelvoorde lâche ainsi pas mal de répliques truculentes. Je ne résiste pas à l’envie d’en retranscrire quelques autres ici, histoire de vous donner l’eau à la bouche si vous n’avez pas encore vu ce film…

« Claude François, c’est de l’émotion… Claude François, c’est de la poésie… Voilà ce que c’est Claude. » Et quand un journaliste a le malheur de répondre à Bernard Frédéric que la poésie, c’est plutôt Brassens, il s’insurge : « Qu’est-ce tu m’emmerdes avec Brassens, toi ? L’autre moustache qui fait rimer couille avec nouille ?! ».

« Un cœur qui bat, un nez qui flaire, une décision qui tombe : c’est Bernard Frédéric. Vous apprendrez à me connaître. »
« Elle a les yeux qui crient braguette. »
« On va pas en chier une pendule. »

Bons films !

Jean-Phi

jeanphi111@yahoo.com


     


Photos & reportage : Jean-Phi
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28 février 2004
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