BRA-SUR-LIENNE 

DECES du docteur MAQUOI  -  In Memoriam 




Plus de mille personnes l'accompagneront
pour sa dernière demeure ce 22 juillet 2002.

 


Texte lu durant la messe des funérailles de Luc Maquoi

Je m'appelle Maurice Lamy; ma fonction est de diriger le service d'Anesthésie-Réanimation du CHU de Liège, service avec lequel Luc collaborait depuis longtemps et service dans lequel il travaillait à temps plein depuis une bonne année. C'est à ce titre que je m'adresse à vous avec beaucoup d'émotion et d'enthousiasme car vous le savez, Luc Maquoi est un homme d'exception, je l'aime beaucoup ainsi que sa famille.

Vous tous ici présents avez également voulu témoigner de votre affection, de votre estime pour Luc et les siens. Je prendrai donc, si vous le voulez bien, le ton des propos amicaux plutôt que celui d'un discours pompeux que Luc n'aurait pas apprécié : cet homme humble n'aimait pas trop les cérémonies officielles. Je tiens néanmoins à remercier sa famille pour l'honneur qu'elle me fait en me confiant cette tâche, parler de Luc.

Durant sa prime jeunesse, Luc manifestait déjà un grand enthousiasme pour la vie. Il admirait beaucoup son papa forgeron qui lui inculqua le goût du travail dur, mais bien fait; Luc travaillait déjà le fer forgé à l'âge de 12 ans. 
Très tôt, il devint, en outre, organiste et jouait déjà Toccata et fugues de Bach à l'âge de 15 ans. Luc devient aussi membre du patro puis dirigeant à Ferrière. 
Le Père Bigonville de l'Ordre des Oblats, revenu du Zaïre alors que Luc avait une vingtaine d'années l'a également beaucoup marqué en lui parlant notamment des conditions de vie et d'exercice de la médecine en brousse. 
Luc, qui avait entrepris des études d'ingénieur en physique nucléaire et qui admirait des personnalités telles que Pierre et Marie Curie, ainsi qu'Einstein, obtint son diplôme en 1976 à Bruxelles, mais son désir profond d'aider les autres, de devenir peut-être un médecin de brousse était bien présent en lui. Il enchaîna donc d'emblée vers des études de médecine et il devint en effet un médecin d'une qualité exceptionnelle.

Il voulut immédiatement aller à l'essentiel : sauver des vies humaines. Il apprit donc la réanimation mais aussi les gestes chirurgicaux et plutôt que de se lancer en brousse, il créait à Bra-sur-Lienne un Centre de Secours Médicalisé, avec son épouse, Xuan !

Luc avait en effet épousé Xuan, désirant avec elle créer une grande famille. Cet homme, idéaliste dans son rôle de médecin, comme dans son rôle d'époux, puis de père, voulait beaucoup d'enfants. Ce 22 juillet 2002 est la date du 24è` anniversaire de son mariage avec Xuan. Accepte Xuan toutes nos félicitations pour ce merveilleux couple que tu as créé avec Luc et pour cette belle famille nombreuse que vous avez construite ensemble. Vos enfants, Luc m'en parlait volontiers, j'ai appris à les découvrir petit à petit et plus encore durant ces derniers jours : Elisabeth, 23 ans, Stéphanie, 22 ans, Isabelle, 21 ans, Emilie, 18 ans et enfin le garçon de la famille, David, 17 ans, qui tous adorent leurs parents. J'ai été particulièrement ému par leurs réactions consécutives au décès de leur papa. J'ai ressenti chez tous, comme chez leur maman, une peine immense et j'ai compris que Lue, l'époux, le papa, était le véritable ciment de la famille. 

C'est toute cette famille qui s'est associée au projet de Luc et de Xuan : porter secours, dans les délais les plus brefs et avec la plus grande efficacité aux malades, aux accidentés de la région. Ce couple exemplaire, tant au plan familial qu'au plan professionnel, a travaillé en permanence et durant de nombreuses années avec une disponibilité telle que les enfants acceptaient de voir partir leurs parents au pied levé, à chaque appel, sans se plaindre. C'est toute la famille qui a partagé leur idéal, qui a fait corps, même pour les missions les plus périlleuses. Xuan se rappellera combien elle s'est impliquée dans les tâches quotidiennes parfois ingrates, mais aussi les missions particulièrement difficiles, comme certains hélitreuillages. Ce n'est donc pas sans raison que Xuan a elle-même consenti l'effort de suivre une formation de pilotage d'hélicoptère. 
 

