Bastogne
Nains d'Ardenne et d'Ailleurs



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Depuis le 5 janvier 2009, les nains, appelés les nutons dans notre belle Ardenne, ont décidé d’investir le Musée en Piconrue et d’y passer l’hiver au chaud ....L’occasion pour les petits et les grands de découvrir leur aspect physique, leur caractère, leur habitat, leurs activités et leurs moeurs .... Nains baladeurs, Nains d'Ardenne et d'ailleurs en 5 vidéos sur www.ardenneweb.eu. Cette exposition se terminera le 22 mars 2009. Le Musée en Piconrue de Bastogne, est installé depuis 1986 dans un ancien couvent du XVIIe siècle. Il s'est donné pour but : la protection, la conservation et la promotion du patrimoine d'art religieux d'Ardenne et du Luxembourg. Le musée est d'abord un service offert aux fabriques d'églises. Elles peuvent y déposer, en sécurité, leurs objets d'art ancien : statues, orfèvrerie sacrée, ornements, etc. ; un patrimoine qui, dans les lieux de culte, est actuellement menacé de vol ou de déprédations. Le musée assure à ces pièces l'entretien minimum - qui fait trop souvent défaut - et, au besoin, entreprend les restaurations nécessaires.
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Lieu :
Musée en Piconrue
Place en Piconrue , 2
6600 Bastogne


 

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Contact :
Musée en Piconrue
Tél : 061/21.56.14
Fax : 061/21.59.84

Site Web : http://www.bastogne.be/piconrue



   

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L’Académie internationale des nutons asbl
Jacques JAMINON

Engreux 1993 ; un authentique sotê du pays de Liège, qui parcourait l’Ardenne depuis des lustres, fut interpellé par le terroir de la double vallée de l’Ourthe éternelle. En effet, les sotês avaient des liens de parenté avec les nutons, comme ceux-ci avec les massotês et autres lûtons.
C’est donc chargé de la mission de rétablir le contact avec les ancêtres, que notre ami entreprit un périple dans cette partie du Cœur de l’Ardenne. Il rencontra, un des leurs, en la personne de Jacques Sacré, originaire de Mageret, mais qui avait fait la démarche en sens inverse, puisqu’il vivait chez les sotês à proximité de la Cité Ardente. Celui-ci lui raconta les péripéties de « Luppulo et Luppuline », comme celle du druide « Choufftanikizat » qui avaient été les précurseurs du divin breuvage qui devint « La Chouffe » dans les années 70. Il n’en fallait pas moins : la « Confrérie de la Chouffe » était née, nous sommes en 1996.
Les nutons réjouis de l’initiative, sortaient du bois de temps à autres, et doués de talents multiples, rebaptisèrent le « Confluent des deux Ourthes » : « Le Confluent des Arts ». Les Nutons, quelques peu espiègles et farceurs, organisèrent des « Confluences » à chaque fois différentes et riches en évènements.
Notre sotê qui était persuadé d’être sur la bonne voie pour mener à bien sa mission, eu vent qu’un grand conseil des Nutons se tenait deux fois par an dans un endroit situé à proximité du Massif de la Cornaille jouxtant « li Cresse des lè saw ». C’est en consultant les cartes dites de « Cabinet » dressée en 1771 à l’initiative de Comte Ferrari, qu’il put déterminer le lieu où se tiennent les assemblés. C’est à l’intérieur du triangle Bastogne-Laroche-Houffalize qu’il fallait poursuivre les recherches. Evidemment, il y avait la célèbre « crête des Nutons », surplombant l’Ourthe occidentale, qui confortait les indices. Notre sotê, muni d’un compas, dressa un cercle ayant comme tangentes les côtés du triangle. Pas de doute, c’est là qu’il fallait investiguer.
Après moultes randonnées, de jour comme de nuit, c’est le jour du solstice d’été, le 21 juin 2000, au crépuscule, que la rencontre s’est opérée, dans la joie et l’allégresse générale jusqu’au petit matin. Je ne peux, évidemment pas, serment oblige, révéler le lieu de rendez-vous. Mais il se situe dans l’espace déterminé entre 5°39’18 et 5°44’24 de longitude et 50°06’17 et 50°08’53 de latitude. Il y a deux grands conseils chaque année ; la deuxième a lieu le jour de l’équinoxe du 21 septembre.
 La suite devait évidemment déboucher sur l’érection d’une académie qui serait la porte parole du monde du petit peuple. C’est en 2001 que les premières bases furent jetées sur le papier et en 2002 qu’eu lieu le premier « Art Rassemblement Féerique » à Engreux. C’est donc sur le promontoire d’Engreux, aux pays des contes et légendes, où la réalité flirte avec la fiction, que se situe le siège de l’Académie, dont les buts sont de rétablir les Nutons (sotês, lûtons et ceux d’ailleurs…), de réaliser des manifestations sur le thème ainsi que des activités culturelles dans un large spectre.
Pour les connaisseurs, il faut savoir que bon nombre de sotês fréquentent les « Pataphysiciens » et que l’académie fonctionne notamment sur le côté paradoxal de la dichotomie entre grand et petit (ce n’est pas parce que l’on n’est petit que l’on naît pas grand) et vice-versa ; et qu’elle développe une démarche créative à connotation oxymorique.
Mais alors ; quid de tous le nains de jardins qui peuplent l’auberge « Le Vieil Engreux ». Et bien vu le succès des assemblées et des fêtes liées à la réhabilitation du Nuton, quelle fut la surprise de voir une population de Nains de jardin venir des environs et de toutes les villes du royaume, prendre des nouvelles de leurs lointains cousins. Et comme les nutons sont accueillants, souhaitant entretenir une ambiance conviviale, ils s’organisèrent avec quelques nanophiles, comme Ludovic Mouffe, Werner Miesen, Yolande Crémers, Jacques Sacré, André Stas, qui sous la bénédiction du Pape des Nains de Jardin Fritz Friedmann, ont constitués une galerie hors du commun ; persuadés que le nain de jardin est un révélateur social.
Pour terminé, je signalerai qu’en janvier 2007 les Nutons d’Engreux ont été prêtés main forte au Massotês de Sterpigny pour créer la « Confrérie de la Madelonne »

