Il est pratiquement 17 heures le dimanche 26 mars
lorsque François Pirette nous fait le plaisir de nous
accorder une interview dans la loge que le WEX de Marche-en-Famenne
lui a réservée. Son dernier one-man show, «
Couleur charbon », nous fait découvrir certains
personnages (un père survolté dans un parc dattractions
bien connu, une Justine Henin qui na pas sa langue en
poche et un professeur remplaçant très
vert
notamment) et redécouvrir dautres avec un plaisir
intact (la ménagère et le fameux Amédée).
En tout, Pirette nous a fait rire, beaucoup, réfléchir,
souvent, pendant près de 2 h 40.
Entretien.
Comment vous sentez-vous, trois quarts d'heure
avant votre montée sur scène ici à Marche
?
François Pirette
On va commencer avec une demi-heure de retard pour des
soucis de confort pour le public. Je me sens un peu mieux depuis
quelques minutes parce que c'est une salle qui n'est pas conçue
pour le spectacle au départ donc on en assume les conséquences.
Il n'empêche que les gens qui attendent dehors pour le
moment ne sont pas concernés par nos problèmes
et je tiens à ce que lorsqu'ils entrent dans la salle,
ils aient le meilleur de ce qu'on peut leur offrir. Étant
donné qu'on joue à 17 heures, comme vous l'avez
vu, le hall est divisé en deux et il y a une verrière
qui donne des réverbérations beaucoup trop importantes
dans la salle. Ce qui fait qu'on y voit quasiment comme en plein
jour. Il fallait donc régler ce problème sinon
la qualité du spectacle en aurait vraiment pâti.
Ce n'est pas pour autant que l'on fait une ristourne sur le
billet d'entrée. Partant de ce principe-là, je
suis toujours assez exigeant. Je conçois qu'on puisse
l'interpréter dans le sens de mon confort mais c'est
parce que les gens, qu'ils viennent me voir à Marche
ou au Cirque royal à Bruxelles, ils doivent avoir le
même spectacle. Ils n'auront pas le même spectacle
mais il faut que l'intention soit la même.
Cest avec beaucoup de gentillesse et non sans humour
que François Pirette a accepté de répondre
à nos questions
Comment en êtes-vous arrivé à
exercer ce métier atypique ?
F.P. Comme souvent, par hasard. En tout cas, ça a
été mon cas. Je n'avais pas de véritable
ambition par rapport à ce métier. J'en ai eu sur
le tard finalement. J'étais étudiant, j'avais
19 ans. Je cherchais un job le week-end. J'ai répondu
à une proposition de la RTBF de Mons qui cherchait des
standardistes et j'y suis allé le samedi et le dimanche
décrocher le téléphone pour accueillir
les candidats aux jeux radiophoniques. Étant donné
qu'il n'y avait pas de cabine de téléphone et
que l'on était à l'intérieur du studio,
pendant les disques, je blaguais avec les gens qui faisaient
de l'antenne. Il y avait un producteur qui s'appelle Jean-Louis
Viseur, qui est retraité aujourd'hui, qui m'a dit après
quelques semaines que je devais faire de la radio. C'était
en octobre 82 et le 9 janvier 83 - c'était un dimanche
puisque le 2 janvier faisait encore partie de l'ancienne grille
des programmes -, il me confiait une émission dominicale
pour quatre dimanches. J'ai signé un contrat de quatre
dimanches qui a duré onze ans et demi (il rit). C'est
devenu mon métier parce que je me suis rendu compte à
un moment que je n'avais jamais fait que ça. Le jour
où je me suis rendu compte que finalement, les copains
que j'avais quittés en rhéto avaient tous un diplôme
ou en tout cas, avaient tous un travail, je me suis dit que
ce serait le mien et « pourvu que ça dure ».
Le spectacle que vous proposez est-il exactement le même
que celui diffusé le dimanche 12 février sur RTL-TVI
?
F.P. Il a, selon les ambiances, une heure
dix à une heure et quart de plus puisqu'il y avait un
peu moins de nonante minutes à la télé.
Ici, il va faire deux heures quarante deux heures quarante-cinq.
Il y a de la matière en plus. Il y a un sketch en plus.
Dans les sketches qui sont passés en télévision,
il y en a qui sont raccourcis. On ne s'en rend pas compte parce
qu'ils gardent leur cohérence mais certains sketches
sont raccourcis. Il y a cet aspect-là des choses. Il
y a aussi le fait que j'ai joué beaucoup depuis l'enregistrement
du spectacle. Le spectacle a seulement du corps maintenant.
