STER - FRANCORCHAMPS

Raymond Thomas : "Un portrait, une histoire..."


 

Monsieur  Raymond Thomas a bien voulu  recevoir Ardennes-Magazine chez lui, dans une charmante demeure située un peu à l'écart de l’agitation citadine. Un endroit propice à l'inspiration et l'écriture. Cela vaut le détour.

Ardennes-Magazine. "Monsieur Thomas, avant de rentrer dans le corps même de cet entretien, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?"
Raymond Thomas. " Je suis né ici à Ster-Francorchamps en 1930 et jamais je n'ai quitté cet endroit. Je suis marié et de cette union sont nés quatre enfants et j'ai neuf petits-enfants... Je me suis toujours intéressé au théâtre, à la variété aussi et j'ai d'ailleurs écrit des chansons dont j'ai également composé la musique. Il y a trente-huit ans que je m'occupe de la troupe théâtrale "L'Aurore" où je cumule les fonctions de régisseur et metteur en scène. Je suis pensionné depuis dix ans. Cela me permet de me consacrer à l’écriture. J'en suis à ma cinquième pièce dont la dernière "So les hauteurs Di Cockefagne". Cockefagne est un petit village situé à quelques encablures d'ici"

A.M. " Avant de parler de votre dernière pièce, vous, à titre d’auteur, dans quelle catégorie auriez-vous le penchant de vous ranger. Pour expliciter, vous considérez-vous comme étant dramaturge, avant-gardiste ou tout simplement un chroniqueur ?"
R.T. " Je suis surtout un auteur patoisant, je n'ai jamais écrit en français, mon écriture est uniquement wallonne"
A.M. "Je vais formuler ma question autrement. Au travers de vos pièces, quel est ou quels sont les thèmes que vous privilégiez. Es-ce le côté ironique de la vie, le cynisme de celle-ci, êtes-vous un réaliste, un romantique, en somme comment vivez-vous vos pièces?"

R.T. "Il me semble que vous avez bien situé mon action en tant qu’auteur. J'essaye en effet d'inclure tous les qualificatifs que vous venez d'employer. J'aime bien que le rire soit présent,    c'est tellement important dans la vie, mais je mets en garde. Je ne veux pas du rire bête, j'aime bien aussi mettre du sérieux. Il y a un peu de tout dans mes pièces"
A.M. "Vous décrivez en quelque sorte la vie. Tentez-vous par le biais de vos écrits de passer des messages aux spectateurs et ces derniers sont-ils réceptifs dans le sens que vous l'entendez ?"
R.T. "Je ne cherche pas à délivrer des messages, je ne suis pas là pour le faire, mais il est tout aussi exact qu’au travers de mes pièces, j'attache beaucoup plus d'importance à ce qui est caché qu'aux intentions extérieures. Le paraître ne m’a jamais intéressé, mais en contre-partie c'est "la pensée" qui trouve chez moi un intérêt. Et pour répondre à la seconde partie de votre question, j'ai pu constater, avec plaisir, que le public dans sa grande majorité réagit comme je pouvais le subodorer et, pour l’auteur que je suis, j'avoue en tirer quelques satisfactions"

A.M. "Comment peut naître le sujet d'une pièce ? En précisant la teneur de cette interrogation, je veux vous demander où vous trouvez votre inspiration. Est-ce la vie de tous les jours, une phrase captée par hasard ou alors faites-vous appel à l'imaginaire absolu?"
R.T. "En règle générale, c'est complètement romanesque. D'ailleurs il y a quatre ou cinq ans, j’ai écrit "Sur le plus beau circuit du monde" et je puis vous dire qu'il n’y avait rien de concret, tout n’a été que pure fiction”
A.M. "Si vous le permettez Monsieur Thomas, je voudrais faire un retour en arrière en vous demandant si vous vous considérez comme un auteur dramatique ?"

R.T. (Légère hésitation) "Tout compte fait oui. Je n'aime pas ce qui est, comme c'est la tendance actuelle, l'approximation. J'aime bien qu'il y ait du sérieux dans tout ce que je fais, mais tout en n'oubliant pas d'exploiter le comique car au risque de me répéter, c'est nécessaire, tout en refusant encore une fois, ce rire pour des bêtises n'ayant aucune valeur propre. Il n'y a rien qui me touche de plus que d’entendre rire un public, qui a compris ce qui se passe, ce rire "intelligent" qui sort d’une manière spontanée  c'est le rire du plaisir. Une anecdote à ce sujet, lors d’une pièce jouée, le public a été tellement réceptif que même les acteurs en ont perdu le fil de leur texte."
A.M. "Lorsqu’un auteur tel que vous met sur le papier ses idées, ses esquisses de scènes, ses bribes de dialogue, ne choisit-il pas par avance son public?"
R.T. "Sans doute mais cela me paraît accessoire, même si je dis peut-être. Mais il y a aussi un autre choix, celui des acteurs. En écrivant, je pense déjà qu’un tel est fait pour ce rôle, une telle est faite pour cet autre rôle. Mais au-delà de toutes ces considérations, je pense très honnêtement que c’est à moi à réussir l'alchimie entre le public et mes acteurs"

A.M. "Le monde est sans cesse en effervescence, les modes artistiques changent rapidement. Vous à votre niveau, arrivez-vous à vous situer dans ce monde qui a la bougeotte,  si oui,  à quelle place vous classez-vous?"
R.T. " C’est une question piège... (très longue réflexion) Je ne peux pas répondre à votre question (Encore un temps de réflexion). Quand on voit les pièces actuelles ainsi que les films, je trouve que c’est du n’importe quoi. On se contente de peu, et parfois même moins que du peu. Il n'y a aucune recherche. Pour résumer le fond de ma pensée c'est bébête” 

A.M. "Dites-vous à nos lecteurs qu'en somme pour vous, la valeur artistique, la recherche de l'originalité a laissé place à l’argent ?"
R.T. " C'est certain. Pour ma part, même si je touche des droits d'auteur, j'avoue que je n'écris pas pour de l'argent. Non j'éprouve trop de plaisir à faire ce que je fais et à mes yeux c'est le plus important. A.M.  Toutefois avant de conclure ce reportage, présentez-nous "So les hauteurs di Cockefagne"
R.T. " C'est difficile ce que vous me demandez, si j'en dis trop c'est..."
A.M. "Alors dans ce cas, sans parler du déroulement, donnez-nous le thème que vous développez"
R.T. "Oui c’est plus facile  ainsi. Disons que c’est l'histoire d’un héritage à partager entre trois neveux dont l'oncle vient de décéder et qui attendent l'ouverture du testament.”
A.M. "Monsieur Thomas, merci d'avoir voulu vous raconter"

Pour conclure , la pièce "So les hauteurs Di Cockefagne" est une parfaite réussite où l'auteur très habilement, a su mélanger le rire, le suspense et l'intrigue. A ne manquer sous aucun prétexte.


Photos & reportage : Jean Sanchis décembre 2001 Obtenir une photo originale
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