Houffalize.  La boulangerie Philippart
Une boulangerie comme il n’y en a pas deux

- Fondée en 1929.
- En activité ininterrompue depuis, sauf en décembre 1944, au plus fort de l’Offensive.
- Une dynastie : le grand-père Marcel et son fils Jean pendant plus de 40 ans chacun. Aujourd’hui, ses petit-fils Michel et Jean-Marc ont pris la relève, et non sans ambition.
- Le caractère familial : Successivement, les mères « Nita » et Zdenka au comptoir depuis 1929, et des collaborateurs consciencieux et fidèles, tels Louis Léonard, qui y apprit le métier, Eugène et Léon Devillers, tous deux pendant 27 ans au four ou dans l’estafette de distribution.Houffalize.  La boulangerie Philippart

Un produit emblématique. Le pain
Cela va de soi direz-vous. Oui et non.
Jean : Mon père peut revenir demain à 4 heures du matin, il enfournera la pâte que son petit-fils a préparée, exactement la même que la sienne il y a 80 ans. Rien que du naturel : simplement de la farine, de l’eau, de la levure et du sel .
Cela fait donc de trois à quatre générations nourries avec exactement le même produit de base.
Du pain qu’on vient chercher de Bastogne, que des touristes emportent pour une partie de la semaine. Et les tournées chaque jour, dans la ville et les villages.
Houffalize.  La boulangerie Philippart

La tournée du boulanger
Comme dans toute dynastie, Jean connaît l’histoire de la Maison depuis ses origines.
Jean : Mon père Marcel a repris la boulangerie Coulon en 1929. C’était à l’endroit du petit parking au pied du rocher Kerger.
Oui, les tournées ont toujours constitué une grosse part de notre marché.
Avant la guerre, c’est l’oncle Fernand qui faisait la tournée, avec son cheval. Il allait jusqu’à Sterpigny : nous faisons toujours la même tournée aujourd’hui. Partir tôt le matin, rentrer tard le soir, épuisé. Heureusement, il pouvait dormir au retour : son cheval connaissait la route !
1939 : une camionnette. Mais l’oncle Fernand n’a pas voulu s’y mettre : tout le monde ne sait pas s’adapter au progrès !
C’est un autre oncle, du côté de ma mère cette fois, Léon Nélis, qui prendra le volant.
Pas pour longtemps : la camionnette va être réquisitionnée par les Allemands, et le cheval va se retrouver en service.
Après la guerre, comme l’atelier de mon père était le seul à n’avoir pas été détruit, la production a été au maximum, un travail de jour comme de nuit.
Nous avons eu trois camionnettes, trois chauffeurs en même temps. De tous ceux-ci, je garde de Josy Gaspard, de Cowan, le meilleur souvenir d’enfance .
Question : Nous sommes en Ardenne. Et la période hivernale ?
Jean : « Quand il y avait beaucoup de neige, je me souviens qu’on confiait à Léon Dubru, le conducteur du tram, les pains à destination des villages sur la ligne de Bourcy.
Léon Devillers avait ses adresses pour dormir chez les gens, chaque fois qu’il était bloqué le soir dans un village.
Mais il ne faut pas en faire une époque héroïque ! il y a deux mois d’ici, mon fils Jean-Marc a été bloqué à son retour de Sterpigny ; il a dû rebrousser chemin jusque Gouvy, et de là prendre le train pour aller dormir à Liège ! »

Propos recueillis par René Dislaire mis en ligne le 29.03.2016

Houffalize.  La boulangerie Philippart
Philippart 2016. Nouvelle vitrine, vive Saint-Honoré

 

2016. Houffalize. Entre le jour du printemps et le jour de Pâques, Jean-Marc et Michel Philippart ont ouvert la porte de la nouvelle surface de vente de leur boulangerie familiale. Une surface plus que doublée.
Jeunes repreneurs succédant à leur père Jean, ils ont ainsi voulu marquer l’évolution de « l’art » de l’artisan boulanger , qui consistait essentiellement à faire du bon pain en 1952, quand leur grand-père Marcel a ouvert l’établissement en son site actuel, à la fin de la reconstruction de l’après-guerre.
« Il faut aller loin pour trouver du pain comme chez Ph’lippart » : ainsi parlent les bordjeus entre eux, depuis près d’un siècle.
Mais Jean-Marc a voulu afficher la diversification des produits, où la pâtisserie a pris une grande part, et en outre des chocolats et autres spécialités régionales de bouche.
Écoutons Jean : « Elle est loin l’époque où Eugène, notre maître-ouvrier, préparait en tout et pour tout 6 éclairs au chocolat comme pâtisserie du dimanche, en plus de quelques tartes».
Fini le temps où le seul luxe était les pistolets du dimanche. Le saint-honoré a sa place aujourd’hui au quotidien.

René Dislaire mis en ligne le 29.03.2016

 

Une coutume disparue : la ménagère au pétrin, le boulanger au four

Jean Philippart se souvient de cette époque révolue.
- Les clients apportaient leurs tartes à cuire dans notre four. C’était une tradition, dans beaucoup de familles, à la fête (les deux kermesses locales).
Les femmes faisaient les tartes à la maison selon leur manière, et comme personne n’avait un four approprié dans sa cuisine, c’est ici qu’elles venaient. Elles en amenaient deux à la fois, une dans chaque main. Sur des claies, dans un grand essuie de vaisselle à carreaux.
Cela arrivait à d’autres occasions : à la récolte de la rhubarbe du jardin, par exemple ».
- C’est une coutume tout à fait disparue ?
- Oui. Et je me souviens même avec exactitude de la dernière tarte cuite. ainsi. La première année où j’étais patron. C’était pour Lily Daulne, en 1970.

Propos recueilles par René Dislaire
Mis en ligne le 29.03.2016

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À Houffalize, aux kermesses, les femmes préparaient leurs tartes à la maison (rhubarbe,macarons,pommes,riz,pudding,abricots) et les portaient chez le boulanger pour les mettre dans son four.

Recette tarte normande Philippart
Recette tarte normande Philippart

Le secret de la tarte normande Philippart: une réponse de Normand
Jean Philippart est flatté quand on lui dit que sa tarte normande est un fleuron de sa Maison (boulangerie Philippart à Houffalize).
- Acceptez-vous d’en donner le secret ?
- Bien sûr ! il n’y en a pas.
- ?
- Non, c’est juste de la pâte, un fond d’amandes et des pommes.
- ?
- De la pâte biscuit, tout le monde connaît, et il n’y a pas 36 manières de la faire. Il suffit d’aller voir sur internet.
- De la cannelle ?
- Oui mais très peu, de même pour les Corinthe.
- C’est vraiment tout ?
- Oui, à deux petites choses près (rire).
Pour les quantités de cannelle et de Corinthe, la difficulté est d’arriver au goût qui plaît à toute la clientèle. Certains ne supportent pas le Corinthe : on n’en met donc peu. Très peu pour que ceux qui ne l’aiment pas n’en décèlent pas le goût, mais assez pour que les amateurs l’apprécient. Il faut toujours être à l’écoute des commentaires des clients. »
Dernier conseil : un four très chaud, au moins 220 degrés. Et un temps de cuisson de 30 à 35 minutes.

Propos recueilles par René Dislaire
Mis en ligne le 29.03.2016


 



 

 

 

 


Photo-video 28 mars 2016 © Nicolas Lesage
Webmaster : Jean-Marie Lesage

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