À suivre…..
Jacques Jaminon,
Grand Maître et Nuton Académicien.

Liens :
www.vieil-engreux.be
vieil.engreux@gmail.com
www.nutons.be
Engreux, 64. B-6663, Mabompré-Houffalize.


Le petit peuple dans l'Ardenne du Nord
Albert Moxhet

Si on admet que l'habitat du Petit Peuple de nos régions est le plus souvent constitué de grottes ou, à défaut, de caves et souterrains, on ne s'étonnera pas de trouver dans les légendes de l'Ardenne du Nord un grand nombre d'allusions à l'existence de ces nains aux talents multiples. Le sol de cette région recèle, en effet, de larges bancs de roches souvent calcaires et de nombreux cours d'eau qui s'y sont creusé des passages au fil des millénaires. Les grottes et autres « trous » s'y rencontrent donc fréquemment et alimentent un légendaire abondant qui s'articule sur les vallées des ruisseaux et rivières qui, descendant des Hautes Fagnes, forment les bassins de la Vesdre et de l'Amblève, rivières qui, se jetant dans l'Ourthe, rejoignent ainsi la Meuse à Liège.

Des noms
La première caractéristique du petit peuple de l'Ardenne du Nord, ce sont les noms sous lesquels on le désigne. Comme le montre l'enquête dialectologique menée de 1924 à 1946 par Jean Haust1, dans une large moitié Est de la province de Liège, ce sont des sotês, avec, en un seul endroit, entre Malmedy et Ovifat, la forme dûhons. L'extrême Sud de cette province et le pays de Vielsalm connaissent les massotês, tandis que, de la région hutoise jusqu'au Sud de Neufchâteau, s'étire une zone de lûtons. Les autres localisations, qui débordent aussi l'Ardenne, concernent essentiellement les nutons, terme le plus répandu à travers la Wallonie, ce qui a parfois entraîné de flagrantes erreurs, comme la dénomination « Cascade des Nutons » sur la Statte à Solwaster (Jalhay) et la prétendue légende Le Grand-Duc des Nutons, située par Marcellin La Garde à Soiron (Pepinster), deux endroits qui sont indubitablement dans l'aire des sotês, d'autant plus que le premier est à proximité d'un Trô d' Sotês.