Le sketch de « La mort », délicieusement
caustique, nétait pas passé en TV
Dans vos one-man shows en général
et dans celui-ci en particulier, quelle place est laissée
à limprovisation ?
F.P. Très peu de place. Ce ne sont généralement
pas des improvisations sur le public. J'ai quelques connivences
avec le public que j'installe au départ parce que ça
jette des ponts pour la suite. À certains moments dans
le spectacle, j'ai des choses qui sont au contraire très
intimistes, qui sont presque hermétiques parce que ce
n'est plus du sketch, c'est du théâtre. Donc il
faut que ce soient les gens qui s'approchent. Moi, je ne peux
plus venir vers eux. Il faut au contraire que je sois en retrait.
Donc dans les premiers instants du spectacle, je vais parfois
vers les gens pour justement installer cette connivence, cette
complicité. À partir de là, je n'en fais
plus trop. On pourrait croire que certaines choses sont des
improvisations mais il n'y en a quasiment pas. Il faudrait vraiment
qu'une tôle du toit tombe par terre et que je sois obligé
de réagir dessus mais sinon il y a très peu de
choses, au risque de vous décevoir (NDA : après
avoir vu le spectacle, on n'est nullement déçu
par cette absence d'improvisation, tant on a le sentiment que
celle-ci est présente du début à la fin).
Pourquoi avoir choisi daller habiter
en France et comment restez-vous malgré tout inspiré
par la Belgique en vivant à létranger ?
F.P. C'est un étranger proche, un étranger
de proximité ne fût-ce que par notre culture et
la langue. J'ai choisi d'aller en France au départ par
hasard bien que depuis que je suis tout petit, je suis très
friand de la culture au sens peut-être un peu parisianiste
de la chose. Je comprends que ça puisse laisser les gens
perplexes. D'abord, est-ce que vous avez déjà
vu beaucoup de Français venir en vacances en Belgique
? Il y a beaucoup de Belges qui passent leurs vacances en France.
J'ai la chance de vivre dans un pays où nous allons en
vacances. En plus, je vis dans une région où beaucoup
de Belges viennent en vacances : j'habite dans la région
des châteaux de la Loire, qui est une magnifique région.
Je suis allé habiter en France parce que mon travail
le demandait. Quand j'ai mis un terme provisoire à ma
collaboration avec la RTBF il y a une douzaine d'années
déjà, Laurent Ruquier m'a appelé et je
suis allé faire de la radio avec lui pendant deux ans.
Je suis allé faire « Rien à cirer »
sur France Inter et grâce à ça, j'ai vécu
à Paris, qui est une ville fascinante. Quand nous avons
arrêté de travailler ensemble, j'y suis resté
parce que je m'y plaisais et aussi parce que j'y avais rencontré
l'âme sur. Je n'ai pas eu la cruauté d'imposer
à une Française de venir vivre en Belgique (il
rit). Donc je suis allé vivre avec elle en France et
nous y avons eu une petite fille. J'ai vécu dix ans à
Paris et je vis depuis quelques années maintenant à
la campagne, à 250 kilomètres au sud de Paris.
Pirette en père survolté
Vous produisiez-vous parfois dans votre pays dadoption
et si non, jugez-vous que votre humour est aisément exportable
?
F.P. Je ne sais pas encore si mon humour est aisément
exportable bien que j'aie donné des coups de sonde physiquement
et par vidéo interposée. Une réponse immédiate,
c'est que je suis sur scène à Paris à partir
du 13 septembre jusqu'au 30 décembre. Donc je joue à
peu près quatre mois à la rentrée.
Où allez-vous vous produire ?
F.P. Je joue au Petit Gymnase, qui est une chouette salle
pour tester cela. J'ai joué à Paris il y a une
douzaine d'années dans un théâtre qui s'appelle
le Théâtre de Dix-Heures. J'ai joué un mauvais
spectacle, qui était de moi mais dont je n'étais
absolument pas content au niveau de la forme et qui m'était
imposé par une production qui ne voulait pas faire autrement
que de m'accorder ça, c'est-à-dire de jouer le
Belge à Paris. Je l'ai fait parce que je manquais d'expérience
et de maturité sans doute. J'ai accepté cette
condition et je n'aurais jamais dû. Ce qui est clair,
c'est que je vais aller jouer à Paris la même chose
que ce que je joue en Belgique. Je ne suis pas bête non
plus : je ne vais pas aller leur parler de références
qui sont strictement belges. Je me suis pris des bides pour
des bêtises parfois à « Rien à cirer
» parce que nous avons aussi notre culture propre. Un
bête exemple : je me souviens d'un bide retentissant,
qui avait créé un malaise terrible et qui est
finalement devenu une « private joke » qu'on a tirée
pendant des mois par la suite. Je devais faire un sketch avec
Jean-Pierre Coffe et je voulais lui parler de la saucisse «
Bi-Fi ». Ca n'existe pas en France et je ne le savais
pas comme je rentrais en Belgique par l'autoroute du Nord. Le
seul endroit en France où on trouve des saucisses «
Bi-Fi », c'est dans certaines stations-service de l'autoroute
du Nord. Pourquoi ? Parce qu'il y a des Belges qui passent !
