Fermiers, changez de cap, tournez-vous vers l'agriculture biologique.

Le passage des méthodes classiques basées sur les engrais et les traitements chimiques, aux méthodes biologiques est une période capitale mais délicate. Il faut en effet veiller à ce que la conversion n'entraîne pas le péril de l'exploitation. Cela est possible si cette conversion est pratiquée avec une technique bien au point.
La rapidité de la conversion est fonction de la situation de départ de l'entreprise.

ANALYSE DE LA SITUATION DE DEPART
Certains doivent être examinés pour connaître la situation de l'exploitation et l'état biologique du sol.

Analyse chimique et biologique du sol. comprenant :
- une analyse chimique complète portant sur les éléments majeurs et les principaux oligo-éléments
- une analyse biologique montrant le niveau d'activité biologique du sol.
- une recherche des résidus des pesticides.

Cultures pratiquées et méthodes culturales employées pendant les 10 dernières années.
Cette étude et celle de la fertilisation et des rotations apporteront des renseignements complémentaires à l'étude précédente sur les déséquilibres éventuels du sol.

 

MODIFICATIONS A APPORTER AUX CULTURES ET AUX ROTATIONS.

Les rotations devront se conformer aux principes de l'agriculture biologique. Certaines cultures devront être introduites, d'autres devront être supprimées.

CULTURES NOUVELLES À INTRODUIRE

des légumineuses annuelles :
- légumineuses fourragères : trèfle, luzerne, vesces ... avec des graminées
- légumineuses à graines pour la production de semences (trèfle, luzerne) ou pour la consommation (pois, ...)

des prairies temporaires
à flore variée, meilleur moyen pour améliorer un sol

des cultures sarclées
comme cultures nettoyantes

CULTURES À SUPPRIMER OU À RÉDUIRE :

- le maïs qui laisse le sol à nu longtemps et l'épuise
- les betteraves sucrières dans les sols à structure instable surtout.
Les techniques d'arrachage modernes peuvent détruire en quelques jours la structure du sol.

LA FERTILISATION EN PERIODE DE CONVERSION QUELQUES PRINCIPES A RETENIR :

- Tous les engrais chimiques doivent être supprimés dès la première année.
Le Nitrate de Soude du Chili (engrais azoté minéral naturel) peut être utilisé dans certains cas.
En principe, cet engrais ne peut être utilisé en agriculture biologique car il apporte l'azote sous la forme nitrique, trop rapidement assimilable par les plantes. Cependant dans les sols pauvres en humus, cet engrais peut fournir une transition entre la fertilisation chimique et la fertilisation biologique.
Les apports devront être modérés : ils ne pourront pas dépasser 300 à 400 kg par hectare.

- Une fumure minérale de redressement devra être faite chaque année afin de corriger :
1. les carences existant naturellement dans le sol
2. les déséquilibres provoqués par des fumures minérales précédentes;
Exemples de déséquilibres de sols cultivés "en chimie";
- excès de potasse, de phosphore
- carence en magnésium et oligo-éléments
On devra faire des apports très importants de :
- fertilisants riches en magnésium : dolomies, silicate de magnésie naturel, roches primaires, lithothamme
- fertilisants riches en oligo-éléments : roches primaires, lithothamme, et scories de déphosphoration (dans certains cas).
- phosphates et éventuellement potasse naturelle (Pathentkali).

On pourra apporter des doses relativement importantes la première année de fertilisants naturels riches en oligo-éléments et en magnésium.
On sera plus prudent dans les apports de lithothamme, pour éviter un excès de calcaire actif et le blocage de certains oligo-éléments.

On répétera cette fumure de redressement en diminuant la dose la deuxième année.

- On pratiquera une fumure organique prudente pour éviter une suralimentation du sol.
Si l'on dispose d'un compost bien décomposé (compost mûr, presque à l'état de terreau), on pourra apporter des quantités pratiquement illimitées sans aucun risque. Un tel compost est en effet constitué de matières organiques prédigérées, favorables au développement des plantes.
Par contre, une matière organique est toxique pour les racines et ne peut être transformée en humus que si le sol a une bonne activité biologique.
Avec un compost partiellement décomposé, on pourra faire des apports plus importants qu'avec du fumier frais, mais sans dépasser 30 à 40 tonnes à l'hectare.

LA CHRONOLOGIE DE LA CONVERSION

Principes généraux :

1. Procéder par étapes : la reconversion doit être progressive;
on convertira chaque année une nouvelle parcelle.
La rapidité de la conversion dépend de la structure de l'exploitation et de l'état de la fertilité des sols.