L'origine de ces différents noms a fait l'objet d'études parfois très poussées et contradictoires, mais qui, dans l'ensemble, donnent à nos lutins une ascendance remontant aux divinités antiques. On admet généralement que la forme sotê – y compris la variante massotê – « dérive de l'ancien français sotel [ou soteau], petit sot, espiègle »2. Élisée Legros précise : «  Notre sotê est le cousin du follet lyonnais et du folletto italien, et le frère du sotré ou satré de la Lorraine française. »3 Le mot dûhon est sans doute celui qui a suscité le plus d'interrogations chez les dialectologues et les historiens, qui y voient notamment une survivance du gaulois dusios que l'on retrouve latinisé en dusius chez saint Augustin pour désigner les incubes, proches des sylvains et des faunes, ce que confirmerait l'expression anglaise « Go to the deuce ! » (Allez au diable !)4. Nûton et lûton relèvent vraisemblablement tous deux de Neptunus devenu Netun en ancien français et qui donna aussi lutin. Le rapprochement de Neptune et de nos gnomes ardennais ne doit pas trop étonner : comme le rappelle Claude Sterckx, « Le Latin Neptune semble en effet avoir été, avant son assimilation au Poséidon grec et l'extension de son patronage à tout le monde marin, un dieu des sources et des eaux vives. »5 Ce que n'auraient pas oublié les Celtes romanisés et que corrobore la présence fréquente du petit peuple à proximité des cours d'eau.

Des récits
La très grande densité – pour ne pas dire l'omniprésence – des nains dans la portion de territoire ici envisagée repose évidemment sur des lieux-dits, donc sur une toponymie spécifique, mais aussi, on s'en doute, sur des récits devenus légendaires. « Il n'est guère de grotte dont on ne raconte qu'elle a été jadis habitée par de petits hommes », observait Eugène Monseur en 18926, mais, dans la seconde moitié du XIXe siècle, comme le remarque Élisée Legros, « l'obsession historique a eu, chez nous au moins, des résultats fâcheux. [… Y a-t-il des traces historiques dans la croyance aux nains des légendes ?] Comme on n'aboutissait à rien de sûr, il semble qu'on ait cessé de s'intéresser activement à cet aspect du folklore. […] L'absence d'intérêt positif manifesté pour cette question, jugée insoluble du seul point de vue où l'on s'était obstiné à le considérer [l'historicité], a empêché de recueillir – alors qu'il était temps encore – d'autres récits significatifs ou de publier peut-être ceux qui avaient été notés. »7 C'est ce qui ne fait qu'accroître la valeur du collectage réalisé en wallon par Willy Marichal en 1936-1937 dans les villages de la région de Malmedy et Vielsalm8.

Les récits dont nous disposons aujourd'hui à propos du petit peuple de l'Ardenne du Nord émanent donc de ce que les folkloristes ont bien voulu conserver depuis le milieu du XIXe siècle, de collectages ultérieurs, de l'éventuelle et inattendue mise au jour d'un document ignoré, mais aussi, parfois, de l'interprétation « éclairée » d'usages ou d'expressions dont le sens premier s'est perdu en raison de sa pratique courante (par exemple : Être pris du lûton = être ensorcelé, Être mené du lûton = être égaré ou poursuivi par le malheur). À cela, il faut ajouter ce que la population a fait de récits trafiqués ou carrément inventés, comme on peut en trouver chez Marcellin La Garde ou Henri de Nimal, et qui sont revendiqués comme vrais précisément parce qu'ils ont été mis en forme littéraire par des auteurs réputés. Enfin, d'une manière générale, il ne faut pas négliger, dans l'intérêt porté aujourd'hui aux nains, l'impact très « merchandisé » de ces personnages dans le cinéma avec les sept nains de Blanche-Neige chez Walt Disney (1938), dans la BD avec les Schtroumpfs de Peyo (1958) et leurs déclinaisons en TV, sans oublier tous leurs émules et la mode – devenue parfois une addiction – des nains de jardin.

