cinéma par Jean-Phi

Le retour en force du cinéma russe


Le retour en force du cinéma russe

J’avais intitulé mon dernier article « Qui trop embrasse mal étreint »…
J’ai pu vérifier combien cette expression était vraie. Plutôt que de mal étreindre en vous parlant d’un film chaque semaine comme je comptais le faire au départ, je préfère me limiter à écrire pour le moment un article ou deux par mois. Cette fois, c’est le film russe « Le retour » (« Vosvrascenie »), premier long-métrage et premier coup de maître de Andrei Zviaguintsev, que j’ai choisi de vous commenter. Vous pourrez déjà vous le procurer en DVD le 5 mai.



Une superbe photo pour un film qui ne l’est pas moins © Océan Films

En 2003, « Le Retour » obtenait de façon ô combien méritée le Lion d'Or de la 60e Mostra de Venise. Ce film fort raconte le retour d’un père que ses deux fils n’ont plus vu depuis plus de dix ans. A trois, ils effectueront un voyage d’une semaine à la fois difficile et tragique, qui laissera le spectateur bouche bée. Très vite, celui-ci sera tenté de se poser en défenseur des deux enfants, adoptant leur vision d’un père tyrannique qui, de surcroît, est presque un inconnu pour eux. Comment accepter en effet cette autorité qui n’est, à premier abord, en rien légitime ? Puisque ce père ne donne pas de sens à ses actions, à ses sanctions, c’est au spectateur qu’il incombera d’en donner tout au long du film. Une des forces du film de Zviaguintsev est d’ouvrir la réflexion sans donner de réponse toute faite au spectateur. Il le tient en haleine car il est rempli de mystères et donne par conséquent envie de savoir comment les choses vont évoluer. Ces zones d’ombre laissent place à l’imagination.



Ivan (Ivan Dobronrarov) et Andreï (Vladimir Garine) ne comprennent pas l’attitude de leur père © Océan Films

Le film se termine comme il avait commencé avec une vision symbolique forte. Il a le mérite de nous faire nous interroger sur notre rapport à l’autorité paternelle et sur notre rapport à l’autorité au sens large. Si les dialogues sont rares, ils n’en sont pas moins lourds de signification. Quant à la photo, elle est superbe tant les lacs et les forêts du Nord de la Russie dans lesquels évoluent les personnages contribuent à l’atmosphère du film. Le jeu des acteurs est lui aussi excellent avec une mention spéciale pour Ivan Dobronrarov, qui incarne le plus jeune des deux frères. On ne verra malheureusement plus Vladimir Garine sur les écrans : il est mort accidentellement juste avant la présentation du film.


Un face-à-face entre deux frères en quête de vérité © Océan Films

     

 

Bons films !

Jean-Phi

jeanphi111@yahoo.com


     


Photos & reportage : Jean-Phi
jeanphi111@yahoo.com
26 février 2004
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