Un élevage PIQUANT mais savoureux : L'APICULTURE

ETUDE DES ABEILLES : LA COLONIE.
L'abeille est un insecte du genre "apis", subdivision des "apides sociales", appartenant à l'ordre des "hyménoptères".
Les caractères généraux des apides sociales sont les suivants :
Ces insectes vivent en "familles" ou "colonies" comprenant trois catégories d'individus :
1. une "femelle fécondée", appelée "mère" ou "reine"
2. un certain nombre de "mâles" ou "faux bourdons", mais seulement pendant la période active des travaux
3. un effectif variable d'"ouvrières" ou "neutres" qui, en réalité, sont des femelles avortées.
Dans une colonie bien constituée, il ne doit y avoir qu'une seule femelle. Celle-ci pond des oeufs, fécondés ou non, susceptibles de fournir, suivant les besoins, des femelles, des mâles, mais seulement pendant la belle saison. Les colonies surpeuplées de faux bourdons, ou plutôt celles qui les conservent en hiver sont dites "bourdonneuses". Elles sont appelées à disparaître si on ne vient pas à leur secours.
Le gros de la population est représenté par les ouvrières, dont le nombre varie entre 10 000 et 100 000, plus ou moins suivant la saison considérée et la force des colonies. Dans une même ruche, c'est toujours aux approches des miellées que l'effectif est le plus élevé.
Sachant qu'il y a environ 10 000 abeilles au kilogramme, on peut connaître la population d'une colonie en la pesant à l'état nu, c'est-à-dire sous la forme d'un "essaim".

FONCTIONS PHYSIOLOGIQUES ET SOCIALES.
Contrairement à ce que l'on croit, la "mère" est plutôt une esclave qu'une reine. En tout cas, ce n'est pas elle qui dirige la collectivité abeillère. En réalité, elle obéit à un gouvernement occulte : elle active, ralentit ou même arrête entièrement sa ponte, son unique fonction, d'après les circonstances et les nécessités comme si elle recevait des ordres.
La quantité d'oeufs pondus journellement, en vingt-quatre heures, peut varier entre zéro et cinq mille. C'est aux approches des miellées que la ponte est la plus active. Au coeur de l'hiver elle est généralement suspendue.
On doit savoir qu'une femelle peut pondre deux sortes d'oeufs :
1. Des oeufs fécondés qui, une fois éclos, peuvent donner naissance, suivant le genre de nourriture distribué aux larves, soit à des mères, soit à des ouvrières
2. Des oeufs non fécondés qui ne peuvent donner que des mâles (phénomène de la parthénogénèse).
Les ouvrières sont la partie agissante et directrice de la population. C'est de leur groupe que semble émaner l'autorité par le fonctionnement d'une forme idéale de gouvernement dont nous n'avons pu pénétrer le mécanisme, mais qui a atteint la limite de sa perfectibilité.
La distribution du travail à la ruche est merveilleuse. On ne discute pas les ordres qui émanent de la collectivité consciente, au sein de laquelle on ne tolère point de parasites.
Une ouvrière, qui met vingt et un jours pour éclore, s'occupe d'abord, au sortir de son berceau, de l'élevage de ses plus jeunes soeurs. Elle va ensuite en commission, pas trop loin, pour rapporter de l'eau et du pollen des fleurs. Une fois en pleine force, l'abeille devient "butineuse", elle s'acquitte alors de la mission pénible d'aller recueillir le nectar situé au fond des corolles. Mais les ailes s'usent vite à ce genre de travail. Devenue vieille, l'abeille ne sort plus, elle s'occupe dans le magasin au rangement du miel, à l'élevage des jeunes.
Un peu avant sa mort, qui survient au bout de quarante-cinq à cinquante jours d'intense travail, l'ouvrière utilise la dernière parcelle de vie qui lui reste pour aller mourir au loin, afin que son cadavre ne cause pas le moindre ennui à la collectivité.
Les mâles assurent la fécondation des femelles, qui a lieu en plein air et une fois seulement pour toute la durée de l'existence de la même mère (vol nuptial). La longévité des mères étant de trois à quatre ans en moyenne, les fécondations sont peu fréquentes, sauf dans les colonies qui se multiplient par "essaimage".
Durant les journées chaudes, les faux bourdons vont se promener. Le matin ils restent tardivement à la ruche, pour l'entretien de la chaleur d'élevage, pendant que les butineuses partent à la picorée.
(SUITE dans le deuxième numéro de AM BIO du mois de juin).

COMMENT FAIRE SES DEBUTS EN APICULTURE ?