Apparences et occupations
Il ne semble pas y avoir de différences importantes, si ce n'est l'appellation, entre les diverses populations de lutins que l'on pouvait rencontrer en Ardenne. Leur taille faisait au maximum deux pieds. « Lûtons et Nûtons s'équivalent, explique Claude Sterckx9. Comme les Sotês et les Dûhons, ils sont décrits comme de "petits vieux papas"10, c'est-à-dire comme des homoncules aux traits de vieillards ridés, à la longue barbe et aux cheveux blancs. Ils sont cavernicoles, de mœurs exclusivement nocturnes, farouches et baragouinant une langue incompréhensible ; ils sont espiègles, serviables et bénévolents, quoique les mâles soient réputés très sensibles aux charmes des jeunes paysannes et susceptibles de les kidnapper : mais celles auxquelles cet accident arrive reviennent libres et sans mauvais souvenirs… »

Nous verrons cependant, par le thème du changelin, que certains d'entre eux devaient être imberbes. Peu soumis, semble-t-il, aux contraintes du temps, ils avaient néanmoins, comme on vient de l'indiquer, l'air vieux, ce qui est sans doute caractéristique du nanisme.

On en sait fort peu sur la partie cachée de la vie des Nûtons, Sotês et autres Lûtons. Moins encore sur leurs femmes, à propos desquelles Albert Doppagne fait remarquer que « plusieurs contes font allusion aux nutonnes coiffées de gracieux petite bonnets plissés »11. On ne sait même pas très bien comment ils étaient vêtus, puisqu'ils sortaient plutôt la nuit. On est tenté de les représenter comme on voit aujourd'hui tant de nains dans les dessins animés et bandes dessinées pour enfants. On peut préférer un vêtement proche de celui de la Roudge Bounette de l'Ardenne méridionale : un pantalon, une vareuse plus ou moins ajustée et peut-être une cape. À propos du bonnet, précisément, Claude Lecouteux12 constate que cette coiffure, qui est devenue caractéristique des nains, fait penser aux génies à capuchons (genii cucullati) qu'on retrouve largement en Europe et particulièrement dans le domaine gaulois, par exemple sous l'apparence d'un enfant vêtu d'un manteau à capuchon, « attribut typique des êtres qui appartiennent au monde inférieur », selon Jan de Vries13. Notons au passage que ce genre de couvre-chef est également celui de Mithra, dont le culte fut popularisé dans nos régions par les soldats romains. Aurait-il joué un rôle dans la diabolisation du petit peuple par l'Église ? On remarquera d'autre part que le bonnet rouge est caractéristique des lutins de la zone frontière entre les domaines roman et germanique et passait pour leur donner le pouvoir de se rendre invisibles.

Willy Marichal a recueilli à Wanne le témoignage d'un vieux cantonnier, né en 1850, disant que les massotês avaient un œil au milieu du front. « Ce trait caractéristique s'explique, dit-il, par le fait que les nains font partie des créatures démoniaques, chez lesquelles apparaissent fréquemment de semblables particularités. »14

Lorsque les nutons, sotês ou massotês quittaient leur caverne en groupe, c'était presque exclusivement de nuit et soit pour aller s'amuser et danser dans la campagne, soit pour mener à bien une opération charitable : rentrer une moisson avant qu'elle ne soit gâtée, achever un travail qui ne pourrait sinon être terminé dans le délai imparti.

Fins artisans, Sotês et Nûtons travaillaient essentiellement le cuir et surtout le métal, ce qui les rapproche des nains métallurgistes de la mythologie germanique en même temps que de leur ancêtre Vulcain. Une légende à l'origine douteuse voudrait qu'ils aient appris aux habitants de la vallée du Geer à tresser la paille. Comme l'illustre le thème du « sotê amoureux », souvent aussi, ils ont une aptitude particulière pour s'occuper des chevaux, voire du bétail de la ferme. Leurs femmes seraient d'excellentes lavandières, ce qui les apparente à la tradition celtique des « Lavandières de la Nuit ».

En Haute Ardenne, la plupart des témoignages rassemblés par Willy Marichal15 indiquent que les sotês et massotês connaissaient tous les métiers, mais étaient surtout des cordonniers. Ils travaillaient généralement chez eux. S'ils réparaient chaussures et casseroles trouées, à Waimes, on leur apportait aussi de la laine pour tricoter des chaussettes, voire de la farine pour cuire du pain. Dans quelques villages, ils venaient même chercher et rapporter à domicile les chaussures et vêtements à réparer. On raconte aussi qu'à Malmedy, dans la première moitié du XIXe siècle, deux sotês pétrissaient durant la nuit la pâte qu'un boulanger avait préparée dans son atelier.