Ensemble, Luc et Xuan ont sauvé tant de vies ! Sache bien, Xuan, qu'un regret sincère me taraude, c'est que l'on n'ait pas pu sauver la vie de Luc. On avait encore tant besoin de lui, aussi bien toi Xuan, que vos enfants, ses parents, ses frères, toute la famille ici réunie, tous ses amis, mais aussi les patients. 

Vous aviez en 1997 baptisé l'hélicoptère de secours "Spirit of Saint-Luc", dans cet esprit d'admiration et d'idéal qui vous caractérisait. Charles Lindbergh, aviateur américain, avait en effet réussi la première traversée sans escale de l'Atlantique nord, à bord du "Spirit of Saint-Louis", entre Roosvelt Field, New York et Le Bourget, Paris, les 20 et 21 mai 1927. Par ailleurs, Saint Luc, l'un des quatre évangélistes, est le patron des peintres, mais aussi celui des médecins. Ce Saint Luc, ce fut un sacré apôtre ! J'ai souvent parlé de Luc autour de moi en disant ce sacré Luc, c'est un véritable apôtre. 


Toi Xuan et Luc, vous formiez un couple extraordinairement charismatique dans toute la région. Vous êtes de grands humanistes; vous avez en effet toujours placé l'homme et les valeurs humaines au-dessus de toute autre valeur. Merci de nous avoir donné à tous un tel exemple ! Vous avez forgé le Centre de Secours de Bra-sur-Lienne comme le papa de Luc vous l'a appris, avec cœur et courage. 

C'est, animé de cette admiration que, il y a un peu plus d'un an, alors que Luc était épuisé et malade, je lui ai proposé, après sa guérison, de reprendre une spécialisation en Anesthésie-Réanimation au CHU de Liège. D'emblée, il a dit oui, me disant que c'était là l'accomplissement d'un rêve, celui de devenir encore plus performant dans la pratique de cette médecine qu'il aimant tant, alors qu'elle soulageait les souffrances et sauvait des vies humaines. Durant l'année écoulée, Luc, une fois de plus, a impressionné. Il s'est lancé à fond dans cette spécialité difficile, exigeante aux plans intellectuels, émotionnels et physique, grande demandeuse d'engagement et de prises de responsabilités. 
Luc, dans sa première année de spécialisation, était entouré de jeunes médecins, femmes et hommes qui l'aimaient et le respectaient beaucoup. Certains même le considéraient un peu comme leur papa, tant il savait faire preuve de gentillesse, d'humilité, mais aussi de grande expérience. Luc ne tolérait pas que ces jeunes confrères l'appellent Monsieur ! Il s'est mis d'emblée à leur niveau, malgré ses 47 ans. 

Un fait récent m'a particulièrement ému. Le lendemain du décès de Luc, une délégation de ses jeunes consoeurs et confrères s'est présentée spontanément au secrétariat du Service d'Anesthésie-Réanimation, afin de reprendre ses gardes à l'hôpital. Les secrétaires et moi-même, nous en avons été agréablement surpris : on ne se bat pas en général pour augmenter son nombre de gardes hospitalières Ce fait illustre bien les quelques mots que j'ai beaucoup aimés, en haut du faire-part du décès de Luc "Sa gentillesse résume sa vie". 

On ne remplace évidemment pas un tel homme. Sa famille n'en sera que plus unie. Les réactions observées durant ces derniers jours particulièrement tristes m'en ont donné la conviction profonde. Ce sera difficile pour tous, mais nous ici présents devons nous engager à faire bloc avec eux, en particulier avec Xuan et les cinq enfants. 

