MARBEHAN

Exposition NOVERA


 

Un parfum de nostalgie plane à Marbehan : petit village proche d'Arlon. Le centre d'animation, le CAP, organise une exposition consacrée à un des fleurons du siècle dernier : les radios NOVERA.

L'histoire de Novera est aussi celle de son fondateur : Georges CLAISSE.

En 1923, alors qu'il termine ses humanités, Georges Claisse a construit son premier récepteur radio sur batterie en s'inspirant de revues anglaises qui innovaient dans le domaine. Anecdote : il place un haut parleur à l'extérieur et diffuse le programme radio en rue. Les passants inquiets d'entendre cette voix sortie de nulle part, changent de trottoir...



A droite : Georges CLAISSE : le fondateur de NOVERA

En 1924, alors âgé de 18 ans, il crée l'entreprise T.S.F. Georges Claisse et engage son premier ouvrier : Ernest Schroeder, lequel restera jusqu'à sa pension. A cette époque, le travail commençait à 7 heures, une pause de 12 à 13 et reprise jusqu'en soirée dans le but de produire un appareil par jour.

Dès 1925, les engagements se sont succédés pour aboutir à un concept industriel dont les usines et laboratoires étaient à Marbehan. Les bureaux de vente étaient avenue Rogier à Bruxelles.
La marque NOVERA (NOUVEauté RAdio) est déposée.

Novera concevait entièrement ses appareils. Tout ou presque était produit à Marbehan. Seuls les cadrans étaient achetés et l'ébénisterie sous-traitée.


A droite Georges Schroeder :
le premier ouvrier engagé.
Il y restera jusqu'à sa pension.


Le travail à la chaîne : à cette époque,
système encore inconnu dans la région.

1924 : un des premiers appareil sur batterie et avec pavillon (haut parleur).

1928 : le design et le soin apporté à l'ébénisterie évoluent.

1932 : le modèle Chapelle fonctionnait sur courant continu

 

Sur le plan économique et en chiffres, Novera compte dès les années 40, sur 800 m² près de 30 ouvriers hors cadres et employés : le plus important employeur de la région.

Au niveau commercial, rien qu'à Bruxelles et en Flandre, on dénombrait plus de 180 distributeurs.

Sur le plan social, Novera se démarquait aussi : les ouvriers devaient travailler 6 jours semaine, à raison de 8 heures par jour. Toutefois, le samedi, sitôt les locaux nettoyés et dépoussiérés, le personnel pouvait prendre congé avec le salaire maintenu complet.

Autre volet social : dès qu'une personne de Marbehan était hospitalisée, client ou pas, Georges Claisse installait gratuitement un appareil récepteur durant le séjour en clinique.

Georges Claisse a aussi été innovateur technique : il a déposé plusieurs brevets : le RADIODYNE : système avec antenne repliable, un électrificateur de clôture,...
Il a aussi été dans les premiers à installer des systèmes de parlophones internes : le TELEFOR


Radiodyne : antenne repliable
(brevet Georges Claisse)

 


1941 : modèle Opéra.

Reflet de la réalité, ce modèle existait en 2 versions : en courant continu ou en courant alternatif. Il est vrai qu'à l'époque l'électricité n'était pas distribuée comme de nos jours.
L'arrivée d'une radio était toujours un événement dans une famille. Il faut juste rappeler que ce modèle opéra, par exemple, coûtait 4.750 francs. Le salaire moyen de l'ouvrier était lui de 1.000 à 1.500 francs...


Le TELEFOR : système de parlophone


Bernard Claisse : fils de Georges Claisse

Cette exposition, c'est aussi une famille qui rend hommage à un père ou à un grand père.
Comme son fils Bernard le précise : "Mon père est décédé trop tôt".
Effectivement, Georges Claisse est décédé en 1963 à l'âge de 57 ans. Certains se demandent toujours de quoi...

Jusqu'à la seconde guerre mondiale, le travail de Georges Claisse a chaque fois débouché sur un succès.
A partir de 1946, on pourrait croire que la malchance ne l'a plus quitté....

Après guerre, il planifie la construction d'une nouvelle usine. Le travail est complètement préparé, mais le jour de la promesse de vente du terrain, le vendeur l'avait vendu à un autre. Au même moment, une erreur au Ministère des finances bloque les réserves financières. Après 9 ans de complications, le dossier est classé sans suite. Durant toute cette décennie, Novera a continué ses activités, mais ne savait pas investir et suivre le marché.

Fin des années 50, Novera Radio n'est plus vraiment dans le coup. Georges Claisse met sur pied un nouveau projet : construire une usine pour produire des télévisions. Une fois encore tout est préparé : plan, étude de rentabilité, accord avec la ville d'Arlon qui en partie soutenait financièrement. Le dernier point était encore le financement d'une partie de l'investissement. Georges Claisse s'est adressé à une banque où son dossier a traîné. Finalement le projet est tombé à l'eau.

En 1960 un terme est mis aux activités de NOVERA Radio. Georges Claisse lance alors une activité de grossiste dans le domaine. En 63 son fils Bernard propose un nouveau projet à son père. Celui-ci lui répond, "oui, mais il faut faire vite". 10 jours plus tard il décédait.

Bernard Claisse a lancé à son tour une entreprise, mais dans le domaine du chauffage.
Aujourd'hui, son fils Serge en est à la tête.

L'envie d'entreprendre : voilà peut être le plus bel héritage...


  Dans son livre :
"LA T.FS.F. ET LE LUXEMBOURG dans les années 30"
l'historienne Marie-Anne Lorge a réservé une large part au profil de Novera Radio

Photos & reportage : Denis Jeanmoye
Décembre 2002
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