Certains témoignages mentionnent un petit billet sur lequel la somme due pour la réparation des chaussures était inscrite, mais la plupart des légendes rapportent cependant qu'on déposait une somme quelconque devant la grotte ou bien qu'on y apportait de la nourriture. Si on avait fait commande d'un objet – en vannerie, par exemple – la note accompagnait l'objet et il n'était pas interdit d'ajouter une rawète au paiement.

Il existe à Ondenval (Waimes) des « pierres de sotês » qu'un informateur de Willy Marichal décrit comme ceci : « Quand vous passez par le monument, vous voyez deux pierres comme des meules. Eh bien, ce sont des pierres de sotês. Ils les découpaient d'un rocher au Waud, près de l'Amblève. On extrayait de l'or ici comme on l'extrayait au temps passé. Ils en ont encore retrouvé [des meules], là, derrière mes parcelles, il y en avait un tas. Ils lavaient l'or, et là, ils trouvèrent un four ; c'est là qu'ils fondaient l'or, ou bien faisaient-ils du pain ? » Dans une communication amicale, Anne Dudant précise que ces meules rondes ont un diamètre variant de 90 à 120 centimètres et une épaisseur de 25 centimètres. Au centre, elles sont percées d'un trou carré. Les carrières du Waud (Wolfsbusch), dont elles proviennent, ont été exploitées dès la Préhistoire comme en témoignent menhir et dolmens in situ. On retrouve ces pierres dans toute la région associées aux toponymes « termes », du latin terminus, ce qui les désigne comme des bornes cadastrales.

D'autre part, on parle de tièsse di sotê (tête de sotê) pour désigner la « pierre de tonnerre », ce silex troué – souvent une hache polie préhistorique – auquel on attribue des pouvoirs magiques, notamment la protection contre la foudre ou celle du bétail contre les maléfices. Signalons encore que la clématite sauvage ou des haies est bien décrite par l'appellation imagée båbe di sotê (barbe de sotê).

À travers le temps
Si l'origine des nains de nos légendes remonte à l'Antiquité par la présence de génies, elfes et sylvains notamment, ils n'ont pas tardé à être diabolisés par l'Église : dès le IVe siècle par saint Augustin, nous l'avons vu, au VIIe par saint Éloi qui place Neptunus aux côtés de Diane et des génies locaux qu'il est interdit d'invoquer16. Mais, dans les années 1211-1220, on trouve sous la plume de Gervais de Tilbury, dans ses Otia imperialia, une description des neptuni fort proche de ce que nous connaissons en Ardenne : « Il y a en Angleterre certains démons ou plutôt certains êtres d'une nature secrète et inconnue. Ils sympathisent parfaitement avec les gens simples de la campagne, ils assistent à leurs veillées pour les aider dans leurs travaux domestiques. […] Ils ont l'air vieux et la face ridée et sont d'une très petite taille. Ils sont vêtus de haillons. S'il se trouve dans la maison quelque fardeau à transporter, ils en viennent à bout plus facilement que les hommes. Il est de leur nature de se rendre utiles et jamais de nuire. »17

On sait combien la question de la réalité historique du petit peuple a pu inquiéter les chercheurs du XIXe siècle. On peut considérer qu'il s'agit là d'une question oiseuse, puisque la croyance en l'existence de ces personnages a, jusqu'au XXe siècle encore, conditionné des attitudes et comportements dans nos régions. Beaucoup de témoignages recueillis lors des enquêtes et collectages effectués dans le courant du XXe siècle auprès de personnes âgées indiquent qu'au plus loin leur trisaïeul avait encore connu l'époque des nutons ou des sotês, mais en ce domaine, la chronologie est élastique, d'autant plus que la jeunesse du grand-père est souvent synonyme de « l'ancien temps ». C'est cependant un homme qui n'avait que quarante-huit ans qui, à Mont-Xhoffraix en 1936-1937, déclarait à Willy Marichal : « Cela a existé, savez-vous, c'était vrai ! Mon grand-père les a vus lui-même, il en a vu deux, mais pas longtemps, ils se sont vite cachés. »

L'écoulement du temps peut aussi amener un phénomène de concentration semblable à celui qu'on connaît en littérature dans la composition d'un personnage. De même qu'on attribue, sans souci de chronologie, divers défauts, qualités ou exploits à Charlemagne ou à Napoléon, les sotês se sont parfois vu attribuer le droit de cuissage ou les vols qu'on reprochait aux Templiers.