Je sais qu'eux six comptent beaucoup sur nous tous pour que le Centre de Secours qui est leur œuvre, survive et se développe encore davantage. C'est sans doute une occasion extraordinaire de faire vivre le souvenir de Luc.
J'exhorte donc tous les bénévoles, toutes les personnes généreuses qui collaborent de près ou de loin à ce Centre de Secours à unir leurs forces pour Luc, pour honorer sa mémoire, mais aussi et surtout pour les autres, les malades, les accidentés qu'il aimait tant et qu'il voulait tellement secourir 

Merci, Luc de nous avoir donné par ta vie une si belle leçon d'humanisme et d'humanité. 


Monsieur MAQUOI,

Votre vie a été à votre image: humble, généreuse, libre. 
Monsieur MAQUOI, vous avez accepté de ne pas vous suffîre à vousmême et ce, dans la mesure où vous avez perçu que votre liberté vous ouvrait un certain éventail de possibilités vers des valeurs qui vous étaient chères... Dévouement dans l'urgence quotidienne avec l'aide de votre épouse, entraînant avec vous d'autres personne formant ainsi une chaîne de solidarité vers l'aventure pour laquelle vous aviez choisi de vivre... 

 

Dans notre société, Monsieur MAQUOI, vous avez été un témoin pour nous tous d'une personne qui s'engage et va jusqu'au bout de son idéal , de son rêve, de sa vocation toujours au service des autres. 
C'est une promesse ouverte, un pari, pour lequel vous avez engagé votre liberté et risqué tout.
Il y a quelque chose sur lequel un homme loyal ne transige pas, ne calcule pas, ne négocie pas : c'est le pari qu'il effectue, dans son existence, avec la foi qui soulève les montagnes... 
En cela, Monsieur MAQUOI, vous étiez un homme de foi. 

Pour ce pari, un peu fou, MAIS GENIAL, qui a amené une sécurité jamais égalée dans notre région, Au nom de Notre Communauté, Monsieur MAQUOI, nous vous disons MERCI. 
Il ne nous reste plus qu'à espérer que votre ceuvre se poursuivra. 

Dr Gailloti 
Bourgmestre de Lierneux


 

 
 

De retour du cimetière, 
la famille reçevoit les personnes présentes à la cérémonie dans le grand garage de l'hélico


TEMOIGNAGE

Il m'a sauvé la vie...Un grave accident de santé vint me frapper en juin 1989.
Dans la nuit du 9 au 10 juin, en plein sommeil, je fus victime d'un infarctus du myocarde.
Sans la présence rapide de mon médecin F. BONMARIAGE dont le diagnostic était formel et sans l'intervention aussi rapide du Docteur MAQUOI qui, par chance, se trouvait chez lui, je mourais dans mon lit.
Le docteur Luc Maquoi, avec son ambulance à l'époque, aidé de son épouse, s'empressa de commencer sur place le traitement de mon accident cardiaque avant de me transporter au CHU de Liège.
Le voyage vers l'hôpital fut pénible et plus long que prévu car le Docteur dut s'arrêter trois fois en cours de route pour soigner mon coeur défaillant. La mort faillit me saisir à plusieurs reprises.
« Le geste qui sauve » avait réalisé un miracle et c'est toujours dans un état très grave que je fus admis en cardiologie (soins intensifs). Durant plusieurs jours, j'ai causé bien des soucis à l'équipe de cardiologues penchés à mon chevet.

Ce fut pour moi et ma famille des jours sombres, incertains, angoissants.
Grâce à Dieu, grâce au Docteur Maquoi, grâce à l'équipe médicale du CHU, j'en suis, sorti
Mon état de santé s'est amélioré lentement, la vie a repris le dessus, cette vie si fragile mais si belle. 
Merci, docteur Maquoi pour ton intervention et pour toutes celles que tu as réalisées au cours de ta vie de médecin « volant ».
Que ton oeuvre soit poursuivie à travers tes successeurs.
Si ton hélico est orphelin, comme l'a dit un de tes confrères, nous ne t'oublierons pas dans notre coeur.
P. DAULNE
.DOCHAMPS


Ardennes Magazine venait de mettre sur pied une opération afin de soutenir financièrement l'hélico. 
Cette opération se poursuivra en mémoire de Luc. 



Jean-Marie Lesage
22 juillet 2002