David Pirotte
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David Pirotte
En quelques années, il découvre plusieurs générations et est profondément marqué par le travail entre autres de Robert Combas (France, 1957), Anselm Kiefer (Allemagne, 1945) ou Fred Bervoets (Belgique, 1942).

Bien qu’indépendants, ces artistes s’inscrivent tous dans un mouvement de retour à la figuration en réaction à la froideur des abstraits et des conceptuels. Ils produisent principalement des œuvres de grand format où une matière épaisse et des couleurs agressives sont posées avec brutalité. Cet investissement physique, qui doit beaucoup à l’abstraction lyrique des années cinquante, s’accompagne par ailleurs d’une forte implication morale. En puisant dans leur histoire personnelle et collective, ils posent un constat sur le monde dans lequel ils vivent. Ainsi, chez les Allemands nés dans les années quarante, on constate par exemple un fort sentiment de culpabilité.

Le ferment créatif de David Pirotte s’inscrit quant à lui dans la société de surproduction et de surinformation vilipendée par les punks. Enfant des golden sixties, il continue cependant à osciller entre cliché hollywoodien de la prospérité et désenchantement des années de crise du no future puis de la génération x. En 1992, nous relatant son Souvenir de l’Amérique - qu’il a visitée en 1991 - le peintre propose une vision apparemment naïve, tenant à la fois de New York et de la Californie, dans laquelle des couleurs acidulées ondoient doucement au rythme des vagues. Dans ce monde onirique à la limite du kitsch - starlette en bikini et palmier, rock star et gratte-ciel - l’angoisse surgit cependant d’un monstre bicéphale ou d’une Statue de la Liberté hallucinée très proche du catcheur.

Le rêve américain de David Pirotte se nourrit également de ses aspects les plus sombres. On ne s’étonnera donc pas que Jean-Michel Basquiat (1960-1988), peintre majeur de l’underground des années quatre-vingt, figure à son panthéon. Autodidacte, il s’exprime d’abord par des graffitis mêlant poésie et revendication sociale avant de devenir la mascotte des galeries d’avant-garde qui l’érigent en pape de la bad painting. Critiquant la notion de « bon goût », ce mouvement réhabilite l’instinct, la provocation et l’utilisation de supports non conventionnels.Underground et notoriété

Dans les œuvres de la deuxième moitié des années nonante, la composition de David Pirotte est volontiers chargée, les figures cernées d’un trait épais s’animent par leur dislocation ou l’exagération de certains traits comme des yeux exorbités ou des mâchoires crispées, mais également par le contraste de couleurs pures. Souvent précédées par des croquis dont elles reprennent l’essence, ces peintures, réalisées très rapidement et le plus souvent en séries, constituent décharge émotionnelle des pulsions de l’artiste. Puisés dans le quotidien d’expériences extrêmes, les sujets conjuguent violence, sexe et drogue. Mais il faut s’éloigner d’une interprétation purement autobiographique ou anecdotique, le peintre est un conteur qui mêle observation et fantasmes. Au-delà de visions terrifiantes, de nombreux portraits féminins sont tout simplement des déclarations d’amour.

Chantre de l’underground, David Pirotte n’éprouve cependant pas de malaise face à la commercialisation de son art. En 1995, il participe ainsi à la Foire internationale du vêtement à Cologne pour promouvoir une marque de jeans au même titre qu’un DJ house. Jouer avec son image est un héritage d’Andy Warhol.


Keith Haring, avec ses silhouettes denses et schématiques imprégnées de primitivisme, est également une riche source d’inspiration. A moindre échelle, David Pirotte crée également quelques T-shirts et se livre à des expériences de body painting. En 1993, sa performance à la galerie Léos à Liège est un spectacle hallucinant où les corps peints et masqués se convulsent et hurlent sous la direction d’un transsexuel. Encore Eros et Thanatos.