Donc je serai très vigilent évidemment pour cela.
Et pour le reste, est-ce que ça passera la frontière
? Je nen sais rien. La seule chose que je peux vous dire,
cest que depuis que je vis en France, beaucoup de mes
amis là-bas et dautres gens mont demandé
pour avoir des DVD et jai donné des coups de sonde.
Apparemment, ça les fait marrer donc jespère
que ça ira.
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Grand ami de Justine Henin, François Pirette lui offre
un beau cadeau dans « Couleur charbon »
De qui vous sentez-vous le plus proche en Belgique
ou en France en matière dhumour ?
F.P. Je ne me sens pas à part dans le sens élitiste
ou prétentieux de la chose. Je pense que chemin faisaint,
je me suis rapproché de quelquun dont jadmirais
beaucoup le travail. Il sagit dAlex Métayer.
Cest un comédien qui est mort il y a maintenant un
an, un an et demi. Cétait la crème de la crème.
Cest pour cela que je dis que je ne veux pas que ce soit
prétentieux dans la comparaison. Nous nous connaissions
et nous avions une estime réciproque. Javais cette
chance. Jétais fan quand jétais gamin
et adolescent. Cest un comique qui na pas été
une grande star de la télévision mais on le considérait
sur la place de Paris comme un des maîtres. Alex Métayer
jouait des situations un peu anecdotiques comme je les joue parfois.
Cest-à-dire des petites scènes de vie, des
scènes familiales : le mari, la femme, les enfants, les
parents, etc. Jétais très touché par
cela. Aujourdhui, je crois que la personnalité de
spectacle qui me touche le plus, bien que je ne suis absolument
pas proche de ce quil fait et loin de là mais je
crois que cest lartiste le plus intelligent dans ce
qui se fait aujourdhui, cest quand même Jamel
Debbouze. Pas nécessairement pour ce quil fait sur
scène. Je ne lai pas vu sur scène, jai
vu son spectacle en DVD parce que mes enfants en sont folles.
Jai trois filles. « La barre de fer », elles
en sont dingues. Moi, je trouve ça très cocasse.
Ca ne me fait pas hurler de rire dans le sens où il ny
a pas de fond. Cest une escroquerie complice et jadore
ça. Il y a un clin dil en disant : «
ce que je vous fais là est totalement vide, il ny
a rien, je ne vous parle de rien, il ny a pas de fond, il
ny a rien du tout » et pourtant on se marre parce
que cest de lhumour de gamin et jadore ça.
Gad [Elmaleh] sans doute et pour le reste, je ne suis peut-être
pas assez curieux. En Belgique
on nest pas nombreux
! (il rit)
Quand vous jouez le rôle de Justine dans « Chaleur
charbon », vous ny allez pas de main morte. A-t-elle
découvert « son » sketch en même temps
que le public ?
F.P. Oui mais elle se doutait de quelque chose. Jétais
impatient quelle soit là. En plus, cétait
un hasard mais elle est venue le jour où on a capté
le spectacle pour la télé et ce nest pas pour
ça quelle a fait bonne figure, loin de là.
On est trop intimes pour ça. Je voulais lui faire un cadeau
en tout cas. Un jour, je me suis retrouvé à une
finale de Roland Garros avec une fille qui portait une coupe et
qui a dit « je remercie Julie et Thierry », c'est-à-dire
mon épouse et moi. Après on sétonne
quon se soit effondré ! Cest très émouvant.
Vous ne vous attendez pas à ça. Je ne savais pas
quoi faire pour lui rendre cela. Je voulais lui écrire
ça sans que ce soit un sketch de complaisance et un sketch
flagorneur. Jen avais eu marre de voir quil ny
a pas moyen en Belgique dêtre à 100% enthousiaste
pour quelquun comme le sont les Français. Cette bonne
femme, elle a 23 ans. Vous avez vu tout ce quelle a vécu
? Professionnellement, dans son intimité
On ne peut
pas avoir un minimum dindulgence par rapport au bonheur
quelle nous donne ? Donc ça ma gonflé.