2. La progression devra être plus lente si la situation de départ est mauvaise c'est-à-dire que
- l'exploitation possède moins de bétail
- les sols ont été plus maltraités par des produits chimiques

3. Les prairies seront les premières mises en biologie, ce qui permettra d'améliorer la santé du bétail et de maintenir ou augmenter la production d'herbes.

4. On commencera la conversion de chaque parcelle par une prairie temporaire ou une légumineuse annuelle, ce qui supprime les risques de chute de rendement.

LA DUREE DE LA CONVERSION

1. Combien de temps après le début de la conversion une terre peut-elle être considérée comme biologique ?

Il faut au minimum 5 ans pour qu'un sol atteigne un niveau de fertilité proche de l'optimum.
Dans le cas le plus favorable, le sol peut dès la deuxième année de reconversion être suffisamment fertile et équilibré pour donner des produits de qualité satisfaisante.

Par cas favorables, il faut parler de sols :
- n'ayant reçu que des apports modérés d'engrais
- n'ayant pas reçu d'apports de pesticides rémanents
- ayant une bonne teneur en humus et une bonne activité biologique.

Dans les cas les plus défavorables, il faut plusieurs années avant que les sols reconvertis puissent donner des produits ayant droit à l'appellation "biologique".

2. Quelle proportion de l'exploitation peut-on convertir chaque année ?

Premier cas :
Exploitation avec élevage prédominant, ayant 50% de la surface en rotation consacrée à des cultures fourragères ou à des prairies temporaires.
On pourra convertir dès la première année :
- la totalité des prairies permanentes et temporaires
- les cultures annuelles sur défriche de prairie temporaire, ou sur légumineuse fourragère.
La conversion de la totalité pourra être effectuée sur 2 ou 3 ans.
On pourra, même si le sol a une bonne activité biologique, convertir la totalité de l'exploitation dès la première année.

Deuxième cas :
Exploitation de polyculture ayant environ 1/3 de la surface en rotation consacrée à des prairies temporaires ou à des cultures fourragères.
La conversion durera le temps nécessaire pour que toutes les parcelles de l'exploitation aient reçu une culture de légumineuses ou de fourrage à base de légumineuse, c'est-à-dire, 3 ou 4 ans.

PEUT-ON FAIRE DE L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE SANS BETAIL ?

Dans une exploitation, la présence de bétail comporte deux avantages :
- le fumier est un fertilisant d'une valeur exceptionnelle, qu'il est difficile de remplacer par d'autres fertilisants.
- les cultures fourragères à base de légumineuses, et surtout les prairies temporaires incluses dans l'assolement, constituent le moyen idéal d'améliorer la fertilité du sol.

Pour faire de l'agriculture biologique sans bétail, il faut trouver des "succédanés" pour ces deux outils de base dont l'agriculteur dispose normalement pour améliorer son sol.

PAR QUOI REMPLACER LE FUMIER ?

L'agriculteur dispose de divers produits de remplacement :
fumier acheté, fumier en poudre, compost du commerce, engrais organiques, ...

L'achat du fumier
Solution la plus simple mais présente des inconvénients :
- elle est onéreuse
- elle n'est pas toujours sûre de la qualité du fumier acheté.

La pratique systématique des engrais verts associée à l'apport d'engrais organiques d'origine animale est la seule manière économique et rationnelle d'apporter une fertilisation organique lorsqu'on ne dispose pas de fumier.

PAR QUOI REMPLACER LA PRAIRIE TEMPORAIRE ET LES LEGUMINEUSES ANNUELLES ?

L'agriculteur doit introduire de façon impérative des légumineuses annuelles et si possible pluriannuelles dans sa rotation.
Il devra broyer sur place une coupe de temps à autre ou pratiquer tous les 3 ou 4 ans une culture de légumineuses dont toutes les coupes seront broyées et laissées sur place afin d'enrichir le sol.

Une telle méthode est coûteuse, elle n'est envisageable que si on pratique des cultures suffisamment rémunératrices.

Il est donc possible de faire de l'agriculture biologique sans bétail mais cela impose des contraintes très strictes dans l'assolement et la fertilisation. Il importe dans chaque cas, de déterminer si ces contraintes sont compatibles avec les exigences comptables de l'exploitation.

Pourquoi continuer à chercher autre part une solution à tous vos problèmes , ...
RECONVERTISSEZ-VOUS !




Edgard Flandre, ancien agrobiologiste et ancien président des agrobiologistes belges