Toutefois, même si elle se nourrit de nombreuses influences, la démarche de David Pirotte n’est jamais obséquieuse. Ainsi, en 2001, lors de l’exposition Hommages/outrages à Picasso organisée par Lino Polegato en marge de celle de la Salle Saint-Georges, il est un des rares artistes à oser se coltiner au mythe. Évitant tant la copie révérencieuse que le pastiche, il intègre simplement quelques figures emblématiques de l’œuvre de Picasso à une composition qui reste très personnelle, alors qu’Alain Delaunois souligne la même rage, la même énergie chez les deux peintres.1Une symbolique en phase avec l'actualité

 

L’année 2001 marque par ailleurs un renouvellement des thèmes, notamment grâce à une série sur Syd Barret, monstre sacré de Pink Floyd. Fasciné par la vie du musicien, son ascension et son déclin, David Pirotte approfondit sa connaissance et apprivoise son obsession dans de petits portraits au cadre serré légendés en français.

 

 


sex drug's and mona lisa


mona lisa revue et corrigée

Encouragé à s’intéresser à la situation politique de l’été, l’artiste suit attentivement les événements de Gênes. Il illustre notamment le G 8 par la représentation d’un manifestant lançant un extincteur, tâche rouge qui focalise l’attention dans un dessin plus classique.
Mais, en raison de sa charge symbolique et médiatique, l’attentat contre le World Trade Center vient véritablement bouleverser le quotidien de David Pirotte. Gavé d’informations et d’images, le plasticien est obligé de réagir avec le langage qui lui est propre. Alors que ses carnets de croquis se remplissent de dessins dérivés de photographies de presse, la toile de grand format est le lieu de la synthèse.

De peinture en peinture, on rebondit ainsi d’une région du globe à une autre, la violence et l’angoisse qu’elle engendre ne faisant que croître. Aux combinaisons des pompiers fouillant les décombres, répondent l’entrave vestimentaire des Afghanes et un caisson à oxygène, seule possibilité de survie dans un futur apocalyptique rongé par la guerre bactériologique. En fait, comme dans son travail antérieur, on navigue entre réalité crue et fantasmes cauchemardesques.

Mais si on retrouve cette tension entre réalité et fiction, entre témoignage et imagination, la forme ne cesse d’évoluer, de se dégager de ses modèles. Suivant une tendance déjà amorcée dans ses œuvres récentes, le foisonnement des éléments fait place à une composition plus épurée avec une palette de couleurs limitée. Les corps quant à eux sont à peine déformés, comme dans ce portrait du commandant Masud en pleine prière se détachant sur un fond quadrillé rouge sang. Cette figure de plus en plus populaire trouve un étonnant pendant féminin en la personne de Madonna, incarnation de la business woman. Armée d’un micro, elle chante Who’s that girl ? en interpellant les femmes dissimulées par leur burqa qui partagent la même toile, ces femmes qui ont perdu leur droit de parole et dont le champ de vision est fortement restreint par un grillage qui vient structurer plusieurs peintures de la série.
D’autres œuvres étonnent par leur grande économie de moyens ; les frappes « chirurgicales » sur Kaboul sont par exemple schématisées par des croix oranges rappelant le sigle des produits inflammables. Fidèle à une tradition relativement récente qui lui permet d’esquiver le problème de l’attribution des titres, David Pirotte a pris l’habitude d’intégrer du texte à ses toiles. Ici, à son anglais souvent hésitant, il n’hésite pas à ajouter quelques mots d’italien. Ou même, de manière audacieuse, à calligraphier dans un arabe complètement imaginaire une lettre de menace de Ben Laden adressée au président Georges W. Bush.

Par cet ensemble graphiquement très abouti, le peintre met en place des idées fortes par le biais d’une symbolique élémentaire. Cela lui permet probablement d’être accessible à un public plus vaste puisque la thématique est décryptable par un grand nombre et que la violence des faits estompe parfois celle du trait. D’aucuns lui reprochent déjà une certaine démagogie, comme si le choix du sujet pouvait être mercantile alors qu’il est inévitable qu’il s’impose à un artiste pour qui les États-Unis représenteront toujours, et de manière inextricable, un rêve d’enfant et une incarnation du cauchemar.