Moi ce qui mimporte, ce sont les trois dernières
phrases de ce sketch : « Je nai jamais cessé
daimer mon pays. Je laime exactement de la même
manière que lui maime. Cest-à-dire avec
maladresse parfois, intransigeance souvent et dune infinie
tendresse, toujours. » Mes sketches nont pas toujours
une chute drôle mais pour donner de lhonnêteté
et du sens à cela, il fallait que je sois honnête
tout le long. Je crois que les parents de Pierre-Yves seront dans
la salle tout à lheure et Pierre-Yves en prend plein
la tronche aussi. Cest un cadeau de copain, un cadeau dami.
En plus, cest sa tenue à elle. Ce que je porte lui
a appartenu. Je me suis démerdé. En fait, elle lavait
offerte à Julie. Julie me la donnée. On la
transformée parce que je suis quand même un peu plus
large quelle et plus gras surtout, heureusement pour elle
!
Vos sketches ont évolué et prêtent aujourdhui
davantage à la réflexion que par le passé.
Êtes-vous daccord avec cette analyse ?
F.P. Par fausse modestie peut-être, par prudence en
tout cas, je ne vais pas acquiescer demblée. Je vais
y amener quelques nuances. Pour le moment, je minterroge
là-dessus. Pour tout vous dire, je viens de prendre mon
petit-déjeuner un peu tardif avec mon partenaire producteur
parce que je me lève tard par rapport au boulot. On se
faisait la réflexion
On le voit dans les salles :
le public est moins jeune, il y a moins denfants. Pour le
moment, le public est en mutation par rapport à ce que
je fais parce que je crois que je change. Cest-à-dire
que ce qui me faisait rire à une époque ne me fait
plus rire. Je me rends compte que je narrive plus à
écrire pour le plaisir de faire marrer. Je commence à
écrire avec des choses très négatives, des
choses qui me révoltent, qui me touchent et qui mémeuvent.
Et je les transforme en énergie positive. Cest peut-être
pour cela que ça donne limpression davoir encore
plus de fond quavant, je nen sais rien. En tout cas,
ce qui est sûr, cest que je ris de moins en moins
facilement sauf quand on part dans le grand génie anglo-saxon
ou américain.
Vous pensez aux Monty Pythons ?
F.P. Pas nécessairement. Je crois quon a perdu en
France ou en culture francophone le sens de la comédie
pure depuis peut-être « Le dîner de cons »
où là il y a une mécanique, une horlogerie
magnifique. Sauf au Québec. Quand on voit « Les bronzés
3 » ! On a perdu la fraîcheur Poiret-Serrault quon
retrouve chez les Anglo-saxons.
Vous devez être content de voir Gad Elmaleh incarner le
nouveau Pignon de Francis Veber, qui avait réalisé
« Le dîner de cons » justement
F.P. Oui, toute cette connivence-là me plaît encore
assez bien. Tout ça pour dire que si je mamusais
encore et si je faisais encore rire avec les mêmes choses
que jécrivais il y a 15 ans, ce serait pathétique.
Jai 43 ans aujourdhui. Ce que je veux dire, cest
que ces sketchs avaient la fraîcheur dil y a 15 ans.
Pas tous bien sûr. Il y en a que jaimerais encore
jouer plus tard parce quils sont tout à fait intemporels,
parce quils sont « non sense ». Je dis parfois
que le sketch qui ma donné le moins de travail, parce
que je lai écrit en cinq minutes dans une loge avant
de monter sur scène dans une télé, cest
« Jai très bien connu chose ». Ce sketch,
qui a évolué par la suite, je peux le jouer dans
50 ans, il naura pas pris une ride parce que cest
complètement « non sense ». À part ça,
je ne vais pas aller jouer le sketch du Quick avec une casquette
maintenant. Et le casque rouge, il me pèse ! Jai
aujourdhui lâge de mes parents quand jétais
ado, cest ça que je veux dire.
Dates et infos de la tournée ardennaise :
28 avril : Centre culturel de Rochefort
20 heures 084/21 25 37 35 €
5 mai : Centre Action Sud de Viroinval
20 heures 060/31 01 60 35 €
7 mai : Salle Jean XXIII de Bastogne
20 heures 061/21 27 11 36 €
16 mai : Salle Mathieu de Geer de Barvaux
20 heures 086/21 98 71 36 €Concours

6x2 places à gagner
pour « Chaleur charbon » à
Bastogne et à Barvaux.
Question :
Quel sketch du spectacle
nest pas passé sur RTL-TVI lors de la diffusion du
12 février dernier ?
Vos réponses, vos coordonnées et la ville de votre
choix sont à envoyer à ladresse jeanphi111@yahoo.com
Propos recueillis par Jean-Phi
jeanphi111@yahoo.com
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