Thèmes et société
L'essentiel de l'activité perceptible des nutons et sotês était une forme de service fourni à la communauté villageoise la plus proche. Ce qui est certain, c'est que la grande majorité des légendes et témoignages est favorable au petit peuple.

On trouve évidemment dans l'Ardenne du Nord des thèmes récurrents dans d'autres régions aussi, éventuellement sous d'autres formes. Si, contrairement à l'Ardenne méridionale, il y a très peu d'histoires se rapportant au changelin – le nain substitué à un enfant dans son berceau, généralement à la suite d'une vexation – les thèmes du « sotê amoureux » et de la prospérité apportée par la bienveillance des nains non seulement s'y croisent très fréquemment, mais y connaissent un développement personnalisé.

En règle générale, les histoires de nutons amoureux se terminent assez mal et sont révélatrices d'une attitude sociale que l'on retrouve à d'autres niveaux et à d'autres époques. Touché par la beauté et les qualités d'une jeune fille vivant dans une ferme dont il est familier, le sotê reçu à la veillée au coin de l'âtre laisse discrètement transparaître ses sentiments à la jeune fille, qui n'y est pas indifférente. Et comme la tribu est solidaire du nain amoureux, on voit cultures et bétail prospérer. Malheureusement, la jalousie s'en mêle et les jeunes gens des environs, voyant un beau parti leur échapper, exercent une pression sur les proches de la jeune fille, qui s'arrangent pour vexer le sotê en raison de sa petite taille ou, plus souvent, en le rendant témoin d'incongruités scatologiques : la jeune fille déféquant sur le fumier tout en mangeant une tartine. Comme les lutins sont fort susceptibles – cas fréquent dans les minorités marginalisées – celui-ci, ulcéré, disparaît à jamais, entraînant à sa suite les bienfaits qu'il apportait à la famille de sa bien-aimée, dont la situation se met dès lors à péricliter. La portée de cette histoire – qui est une fable au meilleur sens du terme – se trouve corroborée par la façon dont disparaissent généralement les communautés de lutins.
Le motif de la richesse apportée épi par épi et retirée gerbe par gerbe est nécessairement lié à l'histoire du sotê amoureux. Il n'apparaît donc pas de façon isolée, comme cela peut être le cas dans les régions qu'habitent les fées. On sait, en effet, que, dans nos régions, les zones peuplées de nutons et de sotês et celles où vivent les Fées s'excluent généralement. Ce n'est pas étonnant, puisqu'il s'agit dans les deux cas d'êtres légendaires ayant beaucoup de caractéristiques en commun : origine antique assimilée au paganisme, taille, habitat, relations avec les villageois, services rendus, susceptibilité...

En Ardenne liégeoise, le thème du sotê amoureux d'une jolie jeune fille a sans doute reçu son expression particulière la plus touchante dans l'histoire de Glawenn, le dernier sotê de la grotte de Remouchamps, qui se sacrifia pour arracher aux griffes du diable le fils de celle à qui il vouait depuis longtemps un amour sans espoir. Ce récit a trouvé son public alors que la sensibilité romantique vivait encore de belles heures dans la bourgeoisie. Mais, pour ce qui concerne la version « classique » des thèmes croisés, ce qui est le plus caractéristique en Haute Ardenne, outre sa fréquence, c'est que, à plus d'une reprise, on connaît l'identité réelle de la jeune fille. J. Dethier, de Robertville, un des informateurs de Willy Marichal, indique qu'à Ovifat, c'était chez Thys, tandis que Fr. Dosquet (nonante et un ans), de G'doumont, précise : « Il y en avait un qui convoitait Thérèse Libert. Je ne l'ai pas connu, savez-vous. Thérèse Libert est morte, mais elle, je l'ai connue. »