Peu importe, le peintre est déjà en quête d’autres horizons.
Julie Hanique,
Historienne d'art

 

Expositions :
Exposition collective S.I.P.S., Liège, 1986

Exposition collective C.R.E.A.H.M., Liège, 1987
Exposition collective Parc Hutte, Liège,1987

Exposition collective C.R.E.A.H.M., Liège, 1988
Exposition collective Château de Sedan, France, 1988

Galerie F.A.H., Maastricht, Hollande, 1989
Galerie Art Wall, New-York, USA, 1989
Expo personnelle Maison des Artistes, Liège, 1989

Court-métrage d’Antoine Demant, 1992
Exposition collective au Moderne, Liège, 1992
Galerie Serpentaire, Dakar , Sénégal 1992
Exposition collective Jean-Paul Delaye Art Gallery, Liège,
1992

Galerie Léos animée d’une performance de «Body Painting», Liège, 1993
Galerie Espace Flux, Liège, 1993
Galerie Spirale, Liège,1993
Exposition collective Galerie F.A.H., Maastricht, Hollande,
1993

Jean-Paul Delaye Art Gallery, Liège, 1994

Travail vidéo, émission « Z àZ », RTC Liège,
Tapis Beausol, ancienne galerie Brachot, Bruxelles,
1995
Foire Internationale du jeans, « Rifle » Cologne, Allemagne,1995
Galerie Léos, Liège,1995

Galerie la Mostée, Huy, 1996,
Exposition « Carte blanche » à >Willy Lesur, 1996
Exposition collective, cinéma « le Parc » Liège, 1996
Itinéraires d’artistes, journée du patrimoine, Liège,
1996
Exposition collective Galerie d’Art Contemporain, Visé, 1996
Exposition collective Maison de la poésie, Amay, 1996
Exposition collective Centre René Binet, Paris, France, 1996

Exposition collective MAMAC, Parc de la Boverie, Liège, 1997
Galerie Prince Condé, Spa, 1997
Jean-Paul Delaye Art Gallery,Liège, 1997

 

 

Exposition collective CREAHM, Liège, 1998
Exposition collective Churchill, Liège, 1998
Exposition animée d’une performance de « Body painting »

Cirque Divers, Liège, 1999
Exposition collective au Musée d’Art Wallon, Liège, 1999
Exposition collective chez « Trace », Liège, 1999
Exposition « ante-millénium » Galerie Muzart, Anvers, 1999

Exposition « post-millénium » Galerie Otus, Anvers,2000
Exposition Galerie Muzart, Anvers, 2000
Exposition collective chez Campo-Campo, Anvers,
2000
Exposition collective organisée par Antaki, Bruxelles,
2000
Exposition collective, Engreux, 2000
Exposition collective , Saint-Amand les Eaux, France,
2000

Exposition Caserne Fonck « Hommage à Picasso »,
Liège, 2001
Exposition collective « Hommage Outrage Picasso »
Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC), Parc de la Boverie, Liège, 2001
Exposition collective « Hommage Outrage Picasso » avec Jacques Charlier chez Flux (Polegato), Liège, 2001
Expo collective d’Art Contemporain au Musée St-Georges, Liège, 2001
Dépôt de trois œuvres pour la Collection permanente du Musée du Parc de la Boverie, Liège, 2001
Exposition collective CREAHM, Liège, 2001
Exposition collective Spa pour la saison 2001
Galerie Prince de Condé, Spa, 2001
Expo personnelle chez Sébastien Uhoda, Galerie l’Ombra, Liège, 2001

Exposition collective à l’Ombra, (Uhoda), Liège, 2002
Linéart, Michel Hanon, Gand, 2002
Linéart, Bragardo O., Gand,

Foire d’Art Contemporain, Strasbourg, 2003

Exposition collective au Musée St-Georges à l’occasion d’un hommage à Christophe Vangor, Liège, 2004
Exposition personnelle Galerie 13, Xhoris, 2004
Collection publique
Musée MAMAC (Art Moderne) Parc de la Boverie,Liège,
2004
Banque Nationale de Bruxelles
S.N.C.B. Liège


Photos & reportage : vendredi 9 septembre 2005 Obtenir une photo originale
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