Par achat de ruches à la fin de l'hiver, c'est le meilleur moyen et le plus sûr ! Si l'on trouve à acheter des ruches à la fin de l'hiver, et si l'on peut s'assurer qu'elles ont bien passé l'hiver, il est alors avantageux de faire leur acquisition en cette saison; les colonies que l'on achète au premier printemps devront remplir à la fois les conditions suivantes :
1. Etre bien peuplées d'abeilles
2. Etre suffisamment pourvues de miel pour atteindre la grande récolte
3. Avoir passé la saison d'hiver

 

 

1. On pourra reconnaître que les ruches sont bien peuplées en examinant pendant quelque temps l'entrée des ruches par une belle journée où les abeilles sont très actives. Les colonies qui montrent à l'entrée le plus grand nombre d'ouvrières sortant et rentrant sont les plus populeuses.
2. On jugera de la provision de miel par le poids comme précédemment. Il faudra que le contenu de la ruche soit au moins de 10 kilogrammes, déduction faite du poids de la ruche, ce qui fait que dans la plupart des cas, la ruche garnie doit peser 13 à 16 kilogrammes.
On regardera en même temps, en écartant les rayons, et avec l'aide du vendeur, s'il y a du couvain en masse compacte dans des cellules d'ouvrières des rayons du milieu, ce qui est une bonne condition. Si la ruche ne renferme que du couvain de mâles soit dans les grandes cellules, soit dans les petites cellules à couvercles très bombés, c'est que la ruche est désorganisée; il faut se garder de l'acheter.
Lorsque l'on achète les ruches au printemps, on doit les prendre à plus de deux kilomètres de l'endroit où on veut les mettre; car si on les prenait trop près, un certain nombre d'abeilles retourneraient par habitude à leur ancienne place et seraient perdues pour l'acheteur.

CHOISIR L'EMPLACEMENT DES RUCHES
Une fois les ruches achetées dans les conditions que nous venons de dire, soit à l'automne soit au printemps, avant de les transporter à l'endroit où elles doivent être placées, il faut tout disposer pour les recevoir.
Et d'abord, il faut choisir dans la propriété le meilleur emplacement.
Nous supposons que le débutant commence son exploitation avec trois ou quatre ruches; ce nombre est suffisant pour étudier le maniement des abeilles et il serait imprudent pour un novice de débuter avec un trop grand nombre de ruches.
Si cela est possible, il sera bon de placer les ruches dans les conditions suivantes :
1. Pas trop près les unes des autres
2. A l'abri des vents
3. A l'ombre
4. Loin d'une grande étendue d'eau.

1. Lors de la sortie d'une jeune mère, il est de la plus haute importance que celle-ci fécondée, ne se trompe pas de ruche en rentrant, sans quoi la ruche pourrait devenir orpheline. Or, la jeune mère aura beaucoup moins de chance de confondre entre elles les colonies si celles-ci ne sont pas trop près les unes des autres. En outre, les ouvrières, dans leurs sorties habituelles, retrouveront plus facilement leur ruche.
Donc, contrairement à ce que l'on voit d'habitude, il est bon d'éloigner autant que possible les ruches les unes des autres de quelques mètres, et si l'on ne peut les éloigner autant, il faut éviter de les disposer en lignes trop régulières.

2. Nous avons vu que les abeilles rentrent fatiguées de la récolte; au moment où presque épuisées elles arrivent près de leur demeure, le vent peut les abattre et par les temps froids, elles peuvent ne plus se relever. On mettra donc les ruches, grâce à un bâtiment, un mur ou des arbres, à l'abri des vents qui dominent dans le pays.

3. Par les grandes chaleurs, il peut arriver que la cire des rayons se ramollisse et que les rayons s'affaissent. Lorsque ce sera possible, il vaudra donc mieux installer les colonies à l'ombre qu'en plein soleil.
Les colonies se trouveront bien d'être à l'ombre des arbres et même, si c'est possible, dans un bois, ce qui est en définitive leur station naturelle, à condition que ce soit près de la lisière du bois.

4. Il faut éviter, si l'on peut, le voisinage immédiat d'une grande rivière ou d'un lac, car les abeilles sont gênées dans leur trajet par une grande étendue d'eau et le vent peut les y noyer.

PREVOIR LE SUPPORT DES RUCHES.
Pour éviter l'humidité, il faut que les ruches soient placées à une certaine hauteur au-dessus du sol; il est donc nécessaire de disposer d'avance, sur des supports, les plateaux qui doivent recevoir les ruches . Les supports pourront être en briques, en pierre ou mieux, en bois.
Les supports ou tabourets doivent être placés de telle façon que l'on puisse circuler librement autour de la ruche.

ABREUVOIR.
Nous avons vu que les abeilles doivent nécessairement récolter de l'eau pour délayer le miel ou préparer la nourriture des larves; si elles n'en trouvent pas à proximité dans les ruisselets, dans les fossés ou dans de petites mares, il est utile d'établir un abreuvoir pour les abeilles. Cet abreuvoir se composera, par exemple, d'un baquet ou d'un fond de tonneau dans lequel on entretiendra de l'eau et où l'on fera flotter des morceaux de bois ou des bouchons afin que les abeilles puissent s'y poser en prenant de l'eau.

Conclusion
Voilà que vous connaissez le minimum afin de pouvoir installer vos premières ruches.
Achetez donc dès maintenant votre tenue anti-piqures ... pour débuter, il vaut mieux se protéger et ... bonne chance !


Edgard Flandre, ancien agrobiologiste et ancien président des agrobiologistes belges