Il est fort probable que plusieurs facteurs se sont conjugués pour expliquer le « départ » définitif des représentants du petit peuple, car il est assez remarquable que beaucoup d'histoires où ils interviennent – sous quelque nom que ce soit – se terminent par leur départ. On peut parler de jalousie : jalousie professionnelle, car ils étaient, nous l'avons vu, de très bons artisans ; jalousie aussi à l'égard de ceux qu'ils favorisaient et qu'on prenait alors comme cibles de moqueries ; la pression sociale jouant très fort, on rompait finalement les relations avec le Nuton ou le sotê protecteur (c'est le schéma de presque toutes les histoires de nain amoureux). La méfiance vis-à-vis de ceux qui sont différents et mal connus joua aussi. C'est assez représentatif d'un état d'esprit qui, fondé sur la peur du « différent », en arrive à considérer celui-ci comme nuisible et diabolique, d'où les exorcismes récités devant les trous des nutons ou de sotês. Or, comme ceux-ci, ainsi que souvent les populations minoritaires ou marginales, étaient assez susceptibles... C'étaient parfois de véritables expéditions punitives qui étaient montées contre eux, pour les enfumer dans leurs grottes, par exemple, à moins que ce ne soit une curiosité exagérée et souvent intéressée – car ils passaient pour être riches – qui mette leur clan en danger. Vexations et curiosité ont le même résultat : les lutins s'en vont pour ne plus revenir et c'est finalement les habitants du village qui pâtissent de leur départ. Dans un contexte très contemporain, on peut trouver d'autres versions de cette histoire.

Notes
1 Document n° A 23406 du Musée de la vie wallonne, Liège.
2 Jean HAUST, Dictionnaire liégeois, Liège, Vaillant-Carmanne, 1933, p. 603. – Claude STERCKX, « Nûtons, lûtons et dieux celtes », in Zeitschrift für celtische Philologie, t. 46, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1994, p. 49.
3 Élisée LEGROS, « À propos des lutins et des fées» in La Vie wallonne, t. XXIII, n° 245, Liège, 1949, p. 184.
4 Walter von WARTBURG, Französisches etymologisches Wörterbuch, III, Bonn, 1922, p. 195. – Claude LECOUTEUX, Les nains et les elfes au Moyen Âge, Paris, Imago, 1988, p. 170. – Roger PINON, « D'un dieu gaulois à un nain malmédien : étymologie et sémantique de 'dûhon'  », in Ollodagos, vol. III, 4, Bruxelles, 1992, p. 237-306. – Claude Sterckx, Op.cit., p. 49-50.
5 Claude STERCKX, Op.cit., p. 54.
6 Eugène MONSEUR, Le Folklore wallon, Bruxelles, Ch. Rozez, 1892, p. 6.
7 Élisée LEGROS, « Trois récits de lutins et de fées dans le folklore wallon et le folklore comparé », in Enquêtes du Musée de la vie wallonne, t. VI, n° 65-68, Liège, 1952, p. 129.
8 Dr. Willy MARICHAL, Volkserzählgut und Volksglaube in der Gegend von Malmedy und Altsalm, Würzburg, 1942, p. 16-20 et 133-137 ; éd. française par Albert MOXHET : Traditions légendaires et croyances populaires en Haute Ardenne, Verviers, À l'Enseigne du Chat Volant, à paraître en 2009, traductions du wallon par Pol Noël.
9 Claude STERCKX, Op. cit., p. 50.
10 X. J. IPPERSIEL, « Notice sur la nature et l'origine des nutons », in Annales de la Société archéologique de Namur, IX, Namur, 1865-1866, p. 123.
11 Albert DOPPAGNE, Esprits et génies du terroir, Paris-Gembloux, Duculot, 1977, p. 15.
12 Claude LECOUTEUX, Op. cit., p. 175.
13 Jan DE VRIES, La Religion des Celtes, Paris, Payot, 1963, p. 179.
14 Dr. Willy MARICHAL, Op. cit., p. 17-18 (v.o.).
15 Dr. Willy MARICHAL, Ibid.
16 Léon MARQUET et Dr. Alfons ROECK, Légendes de Belgique, Anvers, De Vlijt, 1980, p. 59.
17 Wallonia, vol. X, 1902, p. 249.

 

 


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Photos & reportage : Jean-Marie Lesage
20 janvier 2009

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